Le grand Béguinage

Du grand béguinage à la cathédrale saint-michel

Le grand Béguinage

Nous sommes sur la place Saint-Jean-Baptiste au béguinage. Au milieu de la place, isolée sur tous ses côtés, l’église Saint-Jean-Baptiste.

Qu’est-ce qu’un béguinage ? C’est un lieu où vivaient des béguines. Oui, bon. Mais qu’est-ce qu’une béguine ? Une béguine, c’est une femme qui consacre sa vie à Dieu, comme une religieuse, mais qui ne faisait pas de vœux perpétuels. C’est-à-dire que si elle le voulait, elle pouvait quitter son béguinage et se marier. Cela est parfois arrivé, même si ça a été assez rare. Les béguines portaient un costume comme les religieuses, vivaient ensemble autour de leur église, avaient une série d’offices religieux, à laquelle elles étaient tenues d’assister ensemble. Les plus riches avaient leur propre maison, les plus pauvres vivaient à plusieurs dans des maisons communautaires. Elles étaient dirigées par une supérieure, appelée la Grande Dame. Ce type d’institution est assez caractéristique des anciens Pays-Bas et de la Belgique. Ici à Bruxelles, seule l’église du béguinage subsiste.

Mais quelle est l’origine de ces curieuses institutions ? Ce type de vie est né au 12e siècle, à une époque où des villes, comme Bruxelles par exemple, connaissaient une grande croissance démographique. En fait, il y avait de plus en plus de monde, et beaucoup plus de femmes que d’hommes. Ainsi, beaucoup de femmes étaient seules, ce qui était une situation peu enviable au Moyen Age, ne fut-ce qu’économiquement. Une solution pour une femme seule était alors d’entrer au couvent. Mais cela posait des problèmes, deux en particulier. Pour entrer au couvent, il fallait une dot. Si on était pauvre et pas aidée, ce n’était donc pas possible. Et puis, tout le monde n’avait pas nécessairement une vocation suffisante pour se soumettre perpétuellement à des règles de vie assez dures. Et c’est ainsi que le milieu béguinal va naître de cette situation. Des femmes se regroupent, afin de défendre leurs droits ensemble. Les autorités religieuses, qui voient d’un mauvais œil des groupes entiers de femmes se rassembler hors de leur contrôle, prier et faire leurs offices ensemble, vont s’efforcer de les contrôler. La crainte est en effet que des idées religieuses non orthodoxes se développent parmi ses femmes. En aucun cas, une femme ne peut se mêler de faire de la théologie, en dehors du contrôle des hommes. Aussi, les autorités donnent à ces nouvelles communautés de femmes un « proviseur », prêtre chargé de la gestion de leur vie spirituelle. On dit que le mot « béguine » viendrait du nom d’un certain Lambert le Bègue, prêtre de Liège, une ville du sud de la Belgique, qui aurait été le premier à structurer une communauté de femmes. Ceci est peu probable, même si les premiers béguinages se sont sans doute créés dans la vallée de la Meuse belge. Le mot béguine peut venir aussi d’une moquerie, car ces femmes étaient très pieuses bien sûr, et marmonnaient continuellement des prières, donnant l’impression de bégayer toutes seules.

Ce mouvement de femmes a existé aussi en France. Mais les évêques français se sont montrés plus sévères, et ont fini par interdire ces rassemblements, par crainte qu’ils ne leur échappent. Ici, aux Pays-Bas, ils ont été autorisés, bien que fortement structurés. Les béguinages sont donc devenus des institutions typiques de ces régions, et se sont particulièrement développés aux 14e et 15e siècles.

Il y avait plusieurs béguinages à Bruxelles. Celui où nous nous trouvons était le grand béguinage, appelé béguinage Notre-Dame de la Vigne. Ce béguinage était très puissant. A la fin du 14e siècle, Bruxelles comportait 3000 habitants, et il y avait ici – tenez-vous bien – 1200 béguines ! Ce grand béguinage avait de très importants revenus grâce à l’industrie du drap, la principale industrie de Bruxelles jusqu’au 18e siècle. Elles tissaient effectivement du drap, et les autorités de la ville aimaient faire appel à elles pour leurs commandes, car elles étaient apparemment des prestataires plus faciles que la corporation des drapiers, orgueilleuses et sans cesse réfractaires aux règlements extérieurs. Ainsi, les béguines étaient très organisées à ce point de vue, et il le fallait, car elles ont toujours eu pas mal de démêlés juridiques avec les corporations de la ville, jalouses de leur réussite économique. Ainsi, ce béguinage, et les béguinages en général, avaient un rôle économique important dans les villes flamandes.

L’église du béguinage, que nous voyons aujourd’hui, est maintenant au cœur de la ville. A l’époque des béguines, c’est-à-dire jusqu’à la fin du 18e siècle, le béguinage constituait un véritable village à côté de la ville. Il faut imaginer cette place entourée de ruelles où s’accolaient petites et grandes maisons béguinales, le tout entouré d’une enceinte extérieure et d’un fossé. Ce type d’agencement peut encore très bien se voir à Bruges, par exemple. Le béguinage était donc isolé de la ville. C’est au 19e siècle seulement, avec le grand développement urbain, que la ville s’est étendue ici, supprimant les remparts et les anciennes maisons.


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