La bataille de Constantin contre Maxence

Fresques de piero della francesca a la basilique st francois

La bataille de Constantin contre Maxence

Et maintenant, regardez juste à droite du songe : nous voyons la bataille de Constantin contre Maxence. Maintenant, nous allons décrire cette magnifique scène. L’épisode illustre une des plus célèbres batailles de l’antiquité, du temps des tétrarques. 2 mots sur ce système de la Tétrarchie. La Tétrarchie fut un système de gouvernement de l’empire de Rome, mis en place par Dioclétien, à la fin de 3ème siècle. Afin de contrôler les frontières et contenir les Barbares, Dioclétien se choisit un co-empereur en la personne de Maximien. En effet, l’empire était tellement vaste que Rome était trop loin de certains des lieux où des décisions devaient être prises plus vite. Chacun des 2 empereurs sélectionna un césar pour l’aider dans ses fonctions. Dioclétien élut Galère, et Maximien élut Constance-Chlore. Ce dernier mourut en 306. Son fils, Constantin, se donna pour héritier du trône, ce que revendiqua également Maxence. Durant 20 ans, l’Empire vécut dans une grande confusion, car il y eut 7 empereurs en même temps installés en divers points du territoire. Finalement, Constantin les vainquit les uns après les autres et régna seul à partir de 324. 6 ans plus tard, il fondait sa capitale Constantinople : Constantino-polis : la ville de Constantin. Mais l’artiste donne à cet épisode historique un caractère différent, car il l’actualise. En effet, Piero fait allusion à la situation politico-religieuse du moment. D’une part, la situation contemporaine, celle où le pape Pie 2 mûrissait des projets de croisades contre les Turcs afin de leur reprendre Constantinople dont ils s’étaient rendus maîtres en 1453. D’autre part, il fait référence à des épisodes plus lointains dans le temps. En 1439, il y eut un concile à Florence où les églises orthodoxes d’Orient et catholiques de Rome tentèrent de se réconcilier. Mais ce concile de Florence s’était soldé par un échec. Cela dit, Piero était à Florence à ce moment-là et il avait pu admirer la magnificence des costumes des Orientaux, la richesse de leurs parures, et leurs curieux chapeaux lors des grandes parades des dignitaires grecs. Autant d’éléments qu’il intégrera dans ses fresques. Rappelez-vous la superbe robe du roi Salomon. Encore une fois, la composition s’organise en 2 masses. Portez votre regard sur la gauche. Vous voyez les armées de Constantin, extrêmement groupées derrière leur chef qui apparaît à droite de ses troupes, monté sur un cheval blanc et tenant dans sa main, devant lui, la croix. Regardez maintenant à droite : en face, de l’autre côté du fleuve, l’armée en déroute de maxence. Seuls quelques éléments ayant trait à un conflit armé nous confirment qu’il s’agit bien d’une scène guerrière. Pourtant, malgré la mêlée composée de chevaux, de soldats cuirassés, d’armes et d’étendards brandis, il s’agit davantage d’une parade militaire que d’un véritable affrontement. Les 2 groupes sont séparés par un petit cours d’eau. Piero l’utilise, d’une part pour marquer le lieu de la bataille au Pont Milvius ; d’autre part, à fins picturales. En effet, le regard a naturellement envie de suivre le cours sinueux : allez, faites le aussi. Et cela nous amène vers l’arrière-plan : il sert donc à créer une perspective. Par un petit détail, il nous renseigne sur le travail du peintre. Portez votre attention sur l’arbre situé au centre de la composition. Vous y êtes ?? Notez avec quel souci de réalisme Piero a représenté son reflet dans l’eau. Ce souci du détail, on le retrouve aussi dans le rendu des cuirasses : regardez attentivement au 1er plan du groupe de gauche. Notez l’armure de l’homme monté sur le cheval à la robe brune. La lumière joue un rôle important sur cette armure. Elle nous donne la nature de son matériau : le métal gris brille dans la lumière. Enfin, même si cette caractéristique de Piero vous est connue : nous ne résistons pas à l’envie de vous faire remarquer, une fois de plus, comme règne le silence et même un silence assourdissant. Et ce, en dépit de la présence du clairon. Vous le voyez tout à fait à gauche. C’est le seul à être tête nue. Regardez! Sa joue gonflée nous dit qu’il est en train de souffler dans son instrument. Cela dit, il reste impassible au milieu de la mêlée.


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