« L’Enlèvement des Sabines » par Jean Bologne

Florence : place de la seigneurie

« L’Enlèvement des Sabines » par Jean Bologne

Après cette rencontre forte, allons voir une autre sculpture majeure. C’est « l’Enlèvement des Sabines » réalisée par Jean Bologne en 1583, plus de 30 ans après le Persée de Cellini. Pour la trouver, allons sur notre droite, le marbre est placé au premier plan, à l’extrémité droite de la loggia.
Les Naïades de la Fontaine de Neptune, vues tout à l’heure, était un avant-goût de l’art de Jean Bologne. Nous avons là son chef-d’œuvre absolu.

Que voyons-nous ? Un robuste jeune homme enlevant une jeune femme à un homme d’âge mûr. L’explication du sujet est inscrite sur le piédestal dans un relief ajouté plus tardivement par le sculpteur lui-même. Regardons-le. Il représente « l’Enlèvement des Sabines » : Il s’agit là d’un épisode très anecdotique de la conquête romaine. Le rapt, par les Romains, des femmes qui habitaient les Monts Sabins, situés non loin des collines de Rome. Le but des romains était de repeupler, un peu violemment certes, la capitale romaine. Cet événement a très abondamment inspiré les artistes dans l’Italie des 15ème et 16ème siècles, et cela à 2 titres :
? D’abord parce que la Renaissance marque un retour artistique aux thèmes de l’Antiquité et, de fait, une apologie de Rome et de sa gloire.
? Ensuite cet enlèvement des Sabines est un prétexte idéal pour dessiner des corps nus, exercice stylistique alors très apprécié mais qu’il fallait pouvoir justifier par des sujets appropriés.
Jean Bologne montre, à cet égard, sa dextérité. Une virtuosité au service d’un art sévissant alors à Florence, et surtout à la cour des Médicis : le maniérisme. Alors, regardons si nous en découvrons les caractéristiques décrites lors de la description de l’œuvre de Cellini. 1er élément déjà mentionné, c’est la représentation de la nudité et d’un certain érotisme. Regardons, à cet égard, attentivement ce groupe statuaire. Les corps de la femme et de l'homme s'entremêlent pour former un « S ». Sinuosité sensuelle, sinuosité charnelle fortement évocatrice. Autre élément : ce mouvement sinueux est d'une extrême élégance, presque froide d'ailleurs : une impression, peut-être donnée par le matériau - du marbre . Mais c’est certainement aussi une réalité voulue par l'artiste, car c'est une autre caractéristique du maniérisme que le détachement des êtres malgré l'action. Enfin, c’est aussi une sinuosité dynamique qui conquière l’espace. Et de ce mouvement en spirale naît une remarquable légèreté, la légèreté de l'être..., mais une légèreté inattendue pour une œuvre taillée dans un seul bloc de marbre, l’un des plus gros jamais apporté à Florence.


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