La porte de la Monnaie

Grenade : le quartier de l'albaicin

La porte de la Monnaie

Quittons du regard ces habitations. Avançons de quelques pas jusqu’à la porte qui nous fait face et nous voici face aux vestiges des remparts du 11e siècle repérés auparavant depuis le mirador.
Vous êtes face à la Porte de la Monnaie, également appelée Arcos de las Pesas. Il s’agit de la porte ouest de l’ancienne citadelle Ziride au passage de laquelle les marchandises étaient taxées. L’architecture de cette porte s’inscrit dans l’art défensif traditionnel : elle garde un passage en chicane, c'est-à-dire formant un coude, destiné à dérouter l’ennemi. Mais pour l'instant, observons la forme de son arc, qui est typique du paysage artistique andalou. Regardez le bien : cet arc est un des repères fondamentaux de tout voyage en Andalousie. Il est une dérivation de la forme de l’arc en plein cintre, c'est-à-dire de l’arc dont la courbe décrit un demi-cercle. Ici le demi-cercle est comme prolongé sur les bas côtés comme si le tailleur de pierre avait souhaité se rapprocher de la forme complète du cercle. Bref, il a une forme d’arc en fer à cheval. Mais, pour les puristes et selon le vocabulaire artistique consacré, cette forme d’arc s’appelle un arc en plein cintre outrepassé. Son origine reste en partie mystérieuse. L’arc en fer à cheval est utilisé en Espagne dès la monarchie des Wisigoths du 6 au 8e siècle de notre ère. On le trouve par exemple dans les églises les plus anciennes de Tolède. Il est également attesté en Orient à la même époque, ce n’est donc pas une création purement wisigothique, même si ce sont bien ces Germains qui l’ont introduit en Espagne. Cela dit, cette forme sera par la suite surtout diffusée par les musulmans, et c'est pourquoi l’arc en fer à cheval passe aujourd’hui pour une des caractéristiques de l’art musulman.
Mais revenons à notre porte. Il est intéressant de constater que cette porte est vierge de toute ornementation. On peut penser que ses battants de bois, aujourd’hui disparus, étaient ouvragés. Cependant, on voit bien que l’encadrement en pierre de la porte n’est lui pas décoré. Ce manque de décor s’explique certainement par le contexte politique du 11e siècle. Parallèlement aux petits royaumes des taifas, évoqués précédemment, al-Andalus, tombe sous l’influence d’une dynastie berbère qui a pris le pouvoir au Maroc. Depuis sa capitale de Marrakech, cette dynastie berbère des Almoravides prône un certain rigorisme sur le plan religieux et architectural. Elle condamne ainsi l’ornementation foisonnante qui avait caractérisé l’époque des derniers Omeyyades dans les mosquées et palais de Cordoue.
Cette porte et le pan de mur qui lui est accolé furent conservés par les autres musulmans puis par les chrétiens comme élément défensif du quartier. Mais le gonflement progressif de la population du quartier de l’Albaicin eut raison du reste de la muraille. Et dès le 14e siècle, comme la ville s’agrandit, d’autres fortifications seront construites plus au nord.


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