La statue de bronze de Judith par Donatello

Florence : place de la seigneurie

La statue de bronze de Judith par Donatello

Donatello est aussi l’auteur de l’œuvre suivante, située à droite du lion : la statue de bronze de Judith tranchant la tête d’Holopherne. Plaçons-nous face à elle.

« Judith et Holopherne », achevé vers 1460 est un chef-d'œuvre de Donatello. Là aussi, il nous faudra nous contenter de la copie, l’original étant conservé dans le Vieux Palais, salle des Lys. Racontons d’abord l’histoire des deux personnages de l’Ancien Testament ici représenté.

Sous le règne du roi Nabuchodonosor, vivait en Samarie, actuel Israël, une belle veuve du nom de Judith. Le général du roi, nommé Holopherne, assiégeait la cité où vivait Judith. La situation devenait critique. Alors celle-ci, vêtue de ses plus beaux atours et chargée d’alcools et de gourmandises s’en alla voir Holopherne. Ce dernier, charmé par sa beauté, l’invite sous sa tente. Judith le fait boire et profitant de son ivresse lui tranche la tête, terrifiant ainsi les soldats et sauvant du même coup sa ville. C’est ce dénouement précis qui est ici représenté par l’artiste. Il faut en convenir, malgré le grand talent de Donatello, le groupe apparaît un peu statique. Regarder bien Judith, regardez son coup de couteau et son expression ensuite. Alors, qu’en pensez-vous ? Pour notre part, nous trouvons que non seulement Judith s’y prend maladroitement et mollement pour couper la tête de son ennemi, mais de plus, qu’elle paraît distraite. On a l’impression qu’elle pense à autre chose. Malgré cette réserve, l’œuvre est belle. Regardons le drapé de la robe de Judith, et tout particulièrement celui des manches. Vous le voyez ? Ne le trouvez-vous pas étonnant ? Et bien, c'est l'une des caractéristiques du style de Donatello: très grand observateur de l'art antique, il reproduit les drapés mouvementés des statues romaines en abandonnant la rectitude qu’on pouvait observer au Moyen âge. Et maintenant, observons le visage d'Holopherne. Voyez les yeux fermés, la bouche ouverte, le cou tendu… il révèle un pathétisme presque désespéré. C'est l'une des autres caractéristiques du style de Donatello. L'artiste refuse les visages stéréotypés et inexpressifs. Il aime leur donner une intensité, reflet de leur vérité.

Le commanditaire de cette œuvre de grand prestige est Cosme l’Ancien. Ce grand personnage de l’histoire florentine, est le fondateur de l’empire des Médicis. Il ne faut pas le confondre avec Cosme 1er qui vécut un siècle plus tard. A l’origine, la statue n’était pas sur la place, mais elle ornait la fontaine du jardin du palais de Cosme 1er : le Palais Médicis. Elle comportait déjà un message civique pour tous ceux qui venaient chez les Médicis. Deux inscriptions disparues s'y réfèrent. Observons bien de nouveau les visages des deux protagonistes de cette scène et écoutons ces inscriptions : « Les royaumes tombent par les plaisirs, les cités s'élèvent par les vertus ; regardez la nuque de l'orgueil coupée par la main de l'humilité. » la seconde dite : « Pierre, fils de Cosme de Médicis, dédie la statue de cette femme à la liberté et au courage que donne à la République l'esprit d'invisible résolution de ses citoyens. » Judith symbolise ainsi la vertu comme dans l'Ancien Testament, mais aussi la cité-Etat de Florence qui fut toujours vainqueur de ses adversaires en toute circonstance. La statue est donc parfaitement à sa place sur cette esplanade devant le palais du gouvernement démocratique de Florence. Et c'est pourquoi elle fut déplacée ici. Mais qui la déplaça jusqu'ici ? Le fameux Savonarole que nous avons évoqué précédemment. Pourquoi ? La réponse est offerte aux yeux de tous. Observons l'inscription sur son socle. Il est écrit : « A titre d’exemple de salut public ». Et dans l’esprit du moine fanatique, ce n’est plus seulement Judith et Holopherne qui sont figurés, mais la vertu et la liberté luttant contre le vice et la tyrannie, incarnées bien sûr par la famille la plus puissante de la ville, les Médicis : un curieux retour des choses !


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