La porte Pile

Dubrovnik : de la porte pile au palais du recteur

La porte Pile

Voilà ce que l’on pouvait rapidement dire de cette ville avant de la visiter. Nous allons maintenant pouvoir commencer notre promenade. Nous sommes donc sur le pont de pierre devant la porte principale de la ville. Regardons-la : elle date de 1537. Voyez comme elle semble être “gardée” par une statue qui représente saint Blaise, le saint patron de la ville. Elle tient quelque chose dans les bras, c’est tout simplement la maquette de la ville. Cette porte est de style renaissance, un style qui se réfère aux sources antiques grecques et romaines. Et on le voit bien. Mais il y a ici des particularités que nous allons voir ensemble. Tout d’abord, vous voyez que l’on utilise une seule et même pierre. Il n’y a donc qu’une couleur et cette façon de faire apporte une grande sobriété à l’édifice. De plus, et il s’agit là d’une caractéristique dalmate : on unifie architecture et programme iconographique. Ce qui veut dire concrètement que l’on sculpte les éléments décoratifs directement sur les éléments de construction. Vous voyez ? Regardez notamment les bandeaux soulignant les formes horizontales. Bref, nous avons devant nous une porte d’un seul matériau, d’une seule couleur et dont les décorations fusionnent avec les murs : cela donne une impression d’austérité. Passons maintenant cette première porte.

Nous nous trouvons dans un grand espace rectangulaire : derrière nous, il y a la porte que nous venons de franchir et devant nous, un peu sur la gauche, il y a une autre porte, mais de style gothique cette fois. Par rapport à la porte précédente, on voit que celle-ci est travaillée toute en verticalité. Et oui, quand l’art gothique a maîtrisé les forces, il n’a eu de cesse de monter le plus haut possible. Regardez la forme de cette porte : l’ouverture n’est pas carrée comme souvent à la Renaissance, ou Ronde comme souvent à la période de l’art roman, mais comme vous le voyez, elle fait se rencontrer deux arcs… Leur forme n’est pas ronde, mais ogivale… Remarquez l’impression d’élancement que provoquent les dimensions de cette porte : ainsi, le rapport entre la largeur et la hauteur nous invite à lever les yeux. C’est voulu, car le gothique, art religieux à l’origine, voulait qu’en montant vers les cieux, les yeux amènent à penser à Dieu. Nous voyons que cette porte, elle aussi, est gardée par une statue de saint Blaise. Mais elle est contemporaine et est due au grand sculpteur croate, Ivan Mestrovic décédé en 1962. Il est assez peu connu et pourtant, c’est un des plus grands sculpteurs contemporains. Formé à Vienne puis en France par Rodin, il émigrera aux états unis en 1947. Un remarquable musée lui est consacré à Split. L’œuvre que nous voyons ici est, comme la majeure partie de son travail, d’inspiration religieuse. On reconnaît ici deux particularités typiques de Mestrovic : montrer des masses et suggérer de la sérénité. Comment s’y prend-il ? Regardons d’un peu plus près cette statue. Nous voyons qu’elle forme un bloc compact, mais malgré sa masse elle ne paraît pas lourde. En effet, les proportions sont très harmonieuses, les courbes sont douces et le mouvement dégage une grande sérénité. Le sculpteur ne veut pas ici donner une abondance de détails, mais il veut dégager une impression. Il n’y a pas de grands mouvements, pas d’expression particulière au visage, pas de fioriture et pourtant la statue atteint son but : donner une impression de force et de sérénité.


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