La cour des Myrtes

Grenade : visite de l'alhambra

La cour des Myrtes

Traverser cette cour, passez sous la façade précédemment décrite et vous entrez alors au cœur du palais de Comares, dans un des lieux les plus connus de l’Alhambra, la cour des myrtes.

Nous voici plongés en plein Orient. Ce patio avec son bassin central est emblématique du mode de vie à l’oriental. Vous venez d’entrer par une des 4 portes, et peut-être êtes vous en ce moment éblouis par la lumière andalouse. Dans ce cas, vous pouvez aller vous réfugier sous la galerie Sud située à votre droite, en longeant le bassin.
Depuis la galerie s’offre à vous le reflet de l’ombre de la grande Tour du trône sur les eaux scintillantes du bassin. Au rythme de la journée, la couleur de l’eau change constamment. Ce jeu entre ombre et lumière se retrouve dans toute construction palatine d’un prince musulman aussi bien en Syrie qu’en Turquie, au Maroc ou en Inde.

La cour doit son nom aux buissons de myrte qui bordent le bassin sur toute sa longueur. Les senteurs sont en effet essentiel dans le savoir vivre oriental : de l’eau de rose est régulièrement aspergée dans les pièces, de l’encens brûle et le myrte parfume naturellement l’atmosphère. Le myrte, qui est cet arbrisseau à feuilles coriaces persistantes, à ne pas confondre avec la myrrhe, qui est une résine aromatique et un des cadeaux des rois mages.

La cour des Myrtes fut le centre de l’activité politique et diplomatique. Les visiteurs et ambassadeurs devaient être impressionnés par la quiétude du lieu et par la puissance qui se dégage de l’imposante Tour de Comarès, ou Tour du trône. Telle que vous la voyez la tour fait 25 m de haut, mais il faut imaginer que 25 mètre supplémentaires en constituent la base souterraine.
Plusieurs chambres donnent sur la cour, comme on peut s’en rendre compte avec les 4 fenêtres des murs latéraux. Il s’agit des chambres des épouses officielles, fixées à 4 maximum selon la tradition initiée par Mahomet (4+1 qui est l’homme, on retrouve le chiffre 5). Les sultanes résidaient ici l’hiver. L’été, la Cour se déplaçait vers la résidence du Generalife, où nous finirons notre visite, plus haute et donc un peu plus au frais. Les concubines étaient quant à elles logées en dehors de l’Alhambra, dans la ville de Grenade ou dans ses environs notamment dans les villas avec jardins, que l’on appelle les carmenes et que vous pourrez découvrir si vous effectuer la visite de l’Albaicin. Le nombre des concubines, lui, n’est pas limité.

Depuis la galerie Sud, rendez vous à la première porte sur votre gauche.
Vous voici dans une petite alcôve, autre forme architecturale typique d’un palais musulman. Comme beaucoup de mots commençant par « al », le mot alcôve est d’ailleurs un mot d’origine arabe (al qubba passe au français par l’espagnol alcoba, avec le double sens de coupole et de petite chambre contigüe à une grande pièce). Cette petite salle pouvait servir de salle de repos ou de chambre à coucher d’appoint, c’est pourquoi les conservateurs y ont placé un lit. Un rideau en préservait l’intimité.
Revenez sur vos pas à l’entrée de cette petite alcôve. De part et d’autre de la porte, vous pouvez admirer des petites niches sculptées. Elles se trouvent très souvent à l’entrée des salles. On disposait à l’intérieur des vases remplis de pétales de fleur, d’eau parfumée. Lieu d’un raffinement extrême, elles sont en outre décorées, sur leur bordure, de courts poèmes arabes calligraphiés dans la pierre. Ces poèmes, appelés takkas, ont donné leur nom à ces niches. Et ils sont devenus un genre, il existe dans la littérature arabe des recueils de poèmes de takkas.


Traversez à présent la cour des Myrtes pour allez vous placer au pied de la Tour du trône de l’autre côté du bassin.
La galerie sud se reflète également joliment dans le bassin mais ici la silhouette élancée voulue par les architectes est cassée par la corniche du massif palais de Charles V que nous irons également visiter ultérieurement.
Lieu central de la politique intérieure et extérieure, cette cour des myrtes donne également sa place aux femmes ! Nous avons déjà évoqué les chambres des sultanes, vous pouvez voir un autre passage qui leur était réservé sur cette façade Sud. Sous la loggia ouverte de l’étage supérieur apparaît une galerie fermée de 7 fenêtres de bois à l’arc légèrement outrepassé. Les femmes pouvaient suivre les affaires cachées derrière ces jalousies de bois, appelées moucharabiehs dans le monde arabo-berbère. La préservation de l’intimité et du secret n’est pas la seule explication de la présence dans toute l’Alhambra de ces moucharabiehs : avez-vous une idée de leur fonction ? Oui, elles sont en fait très utiles pour réguler la température et l’aération des pièces. Elles empêchent le soleil de rentrer tout en maintenant une aération constante, nécessaire en été comme en hiver. En effet, les seules cheminées que vous pourrez croiser sur votre parcours sont des rajouts chrétiens. La cheminée n’est pas utilisée dans le monde arabo-musulman, pour se chauffer on utilise de gros braseros en laiton. Ils dégagent beaucoup de monoxyde de carbone et il était donc nécessaire d’assurer une ventilation constante.


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