La porte rouge

Kyoto : visite de kyomizu dera

La porte rouge

Devant vous, le bâtiment le plus proche est un pavillon de couleur rouge. C’est une porte, « mon » en japonais. Regardez à sa base : on voit 2 lions assis qui gardent l’escalier qui y conduit. Regardez le toit. Notez son élégance! Il est recouvert d’écorce de cyprès, un matériau rare, et aussi très cher. La structure imposante de cette porte date de l’époque dite de Muromachi qui couvre environ 2 siècles et demi de 1336 à 1573. Cette époque est appelée aussi époque des « Ashikaga », du nom de la famille de guerriers qui dirigèrent la nation en qualité de shôgun. Les shôguns sont ces généraux qui dirigent le pays pour le compte de l’empereur, qui a plutôt un pouvoir symbolique. Un peu comme un premier ministre tout-puissant. Et justement, le siège du gouvernement shôgunal était situé dans le quartier de Muromachi, à Kyôto. Mais avant de nous attarder sur l’analyse de cette porte, et avant de gravir l’escalier qui y conduit, faites quelques pas sur la gauche, et dirigez-vous vers ce petit bâtiment de plain-pied. Il est presque unique en son genre.


Vous y êtes ! Quelle peut être la fonction de ce bâtiment ? Vous ne devinerez pas. Il s’agit en fait d’un parking ! Mais entendons-nous, il s’agit d’un parking pour chevaux ! En effet, les fidèles qui arrivaient à cheval pouvaient laisser leurs montures à l’extérieur le temps de leurs dévotions. Ce bâtiment date également de la période de Muromachi. Il n’en existe presque plus d’exemples au Japon. Revenez sur vos pas, et approchez-vous maintenant de ces deux lions assis situés au pied de l’escalier qui mène au podium de la « Porte Rouge ».

Vous y êtes ! Bien ! La présence d’images de lion de pierre ou de métal est fréquente dans les temples bouddhiques. Le lion représente la puissance du Bouddha, à l’instar de la puissance d’un monarque. Lors de sa naissance, d’après la mythologie bouddhique, le futur Bouddha pousse le cri du lion ! Autre exemple, lors de sa mort, celui-ci se couchera dans la position du lion. Regardez bien les deux fauves…Que remarquez-vous ?? Rien ?? Mais si voyons !... Oui, c’est cela... ils ont la gueule ouverte ! Il s’agit là aussi d’un symbole ! En effet, vous allez pénétrer dans un temple. Or, cet espace n’est autre qu’un puissant lieu d’échanges énergétiques. Le fidèle va, certes, se ressourcer et recevoir une énergie. Mais aussi, à l’inverse, par ses prières et par ses offrandes, le fidèle va énergiser ou du moins maintenir la puissance énergétique du temple. Et la gueule ouverte de nos félins est donc l’expression même de cette puissance manifestée. Et dites vous qu’à l’inverse, la gueule fermée sera l’expression de cette même puissance, mais latente ! Vous le verrez en allant plus avant ! Et maintenant, gravissons ces quelques marches ! Regardez à gauche et à droite ! Vous remarquez des lanternes de pierre ! Elles étaient très utiles autrefois pour éclairer les abords des sanctuaires. Aujourd’hui, elles sont devenues également des ex-voto, c'est-à-dire des offrandes associées à une prière. Déposées là par les fidèles, elles n’ont plus de fonction utilitaire.

Vous êtes parvenus maintenant sur le podium de cette porte. Celle-ci est fréquemment désignée comme la « Porte Rouge » ou “aka - mon” en japonais. Plusieurs raisons expliquent le choix de cette couleur. Retenons, pour l’instant, la version la plus simple dirons nous. En règle générale, les bois japonais ont rarement besoin d’être protégés. Leur texture naturelle, grasse ou résineuse, leur permet de résister à l’humidité et aux insectes. À partir du 8éme siècle, certaines structures de temples furent pourtant teintées de rouge. Aucune raison pratique à cela donc, mais simplement un effet de mode qui venait de Chine. Là bas, on utilisait les propriétés bactéricides du rouge de cinabre pour protéger les bois exposés.
Mais revenons à la porte même : vous pouvez compter 8 piliers. Cette conception permet d’aménager de vastes niches dans les deux travées latérales. Dans chaque niche siège un dieu gardien de la porte. Dans les temples bouddhiques, comme celui de Kiyomizu-dera où vous êtes, ces personnages sont les « Ni-ô-sama ». Ces 2 divinités terrifiantes qui effraient les démons et protègent, ainsi, les lieux. En conséquence, cette porte est également appelée « Ni-ô-mon » : c'est-à-dire la porte (“mon”) des « Ni-ô ». Afin de les observer, passez sous cette porte.

Vous êtes maintenant sous la porte. A droite et à gauche, vous remarquez de grandes niches, et dans chacune l’image d’un dieu gardien terrifiant ! Vous les voyez ?? Difficile de ne pas les voir car ils sont très grands…4 m de hauteur…et chose très inhabituelle en Asie… très musculeux. Quelle autre caractéristique remarquez-vous ?? Prenez votre temps et passez d’un démon à l’autre…Oui, c’est cela…tous les 2 sont en colère. Mais il y a un détail essentiel… notez que celui de gauche a la bouche fermée, alors que celui de droite a la bouche ouverte ! Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il s’agit là encore d’un symbole. La figure “bouche ouverte” est appelé « a », la figure “bouche fermée” est appelée « um ». Le « a » étant le premier son de la phonétique sanscrite, alors que le « um » en est le dernier. Ces dieux gardiens résument en somme le début et la fin de toutes choses, l’impermanence donc de tout; et en même temps, bien sûr, comme nous l’avons souligné à propos de l’image des lions, la puissance latente : mâchoires serrées ! Et la puissance manifestée : bouche ouverte !


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