La ruelle-escalier

Du perron aux fonts baptismaux de saint-barthélémy

La ruelle-escalier

Et maintenant n’ayez pas peur. Avancez encore. Un peu plus loin, la rue tourne vers la droite, et continue à monter, sous la forme d’un escalier de plus en plus resserré entre les façades. Notez qu’ils sont glissants en cas de pluie. La ruelle sera de plus en plus étroite et nous amènera dans un quartier de ce vieux Liège où la voiture n’a pas sa place et qui regorge de verdure. Montons alors cette ruelle-escalier.

Arrivés en haut, vous pouvez, si vous le souhaitez, prendre la ruelle qui descend vers la gauche. Elle vous mènera à un parc à moitié sauvage, la Terrasse des Minime, lieu bien connu des liégeois, où il fait bon respirer un peu au milieu de la verdure. Mais vous n’êtes pas obligés d’aller jusque-là. Vous pouvez aussi flâner dans les rues proches car, dans ce quartier, vous voici dans un autre monde, éloigné du centre bruyant de la ville. Pourtant, toutes ces maisons sont habitées, et pas du tout par des gens spécialement défavorisés. Et le facteur passe tous les jours. Beaucoup, derrière ces murs, ont un beau jardin. Quand vous aurez fini cette flânerie, nous retrouverons ici où nous vous attendons.

Et nous vous suggérons ce commentaire pour vous accompagner dans cette ballade … Nous sommes en quelque sorte plongés dans le passé, au cœur d’une ville où la voiture n’a pas sa place. C’est un peu la vie d’autrefois, ici. Alors replongeons dans le passé, avec sa cohorte de légendes et de croyances : … Et voici les boteresses, descendant ces ruelles, leur hotte chargée des briquettes de charbon qu’elles ont réalisées avec la poussière ramassée sur les terrils, en haut de la colline. Elles y croisent la laitière, emmitouflée dans son châle de cachemire, comme c’était la mode au pays de Liège autrefois. Avec son grand « harkê », son joug de bois, elle porte deux grandes cruches en métal. Il faut vous écarter pour lui laisser le passage. Petits marchands et passants se croisent, le curé en soutane rencontre le violoneux et le réprimande d’avoir fait danser la jeunesse la veille, la marchande de fruits appelle les ménagères à leur porte. Et voici le chiffonnier, avec sa petite charrette tirée par un chien. Et partout résonne ce wallon liégeois, langue presque oubliée des jeunes générations
Et que dire de ce qui s’y passe la nuit. N’y venez pas, car il pourrait vous arriver de croiser une drôle de personne : c’est « li p’tit blanke feume », la petite femme blanche. Ne lui parlez pas, elle ne vous répondra pas. Cette petite femme est un fantôme. On pensait autrefois que lorsqu’elle venait s’assoir sur le seuil d’une maison, c’est que quelqu’un allait y mourir.

Mais ceci n’est encore rien. A minuit, vous pourriez voir passer à toute vitesse un carrosse de feu. Ses roues sont un tourbillon ardent, la crinière du cheval est une grande flamme. Le conducteur, aux yeux de braise est - dit-on - un ancien entrepreneur des boues, un éboueur si vous voulez, qui a vécu au 18e siècle. Il est condamné à revenir la nuit avec cet équipage, en expiation de sa vie de débauché… Mais il y a moyen d’éviter ces fantômes. Car un proverbe liégeois dit « plus méchants sommes-nous, moins de revenants voyons-nous ». Et de fait. Les fantômes apparaissent généralement aux gens pour leur demander des prières, afin de délivrer leur âme. Ils apparaissent donc surtout aux gens bons et pieux, capables de compassion. A vous de savoir si vous risquez quelque chose… Mais réveillons-nous et finissons notre flânerie.


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