La Salle du Trône ou des Ambassadeurs

Grenade : visite de l'alhambra

La Salle du Trône ou des Ambassadeurs

Poursuivez votre chemin selon l’unique voie possible pour vous retrouvez dans la Salle du Trône ou des Ambassadeurs.

Vous êtes désormais placés à l’intérieur de la Grande Tour repérée à l’extérieur. La décoration vous semble déjà somptueuse, pourtant il faut imaginer cette même profusion ornementale avec plus de couleurs. Les fenêtres, qui sont ici typiquement arabes puisqu’elles arrivent jusqu’au sol, portaient des vitraux de couleur, les frises de stuc étaient colorées de tons pastels !

Il n’y a pas un pan de mur dépourvu de décoration et pourtant l’ensemble est élégant et harmonieux, c’est bien là la magie de l’art islamique. La géométrie présente dans chacun des panneaux de stuc ou de céramique, la répétition des motifs confèrent à la salle une grande unité. C’est l’idée fondamentale de l’art décoratif : le regard ne doit s’arrêter sur aucune partie en particulier mais passer de l’une à l’autre en étant toujours émerveillé et en ayant l’impression d’un tout. La variété et la profusion du décor renvoient à l’unicité de Dieu.

Levez les yeux. Ce plafond est la partie la plus aboutie de cette salle, c’est un chef d’œuvre de la charpenterie musulmane. Vous ne pourrez pas le voir sans jumelles, mais croyez-nous sur parole : il est constitué de plus de 8 000 pièces de cèdre emboîtées, sans une vis ni un clou. Sa polychromie et son scintillement sont également atténués car les parties que vous voyez blanches étaient à l’origine serties d’argent ou d’ambre. En concentrant votre attention sur les différents niveaux du plafond, vous pourriez comptabiliser 7 paliers de bois. Ce plafond représente effectivement les 7 Cieux du paradis coranique et symbolise donc l’Univers. Symbole finalement assez classique pour une Salle du Trône ! Autre subtilité : cet Univers se présente sous la forme d’une pyramide parfaite qui répond au « nombre d’or ». Chiffre de 1,6 considéré comme parfait et qui dans beaucoup de civilisations (aussi bien chez les Egyptiens que chez les Grecs) a guidé l’art des proportions. Notre pyramide mesure 18 m de hauteur sur 11m de large (18 ?11 = 1,6).


Regardons maintenant au sol. Au centre de la pièce sont aujourd’hui exposés des pavements de céramique. Ils proviennent assurément des murs d’un des palais détruits car vous reconnaîtrez l’inscription de la devise nasride dans un cartouche en noir sur fond blanc « Il n’y a de vainqueur qu’Allah », or il est inconcevable de fouler le nom de Dieu. Les chrétiens ont suivi la même règle dans leurs églises, les pavements sont décorés de formes géométriques mais jamais de représentations de personnages saints, ni même humaines, sauf pour les clercs souhaitant être piétinés par les fidèles en signe d’humilité…


Le trône était placé devant la fenêtre centrale, face à l’entrée. Selon la coutume, il était formé de nombreux coussins et luxueux tapis mais le souverain n’était pas trop surélevé. En revanche son visage était placé dans une pénombre entretenant un certain mystère. Quand au souverain il pouvait jouir par cette fenêtre d’une belle vue sur sa ville.
Et on ne peut d’ailleurs visiter cette salle sans évoquer brièvement quelques uns des grands épisodes historiques qui s’y sont déroulés. C’est ici que le sultan Boabdil, dernier de la dynastie nasride, signa la reddition de la ville de Grenade, effective le 02 janvier 1492, auprès de l’envoyé des Rois Catholiques. C’est ici également, durant la courte période où Grenade fut la capitale de la Couronne espagnole, que fut signé le décret d’expulsion des Juifs d’Espagne en mars 1492.


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