Le vieux Hammam

Grenade : le quartier de l'albaicin

Le vieux Hammam

Faites un demi-tour sur place et regardez maintenant en direction des bâtiments longeant la rue. Face à vous sur le trottoir situé à votre gauche, se trouve un vieux hammam aujourd’hui transformé en lieu de visite. Nous allons donc restez dans la même thématique : la grande technicité des populations arabo-berbères dans la maîtrise de l’eau. Traversons la rue et rejoignons le trottoir de la carrera del Darro où se cache ce vieux hammam. C’est le bain musulman le plus ancien et le mieux conservé d’Espagne.

L’entrée du hammam est discrète, mais gratuite. Vous y êtes les bienvenus. Franchissez un étroit couloir qui vous mène dans un petit patio de galets réaménagé depuis. Du patio, tournez à gauche pour entrer véritablement dans ce hammam du 11e siècle appelé le Bauelo.

Avec un peu d’imagination, nous allons suivre le cheminement pratiqué par un ancien baigneur. Depuis le passage de l’entrée, vous vous trouvez dans la petite salle du vestiaire. Poursuivez votre chemin. Traversez rapidement la salle qui suit, c’est l’ancienne salle froide, ce n’est pas le moment de s’y arrêter ! Nous allons d’abord nous délasser dans la salle suivante, de forme carrée qui est la salle tiède.

Vous voici dans la salle tiède: elle est la plus vaste du hammam et elle situés en son centre. C’est ici que le baigneur commençait à se détendre et à transpirer, assis sur des banquettes qu’il faut imaginer. Le magnifique décor est lui encore bien visible : les voûtes en plein cintre sont ici portées par des piliers et des chapiteaux de remploi, c’est-à-dire provenant de sites plus anciens des environs dont les matériaux ont servi de carrières pour édifier les nouvelles villes. Regardez sur votre droite le deuxième chapiteau en partant de l’entrée : il est recouvert de décorations à feuilles d’acanthe ; c’est donc un pilier de style corinthien et il provient certainement de l’antique cité romaine d’Elvira qui se trouvait à quelques Kms de Grenade. Le chapiteau suivant sur le même côté est lui de style composite : il porte les mêmes feuilles d’acanthe dans sa partie basse surmontée de volutes dans sa partie haute. Cette forme fut beaucoup utilisée dans l’Antiquité tardive. Elle peut soit provenir d’un site romain également, soit de l’art des Wisigoths, barbares romanisés qui fondèrent le premier royaume en Espagne après la chute de l’Empire romain. Sur les chapiteaux qui leur font face de l’autre côté de la salle, vous pouvez reconnaître le motif de la feuille d’acanthe, mais celui-ci est traité de façon moins réaliste et plus stylisée. De plus, la profondeur et le relief des décorations végétales sont accentués créant des zones d’ombre et de lumière. Contrairement aux autres, ces chapiteaux ont été sculptés à l‘aide d‘un trépan, outil à pointe que l’on tournait à l’aide d’une manivelle. En quelque sorte, l‘ancêtre de la perceuse. Ce style artistique est né en Orient, dans l‘Empire byzantin et fut repris par les artistes musulmans ; ce chapiteau date donc certainement d’un site ziride. Cette disparité de reliefs n‘enlève rien à l‘harmonie du lieu et lui confère beaucoup de prestige. La lumière de la salle nous vient de façon naturelle par les ouvertures du toit. Lieu de repos, de convivialité et d’intimité qui se prêtait bien à la pénombre, la lumière du jour était filtrée par des plaques de verre coloré. Cela conférait une ambiance plus chaleureuse à la salle. Il faut prêter attention aux différentes formes des lucarnes. Voyez, ce sont soit l’octogone, soit l’étoile à 8 branches. La forme de l’étoile rappelle, elle, l’idée d’une voûte céleste. Et traditionnellement l’étoile à 8 branches symbolise l’Umma, c'est-à-dire l’ensemble de la communauté musulmane dans le monde. Après s’être habitués à la chaleur, les baigneurs allaient jusqu’à la salle chaude, au bout du couloir, qui est plus basse de plafond.
Derrière le muret, vous devinez l’emplacement de la grande cuve en cuivre dans laquelle était gardée l’eau chaude productrice de vapeur. Le baigneur pouvait s’y tremper ou simplement s’asperger d’eau chaude. Cette cuve, de même que le reste des salles, était chauffée par un four situé en sous-sol et un ensemble de murs creux et de canalisations, procédé hérité des techniques romaines de l’hypocauste, qui signifie littéralement « chauffage par en dessous ».
La disposition intérieure de ce hammam indique clairement son héritage antique : elle est en effet semblable à celle des thermes romains. Un vestibule donne successivement accès aux différentes salles : froide, tiède puis chaude. Les pièces sont de plus en plus petites et voûtées. Tandis que les murs sont en ciment, la briqueterie des voûtes en berceau et du toit est bien visible. De votre emplacement, vous voyez clairement la forme de la brique musulmane qui est plus allongée et étroite que la brique romaine. Matériau réfractaire qui résiste à de hautes températures, la brique est un matériau idéal pour ces bains de vapeur. La situation même du hammam rappelle les usages antiques : il s’agit d’un bain de quartier, à proximité d’un point d’eau et non particulièrement d’une mosquée. C’est un lieu de détente et de sociabilité et non forcément de purification avant la prière.

Notre découverte de l’Albaicin s’achève ici, au bord du Darro. Et nous vous conseillons de poursuivre la carrera del Darro, sur votre gauche en sortant du hammam jusqu’à la Plaza de los Tristes. Là vous pourrez faire une pause agréable sur une terrasse arborée avec une vue magnifique, au pied de l’Alhambra. Sur votre chemin, vous allez passer le long de plusieurs couvents et palais construits entre le 16 et 18è siècles qui ont pris la place d’anciens palais musulmans. La majorité d’entre eux en ont conservé quelques vestiges, tout particulièrement les patios. Vous croiserez en particulier l’imposante façade du couvent Sainte-Catherine de Zafra.


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