La Vierge des Linaioli

Florence : couvent saint marc

La Vierge des Linaioli

Nous sommes maintenant devant la « Vierge des Linaioli » de Fra Angelico. Ce triptyque, tableau fait de trois panneaux de bois, constitue un jalon essentiel dans l’œuvre de l’artiste, car il marque le début de sa période de maturité et révèle ainsi combien l’artiste a intégré toutes les idées de la Renaissance. Belle conclusion de ce musée.

Imaginez. Nous sommes le 2 juillet 1433 ; Fra Angelico est chez la corporation des Liniers, c’est-à-dire celle des tisserands de lin. Il est en train de signer un contrat : en échange d’ un retable d’autel destiné à la chapelle privée de la corporation, il recevra 190 florins d’or pour l’ensemble ou toute somme inférieure à celle-ci que sa conscience lui dictera de réclamer. Mais que doit-il peindre pour ce prix-là ? Un tableau sur lequel doivent figurer, en son centre, une Vierge à l’Enfant sur son trône, et sur les panneaux de bois ouvrant et fermant le triptyque, des saints bien emblématiques de la religion chrétienne. Tous ces personnages sont, à cet effet, représentés selon les plus pures conventions artistiques de l’époque. Regardez ainsi les deux saints représentés à gauche et à droite de la Vierge lorsque le retable est ouvert. À droite tout d’abord, saint Jean l’évangéliste : il est figuré âgé, tenant son Evangile dans une main et, de l’autre, donnant la paix. A gauche, saint Jean Baptiste qui fut décapité par Hérode à l’âge de 30 ans environ, est lui représenté à l’âge mûr, portant ainsi la barbe et les cheveux mi-longs. Il est vêtu selon la tradition biblique d’une tunique en « poils de chameau », schéma néanmoins modernisé par un drapé typiquement Renaissance posé par dessus. Enfin, pieds nus, il tient son bâton de prédicateur errant.

Si vous le pouvez, n’hésitez pas à aller voir le revers de ces panneaux. A gauche, vous pourrez admirer saint Marc lisant son Evangile et, à droite, saint Pierre tenant à la main les clefs du Paradis. Puis revenez face au tableau. Nous vous y attendons.

« Monumentales et solennelles »… Oui, ce sont probablement les termes qui caractérisent le plus ces quatre figures saintes. Leur lourd drapé et leur mise en perspective malgré la quasi-absence de paysage leur donnent une réelle présence. Une présence à la fois humaine et spirituelle. Et c’est en cela que ces personnages rappellent de nouveau l’humanisme religieux tant voulu par Fra Angelico et que nous avons déjà évoqué dans l’œuvre précédente. L’artiste s’est d’ailleurs largement inspiré des plus grands pionniers de la Renaissance, omniprésents à Florence : Masaccio, LA référence en peinture, et Ghiberti et Donatello, LES références en sculpture. Ghiberti est d’ailleurs l’auteur du cadre en marbre de ces panneaux de bois.
N’hésitez pas maintenant à vous rapprocher de l’œuvre afin de porter votre attention sur les petits panneaux situés en bas de l’œuvre, formant ce que l’on appelle la prédelle. Et comme à l’instar de toutes les prédelles, elle raconte des histoires.

Vous y êtes ? Alors regardez bien. Trois histoires nous sont contées à travers ces saynètes qui font référence à la Vierge et aux personnages figurés sur les volets extérieurs, à savoir les saints Marc et Pierre. De gauche à droite, vous pouvez voir :
Dans le premier panneau, saint Pierre debout sur sa chaire romaine, au centre de la scène, dicte l’Evangile à saint Marc représenté à gauche assis et de profil. Ces personnages saints sont facilement reconnaissables puisque ce sont les seuls à avoir des auréoles.
- Dans le panneau central, l’Adoration des Rois Mages.
- Enfin dans le dernier panneau, le corps de saint Marc traîné dans les rues d’Alexandrie sous une curieuse tempête de grêle. D’autant plus curieuse d’ailleurs qu’elle n’est généralement pas peinte et qu’elle est d’une grande violence pour un peintre qui sut créer un art particulièrement doux.
Mais ce qu’il y a de plus remarquable dans ces panneaux, c’est que, de nouveau, toutes ces scènes sont un parfait reflet de l’intérêt de Fra Angelico pour la Renaissance : non pas dans la monumentalité cette fois-ci mais dans la volonté de rendre contemporaine toutes ces histoires. Regardez bien les vêtements des personnages observant les différentes scènes : ils sont bien typiques de la Renaissance. Et les paysages ? Ne sont-il pas étonnamment médiévaux et Renaissance pour des histoires antiques ?
Voilà, nous avons terminé la visite de ce petit musée dédié à l’œuvre de Fra Angelico. Il vous aura permis de comprendre, et le personnage, et son art. Voyons maintenant les œuvres que cet artiste réalisa pour le couvent San Marco. Pour cela, ressortez du musée par la porte se trouvant à votre gauche, qui est aussi la porte par laquelle vous êtes entré. Puis juste à la sortie de cette salle, au-dessus de la porte, sur le mur, vous apercevrez une peinture représentant Jésus et deux dominicains.


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