La Descente de Croix

Florence : couvent saint marc

La Descente de Croix

« La Descente de Croix », autrefois dans la sacristie de l’église florentine Santa Trinita, a été réalisée vers 1435. Cette œuvre est l’une des plus célèbres de Fra Angelico. Très symptomatique de cet artiste, elle est un parfait exemple de son style. Mais avant de découvrir l’artiste, regardons ce tableau. Tout d’abord, que voyons-nous au centre ? : le Christ mort descendu de la croix par plusieurs personnages. Le jeune homme qui le soutient est l’apôtre Jean, le disciple bien-aimé. A gauche de cet ensemble, un groupe de femmes : la Vierge, agenouillée et vêtue de son traditionnel manteau bleu, est légèrement en retrait. Elle laisse ainsi toute la place à sainte Marie-Madeleine qui est la femme la plus visible du tableau avec sa robe rouge éclatant, comme le sang du Christ. Archétype de la pécheresse repentante avec ses longs cheveux, elle dégage une réelle sensualité, mais aussi une grande humanité. Observez combien elle pleure le Christ avec une vraie sincérité. Orientez maintenant votre regard vers la droite : vous verrez un groupe d’hommes et, parmi eux, saint Nicodème, l’un des disciples de Jésus. Vous le reconnaîtrez facilement car il porte la couronne d’épines et trois clous du martyre en les regardant avec compassion. Regardez ses traits : certains ont cru reconnaître le portrait de l’architecte du couvent, Michelozzo. Pourquoi pas ? Même si l’homme au capuchon noir, situé à mi-hauteur de l’échelle de laquelle est descendu le Christ, semblerait aujourd’hui faire davantage l’affaire. Reste néanmoins que tous ces personnages, par leurs traits réalistes, sont très certainement des visages familiers au peintre. Celui que vous voyez à l’extrême droite, avec un grand turban rouge, a d’ailleurs été reconnu comme étant d’une grande famille florentine, les Strozzi.

Partons maintenant à la découverte du grand art de Fra Angelico. Tout d’abord, vous allez pouvoir apprécier, combien c’est un artiste de son temps qui est un moment crucial en matière d’art. Car c’est le tout début de la Renaissance. Et c’est pourquoi Fra Angelico se sert à la fois d’un répertoire artistique qui semble dépassé et de formules avant-gardistes. A cet effet, observez la sinuosité des drapés, et notamment celle de la robe rouge de Marie-Madeleine. C’est là, une caractéristique de l’art siennois qui eut son heure de gloire au 14ème siècle.

Maintenant regardez le paysage. Vous voyez, à gauche, une cité médiévale entourée de remparts et de tours crénelées qui pourrait être une ville toscane. A droite, un paysage fait de collines arides et de quelques arbres bien plantés. C’est tout simplement le monde qui entoure le peintre. Mais, à l’époque, représenter un tel paysage est une vraie révolution. Il remet en cause toute l’idéologie picturale. Auparavant, la peinture n’était qu’un moyen de raconter la Bible ; en ce début de 15ème siècle, elle devient aussi un moyen de raconter les hommes. Et c’est bien cela l’humanisme. Ce n’est plus Dieu qui est au centre du monde, mais c’est l’homme. Or l’homme ne peut que se situer dans un espace, d’où un paysage contemporain de l’artiste. Observons les édifices ici représentés. Ils ne figurent pas nécessairement des lieux précis, mais s’en inspirent. Ainsi regardez le château situé complètement à gauche avec sa tour d’angle : il rappelle l’un des châteaux édifiés par Michelozzo dans la campagne italienne. Et la ville, elle, semble être le reflet de celle de Cortone en Ombrie. Autre élément essentiel, même s’il nous paraît évident aujourd’hui : l’homme se situe dans un espace en trois dimensions, d’où un paysage en perspective. Une perspective très largement étudiée par les peintres de la Renaissance, notamment grâce à l’étude de traités d’optique. Et une perspective créée par le fait que plus les choses sont éloignées, plus elles doivent être représentées petites, ce qui est ici le cas de la ville et des collines. Ceci semble établi aujourd’hui, mais cela n’avait aucun sens lorsqu’il s’agissait de ne figurer qu’une idée religieuse. Le paysage, ainsi peint par Fra Angelico, est, à tous ces égards, une merveilleuse illustration des préceptes de la Renaissance.

Autre illustration de ce courant, parfaitement intégrée par le peintre : la symétrie. Regardez, pour cela, la forme même du tableau, divisé en trois parties, et la composition figurant deux groupes situés de part et d’autre de la croix.

Enfin, considérez le personnage de Nicodème, celui qui tient les clous et la couronne d’épines. Il porte une longue toge plissée, droite et à manches courtes, un bonnet rouge dont un pan retombe sur un côté, et, des chausses recouvrant les pieds et les chevilles. C’est à-dire des vêtements très à la mode au 15ème siècle, et donc contemporains au peintre, et non à Jésus. Cet usage est encore une autre caractéristique de la Renaissance...
Et voilà tout ce qui fait de Fra Angelico l’un des meilleurs représentants de ce nouveau courant.

Mais alors en quoi cet artiste est-il un génie ? Il semble si conformiste pour son époque… Tout d’abord parce qu’il est un pionnier en la matière. Mais aussi parce que de ses peintures émane un charme qui nous touche profondément. Un charme intemporel qui crée l’émotion à quiconque contemple les œuvres de Fra Angelico. Admirez la minutie avec laquelle est représenté tout élément du tableau, le calme de la scène bien qu’effroyable et son ton contemplatif, la douceur des visages et leur beauté idéale. Tout concourt à une harmonie parfaite et tant souhaitée par un homme de foi désireux du Bien.
Mais il y a encore ce petit quelque chose qui rend ces peintures uniques et qui fait de ce peintre un génie. Et ce petit plus, c’est la lumière. Une lumière qui semble émaner des personnages saints. Lumière divine transcrite par le doré des auréoles, par un éclairage artificiel doux et vif, et par l’emploi de couleurs claires et d’une grande luminosité. Le tout plongeant la scène dans une lumière diaphane, une lumière mystique… donnant à cette œuvre, comme à toutes celles de Fra Angelico, une spiritualité mystique. Certes, une spiritualité autrefois au service du prosélytisme souhaité par les Dominicains, mais une spiritualité intemporelle que l’on ressent encore aujourd’hui. Et c’est là le génie de Fra Angelico.

Ce génie, vous le percevrez à travers toutes les peintures de ce musée et les fresques de ce couvent. Alors, continuons notre visite avec l’œuvre intitulée « le Jugement dernier ». Elle est accrochée sur la paroi située à gauche du mur auquel vous faites face, non loin de là où vous vous trouvez. Vous la reconnaîtrez par sa taille faisant plus de 2 mètres de long et par son effroyable représentation de l’Enfer figuré à droite dans le tableau.


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