La fontaine de la Tradition

Du perron aux fonts baptismaux de saint-barthélémy

La fontaine de la Tradition

Mais pour l’heure, continuons notre route. Tournant toujours le dos à la place Saint-Lambert, avançons sur la place du marché au-delà du perron. A l’autre bout de la place, nous rencontrerons alors un monument qui a la forme d’une sorte de socle en pierre, rectangulaire, et décoré sur ses quatre faces de reliefs en bronze. C’est la fontaine de la Tradition.

Commençons par observer la face de la fontaine qui fait face au perron. Il s’agit d’une ancienne fontaine, présente en tout cas déjà au 17ème siècle. Elle était alors surnommée « fontaine des Savetresses », les savates si vous voulez, car autour, on y trouvait de marchands de vieilles chaussures. Mais l’état dans lequel nous la voyons maintenant, avec ses reliefs en bronze, date de 1931. Le relief de bronze que nous observons en ce moment représente les Boteresses. Et bien sûr, vous pensez que ces femmes vendaient des bottes. Et bien pas du tout. Car en wallon liégeois, « bot » signifie «hotte». Donc, les boteresses étaient ces femmes très typiques de l’ancienne vie liégeoise qui portaient une grande hotte sur le dos. Elles transportaient toutes sortes de marchandises avec leur panier, depuis les légumes jusqu’au charbon. Le bâton qu’elles tiennent en main leur servait à soutenir leur hotte lorsqu’elles étaient au repos. Elles restaient alors debout, coinçant leur bâton derrière elle, entre le sol et le fond de la hotte. Une vie bien dure assurément.

Nous allons continuer le tour de cette fontaine et commenter ses différents reliefs, qui évoquent tous une page de la vie populaire de Liège. Et maintenant donc, si nous passons sur la gauche de la fontaine, nous y voyons un autre relief. Il représente les marionnettes liégeoises, qui sont des marionnettes à tringle, tenues par le haut. Il y a beaucoup de traditions de marionnettes populaires en Belgique. Pour le petit peuple d’autrefois, elles faisaient office à la fois de théâtre et de cinéma. Et ces marionnettes, celles de Liège en particulier, n’ont pas leur langue dans leur poche quant il s’agit de remettre à leur place les méchants et les prétentieux. Plus d’un politicien peut y entendre ses quatre vérités. Comme vous le voyez ici, chevaliers – à gauche- princesses – au centre – et personnages populaires – à droite – s’y trouvent mêlés. Le personnage le plus connu aujourd’hui est celui de Tchantchè, celui de droite, grand héros des pièces, dont les apparitions sont toujours truculentes, et les messages souvent comiques et porteurs d’un rude bon sens. A découvrir assurément, entre autres dans un petit théâtre que nous vous signalerons plus loin.

Continuons à tourner autour de la fontaine. Le relief de la face suivante montre des jeunes gens dansant le « crâmignon », une danse de rue très caractéristique des fêtes paroissiales d’autrefois. Hommes et femmes, placés alternativement, formaient une longue chaîne. A la tête se trouvait un meneur, et la chaîne s’enroulait et se déroulait, se promenant aux détours capricieux des vieilles rues du quartier. Vous voyez sur la sculpture que certains danseurs ont la bouche ouverte. Car tout en dansant, les participants répétaient les couplets chantés par un des danseurs. Il existe d’importants recueils de ces vieux chants de crâmignon, forts intéressants, car tous les thèmes de la vie quotidienne ou de la société y sont abordés.
Passons enfin devant la dernière face de la fontaine. Ici, pas de scène figurée, mais un panneau de bronze portant des inscriptions. Cette porte est encore celle de l’ancienne fontaine. Elle date du début du 18e siècle. Les armoiries que nous y voyons sont celles du prince-évêque du temps, Joseph-Clément de Bavière, et de deux bourgmestres, ou « maires » si vous préférez, de la ville.


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