L’église saint-Blaise

Notez Dubrovnik ?

Dubrovnik : de la porte pile au palais du recteur

L’église saint-Blaise

Et maintenant, lorsque nous faisons face à la tour de l’horloge, regardons sur notre droite et là nous découvrons l’église saint-Blaise. C’est l’édifice baroque de la cité par excellence, très inspirée par le baroque vénitien et romain. Elle est construite à l’emplacement de l’ancienne église gothique détruite par un incendie au début du 18e siècle et fut achevée en 1715.
On va essayer de répondre aux questions suivantes : qu'est-ce qui caractérise réellement ce style baroque? Quels éléments baroques peut-on voir sur la façade de l’église ? Tout d’abord, rappelons-nous l’origine du terme : le mot baroque viendrait du portugais «barroco» désignant une perle de forme bizarre. L’art baroque est en effet exubérant, théâtral et utilise beaucoup les courbes alors que la Renaissance utilisait surtout les lignes droites. En fait, ce terme s’applique à toutes les formes d’arts qui vont se développer en Italie lors de la contre-réforme et se répandre jusqu’au 18e siècle. L’Italie a été le berceau de ce mouvement si particulier. C’est à Rome que le mouvement naît dans un contexte très particulier au moment des réformes protestantes. L’Église catholique va alors réagir pour enrayer la fuite de ses fidèles et pour essayer de les regagner à elle : ce sera la contre-réforme, lancée dans la deuxième partie du 16e siècle. Une des nouveautés, ce sera les églises. Tant leur architecture que leur décoration devront impressionner les fidèles. Et bien sûr, le style baroque remplit au mieux cette mission. Et on confie aux Jésuites, un ordre nouveau créé en 1537, le soin de propager les idées… mais aussi l’architecture et l’art de la contre-réforme. Regardez bien la façade : l’église a une structure assez massive : elle tient dans un carré. Mais il y a une distorsion entre les formes et le décor. Cette distorsion vient du fait que la forme générale de l’édifice est carrée, mais que le décor est très chargé. On a donc une nette opposition entre la sobriété de la forme et l’exubérance des sculptures. Cette bizarrerie est très baroque en tant que tel. En effet, beaucoup d’édifices déjà construits étaient de style Renaissance ou gothique. Et comme on n’allait tout de même pas les détruire, l’idée était plutôt de les « baroquiser », de leur rajouter des éléments et des décors baroques. La question était dès lors : quel sera le résultat de cette juxtaposition ? Et -de façon générale- c’est une époque où on s’interroge beaucoup : les avancées de la science, mais aussi la séparation de l’église catholique en deux églises et enfin la montée en puissance des États ont fait trembler les bases religieuses de la société. La mort, la question des rapports entre l’homme et Dieu : tout cela provoque une incertitude et une brisure que l’art baroque va transcrire. Alors, regardons ce que nous avons sous les yeux. Et commençons par regarder de bas en haut : tout d’abord avec la volée de marches encadrées dans la partie haute par deux balustrades. Puis le portail lui-même encadré de deux fenêtres rectangulaires, puis une corniche surmontée d’une ouverture semi-circulaire et cachant le dôme assez lourd de l’édifice. Vous voyez la progression ? Tout ceci semble bien rigoureux, mais approchons-nous davantage afin de voir les détails.

Et maintenant que voyons-nous? Regardez de près ces détails du portail : on voit une surabondance de motifs ornementaux, d’angelots, de colonnes et de statues. Prenez le temps de regarder quelques visages. Les visages sont expressifs, les vêtements minutieusement ornés, plissés, les gestes nets et souvent forcés afin de faire surgir la musculature. Alors certes, c’est vrai… il y a du mouvement. Mais à bien y regarder, on ressent une absence de sérénité, car ce mouvement des angelots est agité et anarchique. Les personnages ne sont pas ensemble, mais ils sont l’un à côté de l’autre, solitaire et agité. La seule unité vient que l’on utilise le même matériau pour la structure et le décor, la pierre dalmate. Et comme souvent dans le baroque, on voit ici transparaître une angoisse, l’angoisse d’une époque.


<< 18 - Le beffroi...         20 - L’intérieur de l’’ég... >>

Sommaire complet du dossier :