L’œuvre de Piero della francesca

Fresques de piero della francesca a la basilique st francois

L’œuvre de Piero della francesca

Avant d’entrer pour découvrir cette œuvre majeure de Piero della francesca, prenez place sur les bancs pour écouter les présentations des commanditaires, des auteurs et l’Histoire de la Vraie Croix, en attendant l’heure de votre réservation.

Grâce à un document notarial, nous possédons quelques renseignements sur les commanditaires et les peintres qui ont travaillé dans cette chapelle. Cette chapelle majeure était placée sous le patronage de la famille bacci, une de ces riches familles de marchands que comptait Arezzo au 15ème siècle. Dans un premier temps, ils firent appel à un peintre nommé Bicci di Lorenzo. Il s’agissait d’un peintre mineur voire médiocre, attaché au gothisme sec qui survivait encore en ce milieu de siècle. Mais en 1452, alors qu’il n’avait réalisé que le décor de la voûte, ce peintre mourut brusquement. C’est alors qu’on fit appel à Piero della Francesca. Il y travaillera 15 ans de 1452 à 1466, en recouvrant pour commencer le travail de son prédécesseur. Cela dit, pendant ces 15 années, Piero sera appelé auprès de différentes cours prestigieuses et voyagera. Cela lui permettra de s’ouvrir à d’autres influences et de devenir toujours meilleur. Nous allons maintenant, parler de sa vie. Revenons aux années 1450/ 1460: il fréquentera de nombreuses cours disions nous : celles des seigneurs de Rimini, de Ferrare, d’Urbino par exemple, et aussi la cour papale.

Ces déplacements vont lui permettre d’être en contact avec l’art flamand, d’une part à travers les œuvres collectionnées par ces seigneurs-mécènes et, d’autre part, par des rencontres avec plusieurs artistes espagnols et flamands travaillant à Rome. Il enrichira ainsi son métier, à la fois parce qu’il va élargir sa palette à d’autres couleurs, et parce qu’il utilisera davantage les valeurs de la lumière. Tout cela est sensible dans les dernières fresques d’Arezzo réalisées à son retour de la ville éternelle. A chacun de ses passages, il laissait derrière lui une grande suite d’admirateurs, parmi les mécènes et les humanistes, mais aussi parmi les artistes avec lesquels il était en contact. Ainsi, sa renommée s’était établie bien au-delà de la Toscane. Son nom lui vient peut-être de sa mère : il était Pierre, le fils de la Françoise, ce qui donne en italien Piero della Francesca. De la première partie de sa vie, on sait peu de choses d’ailleurs. On sait qu’il est né entre 1410 et 1420, dans les environs d’Arezzo, et, selon ses biographes au sein d’un milieu paysan. Difficile, face à la rareté des documents concernant sa famille, de savoir si sa famille était d’un milieu paysan ou bien si le peintre a fréquenté ce milieu. Ceci n’est pas anecdotique : vous aurez plusieurs fois l’occasion de noter l’air rustique et sain que le peintre donne à ses personnages. Il commence à travailler à Florence, là où se traitait la modernité dans tous les arts. En effet, dans cette capitale artistique du tout début du 15ème siècle, il va se passionner pour l’usage de la perspective et de la lumière. Il n’est pas le premier à se pencher sur ces questions. Il fait profit des recherches des hommes qui, avant lui, avaient étudié et mis au point la perspective géométrique, celle qui caractérise la renaissance florentine. Citons comme exemple Paolo Uccello et Masaccio. Des traditions florentines, il conserve le goût pour la ligne des contours qui cerne ses personnages et celui de la peinture narrative. Il raconte des histoires à sa manière.

Une grande caractéristique de Pierro est que ses personnages sont magnifiques. Même les plus humbles d’entre eux sont emplis de majesté et de dignité. Une de leurs caractéristiques est leur impassibilité : ils n’expriment aucun sentiment. Vous verrez comme ils semblent évoluer dans un monde intemporel, un monde de silence. Ayez bien cela en tête, car nous verrons cela dans chaque scène. Mais c’est surtout dans les scènes de bataille que cela est le plus frappant. On y verra des hommes qui semblent être observateurs de leur environnement et de leurs propres actions. C’est surprenant. Et sinon, à la différence de beaucoup de peintres, Piero a écrit, beaucoup même. Il a rédigé 3 traités qui sont des réflexions théoriques et scientifiques et qui nous permettent de mieux comprendre ce génie. Le 1er traité s’intitule « De prospectiva pingendi » : il s’agit d’un ouvrage théorique dans lequel il traite de la perspective appliquée à la peinture. N’oublions pas que la redécouverte de la perspective est alors très récente et que c’est sur Florence qu’elle s’est effectuée. Le 2ème traité s’intitule: «Libellus de quinque corporibus regularibus», ouvrage plus philosophique, dans lequel il exprime l’idée que les formes du monde visible reflètent la perfection du divin et peuvent donc toutes se ramener aux volumes primaires : à savoir ces formes simples que l’on peut observer dans la nature, ou sur un homme, lui même produit de la nature.  Par exemple, la forme cylindrique d’un cou… ou d’un bras, l’ovale d’un visage, la courbe d’une épaule. Principe, on le verra, qui sera appliqué dans les fresques d’Arezzo. Enfin un 3ème ouvrage, Trattato d’Abaco, est un traité d’arithmétique. Il s’agit d’un contenu éloigné de la peinture qui est dicté par des intérêts mathématiques et des exigences de nature pratique. Il y établit des liens entre l’art, la science et le calcul. Et cet artiste Piero della Francesca ne sera ni plus ni moins que le génie le plus complet du 15ème siècle italien. Son art est unique. Par un savant dosage de fermeté et de grande poésie, il mêle rigueur et douceur. Rigueur dans la géométrisation élégante des formes, comme les ovales des visages. Douceur dans le raffinement de détails délicats, comme les chapeaux ou les harnachements des chevaux et dans son usage des couleurs. Car Piero est un remarquable coloriste qui utilise des couleurs délicates, des verts, des roses, des violets, en tonalité subtile et en totale harmonie. Il s’éteindra en 1492, laissant malheureusement peu de ses œuvres, car beaucoup ont disparu.


<< 6 - Le crucifix peint pa...         8 - La légende de Jacqu... >>

Sommaire complet du dossier :