Le chœur de la cathédrale

Du grand béguinage à la cathédrale saint-michel

Le chœur de la cathédrale

Nous voilà face au chœur. Comme nous l’avons dit, ce chœur est la partie la plus ancienne de l’église, remontant au début du 13e siècle. Cela se voit bien au style. Il est d’un gothique plus primitif, beaucoup plus simple, moins ornementé, que celui de la nef. Pour nous en convaincre, observons par exemple la galerie qui court dans le mur entre les arcades du rez-de-chaussée et les fenêtres. C’est ce qu’on appelle un triforium. Dans le chœur, ses ouvertures sont de simples fenêtres doubles, bien encadrées entre des colonnes. Dans la nef, c’est toute une série d’ouvertures longues et étroites, séparées par des très fines colonnes, qui sont le prolongement direct des colonnettes des fenêtres qui se trouvent juste au-dessus. Cette différence montre évidemment une évolution dans le style, et prouve bien que la nef est plus récente que le chœur.

De là où nous sommes, nous pouvons observer trois beaux vitraux de la Renaissance. Quand nous faisons face au chœur, nous avons à notre droite et à notre gauche deux espaces assez larges. C’est ce qu’on appelle les bras du transept. Et bien, comme nous le voyons, chacun des bras porte un vitrail daté de 1537. Pour voir le troisième vitrail, il faut nous retourner, tourner le dos au chœur, et regarder vers la façade principale de l’église. C’est le grand vitrail central de la façade. Il représente le Jugement dernier, et date –lui- de 1581. Et puisque nous regardons dans cette direction, commençons par celui-là, justement.

Ce vitrail est l’œuvre d’un maître verrier flamand du nom de Jacques De Vrint. En haut du vitrail, assis sur un arc-en-ciel, le Christ est vêtu d’un manteau rouge. A sa droite se trouve la Vierge, à sa gauche saint Jean. Les autres personnages qui l’entourent sont les apôtres. Au centre du vitrail se tient l’archange saint Michel, qui tient en main la balance pour peser les âmes, leurs mérites et leurs fautes. Autour des lui, toute une série d’anges sonnent de la trompette, afin de réveiller les morts et de les appeler au Jugement. Enfin, tout en bas, ce sont les morts qui ressuscitent. A gauche, ce sont les justes, et à droite, ce sont les réprouvés, voués à l’enfer.

Le thème du Jugement Dernier est issu du livre de l’Apocalypse, le dernier des livres du Nouveau Testament. Outre le fait qu’il met en valeur le rôle de l’archange Michel, patron de la ville de Bruxelles, c’est un thème fréquent sur les façades ouest des églises au Moyen Age. En effet, l’ouest est la direction où le soleil se couche, donc symboliquement le monde de la nuit, là où les choses finissent, le monde de la mort. Aussi, c’est de là que viendra la fin des temps, symboliquement, de là que viendra le Jugement qui mettra fin à toute chose. Passons à un registre moins effrayant en nous tournant vers le vitrail du transept qui se trouve maintenant à notre droite. Ce grand vitrail, comme d’ailleurs celui qui se trouve dans l’autre bras du transept, est l’œuvre d’un maître verrier d’Anvers, Jean Haack. Mais le carton, c’est-à-dire le dessin préparatoire, est de Bernard vanne Orlèè, un important peintre bruxellois du 16e siècle, que vous pourrez mieux découvrir lors de la visite du musée d’art ancien. Ce vitrail représente l’empereur d’Espagne Charles Quint, alors souverain de ces régions, et son épouse, Isabelle de Portugal, en prière devant le Saint-Sacrement. Ils sont accompagnés de leur saint patron protecteur, Charlemagne pour l’empereur, et sainte Elisabeth de Hongrie pour l’impératrice.

Tournons-nous ensuite pour observer le vitrail de l’autre bras du transept. Il représente le roi Louis 2 de Hongrie, et son épouse Marie de Hongrie, qui était la sœur de Charles Quint, et qui devint veuve, résida à Bruxelles comme gouvernante au nom de son frère. Chose amusante, Marie de Hongrie est connue en Hongrie sous le nom de … Marie de Belgique.

Ces deux vitraux, comme d’ailleurs aussi celui du Jugement Dernier, montrent le caractère pictural de l’art du vitrail qui, à cette époque, tente au maximum d’imiter la peinture. En ce 16e siècle, la peinture est en effet l’art de référence, et tous les arts graphiques mineurs tentent de s’en rapprocher au maximum. Une autre chose remarquable est la grande place laissée aux vitraux incolores. Les choses ont bien changé depuis les premiers grands vitraux de la Ste Chapelle de Paris ou encore de Chartres ou de Bourges qui sont toujours très colorés. Mais avec le temps, on remarque que ces vitraux multicolores ne laissent pas passer la lumière. Et qu’en plus, ils sont difficiles à lire, car les frontières entre les formes sont peu apparentes.
Et petit à petit, on donnera de plus en plus d’importance aux blancs pour rendre lumineux la cathédrale et lisibles les personnages des vitraux. C’est le cas ici.


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