L’Eglise des Filles de la Croix

Du perron aux fonts baptismaux de saint-barthélémy

L’Eglise des Filles de la Croix

Et nous voici à nouveau dans la rue Hors-Château. Continuons-la vers la gauche, en sortant de l’impasse, et arrêtons-nous devant l’église qui porte le numéro 49. C’est l’église des Filles de la Croix.

Cette église vaut assurément la peine que vous y entriez. C’est une église du type « saint sulpice ». Entrez et vous comprendrez ce que c’est. Elle est ouverte de 10h à 12h et de 14h à 17h. Nous vous attendons à l’intérieur.

Voilà. Asseyez-vous un instant. C’est surprenant, n’est ce pas ?. Tout est couleurs ici, contraste parfois même exagérés, frisant le kitsch. Par exemple, regardez sur les deux murs latéraux : et voyez comme les tableaux du chemin de croix, aux couleurs très vives, contrastent énergiquement avec leur gros cadre rose. Le maître autel, dans le chœur, a les formes pointues de l’art gothique, mais les couleurs violentes d’un gros gâteau à la crème.
Mais c’est le goût du 19e siècle, ce qu’on appelle l’art Saint-Sulpice. Statues de plâtre peint produites industriellement, et donc assez bon marché. Décors muraux colorés imitant les draperies ou les fresques du Moyen Âge… On appelle cela Saint-Sulpice, car le quartier de Saint-Sulpice à Paris abritait autrefois de nombreux magasins d’art religieux, qui s’étaient fait une spécialité dans la vente de ce type d’objets et de décors. Et le nom est resté, même si on trouvait ce genre de décor partout. Ce que nous voyons là, c’est toute une époque. Un style trop longtemps décrié, et qui, bien heureusement, commence à être apprécié à sa juste valeur aujourd’hui, car il est vraiment l’expression d’une époque. Ses couleurs criardes intéressent aussi par leur côté un peu « kitsh », catégorie esthétique assez appréciée aujourd’hui. Ce style a été le quotidien de bien des catholiques à l’époque, et aujourd’hui il est rare d’en trouver un ensemble aussi parfait. Cette chapelle est considérée comme un joyau néogothique, non seulement à Liège, mais en Belgique. Ah, mais bien sûr, il faut aimer …

Cette église est la chapelle du couvent des filles de la croix, congrégation fondée en 1833 par la liégeoise Jeanne Haze, connue en religion sous le nom de sœur Marie-Thérèse du Sacré-Cœur de Jésus, et enterrée ici dans cette église. C’était une femme assez exceptionnelle, d’ailleurs béatifiée en 1991. Elle a fondé cette congrégation afin de s’occuper des jeunes délinquants, des femmes incarcérées, et des personnes âgées abandonnées. Son ordre s’installa ici mais il y eu aussi des fondations en Allemagne, en Angleterre, et même au Pakistan et en Inde. Pour le couvent où nous nous trouvons en ce moment, sachez que l’église fut reconstruite en 1862. L’architecte Jean-Louis Mélotte, un liégeois, réalisa les plans, en s’inspirant de la Sainte-Chapelle de Paris. Disons que c’en est une très vague et très lointaine inspiration. Mais bon.
Le décor intérieur a été réalisé en partie par un personnage important dans l’art néogothique à Liège : Jules Helbig, artiste et historien d’art. Si vous tournez le dos à l’autel, et regardez donc vers la porte d’entrée, vous en voyez un bel exemple juste au dessus de cette porte, en dessous de l’orgue, avec une représentation de la Sainte Famille : on voit Jésus au milieu, entouré de Marie et de Joseph. Cet art est éminemment populaire. Des formes simples, des couleurs tranchées, il est presque enfantin. Il frappe les yeux et l’imagination des gens simples. En même temps, il a ce côté édulcoré, les yeux émerveillés de ces personnages leur donnent un air de béatitude vraiment céleste. Cette image de la Sainte Famille est aussi d’une sentimentalité exagérée : tout y respire le bonheur céleste. Certains diraient que cela dégouline de bonheur céleste. Mais ne ricanons pas car ce que nous voyons était le vocabulaire de la piété très sentimentalisante de l’époque. On la retrouve aussi bien dans les images saintes d’alors, où les anges tiennent par la main des personnages aux airs de séminaristes exaltés, ou dans le vocabulaire des textes de dévotion de l’époque, vocabulaire que l’on juge bien souvent aujourd’hui comme un peu « gnangnan ».


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