L’intérieur de l’église Saint-Jean-Baptiste

Du grand béguinage à la cathédrale saint-michel

L’intérieur de l’église Saint-Jean-Baptiste

Nous allons maintenant entrer dans l’église. Une fois à l’intérieur, nous resterons près de l’entrée, et regarderons vers le fond, en direction du chœur et du maître-autel.

Nous allons faire une petite expérience spatiale. Nous allons, quand nous le dirons, avancer lentement en direction du chœur, tout en regardant devant nous. D’ici, l’espace s’étend tout en longueur devant nous, comme une église gothique, en fait. Donc un plan assez traditionnel. Mais en avançant, nous pourrons nous rendre compte que l’espace semble se dilater à gauche et à droite, et qu’une fois arrivés à l’entrée du chœur, nous aurons le sentiment d’un espace s’étendant autant en largeur qu’en longueur.

Vous comprenez maintenant ce que nous voulions dire ? Expliquons un peu plus en détail. Le plan de cette église est en fait assez traditionnel. Il y a une nef centrale, assez large, et deux nefs latérales, séparées de la nef centrale par une colonne. Exactement comme dans une église médiévale. Et c’est d’ailleurs bien ce que nous avons ici. L’architecte qui a reconstruit l’église au 17e siècle a repris tel quel le plan tout en longueur de l’ancienne église gothique. Mais il a utilisé une petite astuce. Pour comprendre cette astuce, il faut d’abord comprendre un peu à quoi ressemblait l’intérieur d’une église à la fin du Moyen Âge.

A la fin du Moyen, l’espace intérieur des églises était très cloisonné. Le chœur principal était souvent fermé par une haute barrière, qu’on appelait jubé, et qui rendait la vue difficile sur l’autel principal. De plus, les grandes familles ou les confréries pieuses avaient toutes leurs chapelles ou autels privés, soigneusement séparés des autres par une grille ou un muret. Ainsi, quatre autels différents pouvaient se côtoyer autour d’une seule colonne de l’église. Tout cela donnait un aspect complètement cloisonné à l’espace intérieur, pas du tout unifié.

Le Concile de Trente avait demandé justement de supprimer ce cloisonnement, afin que les fidèles soient assemblés en une assemblée plus unie. Ainsi apparaîtront des églises d’un type nouveau, ou le système médiéval des trois nefs juxtaposées va disparaître, pour être remplacé par des espaces plus centralisés et unis, du style grande salle ronde, carrée ou ovale. On voit beaucoup d’églises de ce genre en Italie par exemple. Mais ces nouveaux principes sont loin d’être parfaitement respectés partout. Dans le Nord de l’Europe notamment, où l’architecture reste souvent assez traditionnelle, on continue le plus souvent à reproduire les anciens plans gothiques, même si le style décoratif est baroque. Aussi, cette église du béguinage est-elle calquée sur le plan de l’église précédente. Mais, comme nous l’avons dit, il y a une astuce, qui transforme quand même légèrement l’espace. Les nefs latérales sont assez larges, et l’espace entre les colonnes est aussi assez large. De cette manière, quand on avance dans l’église comme nous venons de la faire, on perçoit de mieux en mieux l’espace dans sa largeur, et on a plus l’impression d’un espace ouvert. Cette église est donc un bel exemple de traditionalisme, mais qui sait s’adapter aux exigences du temps. En quelque sorte, on fait du neuf avec du vieux.


<< 3 - L’extérieur de l’égl...         5 - La chaire de vérité... >>

Sommaire complet du dossier :