Les statues sculptées par Donatello et Michel-Ange

Florence : place de la seigneurie

Les statues sculptées par Donatello et Michel-Ange

A présent déplaçons-nous de quelques mètres sur notre droite pour nous positionner face à la sculpture de lion. C’est la première des quatre statues exposées sur l’esplanade devant la façade du Vieux Palais que nous allons commenter.

Alors sachez que les quatre œuvres que nous allons découvrir à présent sont éminemment emblématiques de la ville de Florence. Etes-vous bien face à la sculpture représentant un lion, à l’angle gauche de l’esplanade ? Oui ? Bien ! Face à nous, le lion héraldique de Florence, juste à côté, il y a Judith et Holopherne, et plus loin, à gauche de l’entrée du Vieux Palais, une gigantesque statue, le David de Michel-Ange ; enfin à droite de l’entrée, Hercule et Cacus. Des thèmes et des styles très variés n’ayant visiblement aucun rapport entre eux. Et pourtant, malgré l’impression disparate qu’elles procurent, ces statues ont un point commun essentiel : elles sont toutes des symboles républicains. Pourquoi ? D’abord, parce qu’elles sont réunies devant le Vieux Palais, construit pour accueillir la République florentine. Ensuite parce qu’elles datent toutes, ou presque, de la période républicaine de Florence. La république est née à Florence au 12ème siècle, et s'éteindra en 1530 lorsque l'empereur Charles Quint la renverse pour mettre en place un duc.

Ensuite, ces statues sont intéressantes à plusieurs titres. Chacune, à sa manière, raconte un épisode important de l’histoire de la ville et puis aussi, elles ont été sculptées par deux très grands artistes : Donatello et Michel-Ange. Nous les commenterons donc l’une après l’autre, non d'un point de vue stylistique, mais d'un point de vue purement politique. Car chacune de ces sculptures a été sciemment ici placée pour des raisons politiques, et cela parce que nous sommes sur la place du gouvernement de la cité.

Avec le blason qu’il maintient fermement de sa patte, ce lion est devenu l’animal-emblême de la cité lorsque les Guelfes, c'est-à-dire les partisans du pape, prennent définitivement le pouvoir au 13ème siècle. Il s’oppose ainsi à l’aigle impérial des Gibelins. Son effigie orne dès lors la ville, ses monuments et ses blasons familiaux. Vous en verrez en quantité lors de vos promenades à Florence ! D’ailleurs, regardez, sur notre droite, le perron de la loggia, c’est l’édifice à arcades. N’est-il pas encadré par des statues de lions ? Ajoutons qu’il est aussi très présent dans toutes les villes assujetties par Florence. En outre, chose tout à fait exotique, Florence possédait une ménagerie de lions. Et oui ! Les fauves étaient exposés aux yeux de tous et leurs comportements interprétés comme présage. Un chroniqueur du 14ème siècle raconta à cet égard que la naissance de deux lionceaux fut considérée comme de très bonne augure pour la commune.

Mais revenons à cette statue et observons-en le blason. Il porte une fleur de lys rouge sur fond blanc: autre emblème héraldique de Florence omniprésent dans toute la ville. Pour preuve, levons les yeux vers le Vieux Palais. Voyez vous les blasons au-dessus des fenêtres les plus hautes ? Le lys blanc sur fond rouge est le blason de la ville gibeline ; le lys rouge sur fond blanc est le blason de la ville guelfe. Le lys, une fleur qui nous évoque le royaume de France… Et pour cause. C’est en effet la venue de Charles d’Anjou, frère de Saint Louis, qui en est à l’origine. Les guelfes, partisans du pape, lui avaient demandé de venir leur prêter main-forte face à l’Empereur du Saint Empire qui régnait alors sur la péninsule. Ce qui fut fait en 1266 années où le parti guelfe installa définitivement sa suprématie.

Revenons à l’œuvre. Ce lion est surnommé le Marzocco, car il rappellerait la forme d’une statue antique endommagée du dieu Mars déformé ici en Marzocco, aujourd’hui disparu, mais placé de 1420 à 1810 près du Vieux Pont, non loin de là où nous sommes.
Observons de nouveau ce lion, plus particulièrement sa gueule et sa patte posée sur le blason. Admirez sa puissance sereine, sa force tranquille inhérente à une idée politique précise : la République. Cette œuvre datée de 1420 est de Donatello, le plus grand sculpteur de la Renaissance florentine. Il est en fait une copie, l’original est au Musée du Bargello à Florence, écrin de l’une des plus belles collections de sculptures de la Renaissance en Italie.


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