« Le Jugement dernier »

Florence : couvent saint marc

« Le Jugement dernier »

Vous êtes maintenant devant le « Jugement dernier », œuvre qui fut réalisée par Fra Angelico en l’an 1431. Comme la « Descente de Croix », ce tableau est l’un des sommets atteints par l’artiste. Et afin de le percevoir, regardons la composition. Situé au centre et en haut, dominant toute la scène, le Christ assis sur un trône fictif est entouré d’une guirlande d’anges adorateurs. Il regarde la Vierge située à gauche ; Saint-Jean Baptiste étant son pendant à droite. Toujours dans la voûte céleste de part et d’autre du Christ, patriarches, prophètes et saints sont représentés avec leur symbole. Vous pouvez ainsi reconnaître parmi les personnages assis à gauche du Christ et au premier rang : Saint Pierre en jaune avec les clefs du Paradis, et, à son côté, Moïse tenant les Tables de la Loi, et, tout au bout de la rangée, en habit blanc et noir Saint Dominique tenant une fleur de lys, symbole de l’Annonciation. Regardez maintenant à droite, Saint Paul avec son épée est le pendant de Saint Pierre, et Saint François en marron est celui de Saint Dominique. Tous les grands personnages de l’histoire biblique et des ordres nouveaux sont ainsi présents. Présents pour quoi ? pour la scène du Jugement dernier, ultime instant dans la religion chrétienne. Le Christ en est d’ailleurs son présentateur. Tendant la paume de sa main droite vers les Elus, ils leur donnent la grâce ; présentant le revers de sa main gauche aux Damnés, il les condamne.
Et c’est ainsi qu’à gauche, vous pouvez admirer le Paradis, jardin lumineux, couvert d’arbres et de buissons fleuris dans lequel les anges gardiens accueillent les Elus. Ces Elus qui sont des hommes et des femmes de toute sorte, des religieux moines, cardinaux et papes, mais aussi des reines, des militaires, et des personnes de petite condition. Tous dansent, s’embrassent ou regardent le Christ avec reconnaissance.
De l’autre côté, c’est l’épouvante : des serviteurs du Diable poussent les Damnés en Enfer. Enfer curieusement divisé en compartiments tels des grottes, comme on le représentait dans la tradition médiévale. Les Damnés sont alors projetés dans un monde de terreur où des supplices horribles leur sont infligés dans un feu éternel. Regardez de haut en bas : ils ont la tête tranchée ; ils sont enlacés par des serpents ; ils sont attablés devant des assiettes de serpents ; ils sont plongés dans un chaudron bouillant ; enfin, ils sont engloutis par le Diable. Représentation naïve, prêtant à sourire même. Mais finalement pas si drôle que cela, lorsqu’on lit la peur et la souffrance sur les visages de ces hommes et femmes dénudés.
Mais qu’y a-t-il au centre du tableau qui sépare la lumière des ténèbres, et qui intrigue ? Une sorte de dallage ? Non. Ce sont les tombeaux ouverts de la Résurrection, annoncée au son des trompettes des anges situés juste au-dessus. C’est une représentation unique en son genre et que l’on peut qualifier d’ultra-moderne, proche du symbolisme ou du cubisme du 20ème siècle. Autre originalité, révélant de nouveau le génie de Fra Angelico : cette allée de tombeaux mène à la mer, reconnaissable par les quelques remous figurés en son bord. Et c’est cette mer, symbole de vie et de mort, de naissance et de renaissance, qui lie l’ensemble des scènes, le terrestre au céleste.

L’œuvre est ainsi bien typique de l’artiste. Elle est à la fois très originale, comme nous venons de le voir, et en même temps très conventionnelle. Car c’est avant tout un classique médiéval, par le choix des personnages, par les contrastes et par certaines scènes comme la farandole des anges au Paradis ou les démons poussant les Damnés avec leur trident. Mais c’est aussi un tableau très nouveau en ce début de 15ème siècle, par sa composition parfaitement symétrique et équilibrée, par ses couleurs vives, par son sens du mouvement et par ses affects ? Caractéristiques qui sont toutes à l’origine du mouvement artistique de la Renaissance et qui ouvriront ainsi la voie à une multitude de célèbres artistes. Enfin ce tableau constitue la profession de foi de Fra Angelico : sublimer l’humanité grâce au goût du détail, du raffinement et à l’éclat de la peinture, dans le seul but de se rapprocher de Dieu en connaissant mieux l’homme et le monde, faits à son image. L’artiste moine concilie ainsi l’humanisme de la Renaissance et sa foi chrétienne, créant alors un humanisme religieux.

La dernière œuvre que nous allons découvrir ensemble dans ce musée dédié à Fra Angelico est la « Vierge des Linaioli ». Ce vaste tableau de 2 mètres 60 de haut domine la paroi située à gauche en entrant dans le musée. Retrouvons-nous-y, mais seulement après avoir pris le temps d’apprécier les autres œuvres de l’artiste.


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