La pagode

Kyoto : visite de kyomizu dera

La pagode

Reculez maintenant de quelques pas afin de considérer dans toute sa hauteur la tour devant laquelle se tient notre «Jizô ».

Avez-vous suffisamment de recul ? Pouvez-vous apercevoir le sommet de l’édifice? Bien ! Comme vous le remarquez : il s’agit d’une tour à trois étages. On la nomme en japonais : « sanju-no-to »; c'est-à-dire “tour à trois toits”. « san » signifie “trois”, et le mot « ju » : “toit”. Il y a trois toits, certes ; mais aussi trois étages. L’édifice entièrement en bois repose, comme vous le voyez, sur un socle de pierre. Cette pagode fut reconstruite en 1633, et largement restaurée en 1987.Vous distinguez très nettement les trois toitures, et la flèche au sommet composée d’une succession d’anneaux. Vous remarquez également qu’une balustrade souligne chacun des trois niveaux de l’édifice. Commençons par le rez-de-chaussée. Au rez-de-chaussée, la balustrade de bois court le long des quatre murs et borde le passage extérieur de la construction sur pilotis. Regardez à présent au-dessus du premier toit. Vous retrouvez le même agencement, mais en retrait. Enfin, levez les yeux vers l’étage supérieur : au-dessus du second toit, on trouve une composition architecturale identique légèrement en retrait encore par rapport au niveau inférieur. A chaque étage, donc, une sorte de “balcon” que l’on nomme en japonais« mokoshi ». Sans doute avez-vous l’impression de voir trois pavillons l’un sur l’autre ! Pourquoi pas ! Ce type de construction nous séduit beaucoup par son élégance, et tout paysage extrême-oriental ne peut se concevoir dans notre imaginaire sans la présence, justement, de la figure élancée d’une pagode. Mais qu’est-ce qu’une pagode au juste ?

Et bien en fait, la pagode est un reliquaire géant ! Elle abrite des reliques saintes. Au Japon, à l’exemple de la Chine, les pagodes adoptent la forme d’une tour dont les étages sont construits autour d’un pilier central. Le nombre d’étages varie de 3 à 15. Leur nombre est toujours impair (nous verrons pourquoi plus loin), et assez souvent de taille décroissante. Tout d’abord, on enterre où on pose une pierre de fondation. Puis, cette pierre reçoit le pilier central qui traversera toute la structure de l’édifice, et surgira au sommet au-dessus de la toiture. D’ailleurs, regardez ici, au-dessus du toit, et vous verrez que ce pilier s’orne d’un élément métallique. De quoi s’agit-il ? Et bien, cela reproduit, en miniature, la forme stylisée des stupas de l’Inde. Alors 2iéme question nous direz vous : qu’est-ce qu’un stupa ?? Curieusement : le mot “pagode” et le mot “stupa” sont des termes dont la définition est la même. La symbolique et la fonction de ces deux types de construction sont similaires, seule leur forme les différencie. Quelques précisions sont donc nécessaires ! Le terme de stupa désigne un bâtiment bouddhique dont l’origine remonte à la mort du Bouddha historique au 4iéme siècle av. J.-C. La tradition raconte l’histoire suivante : peu de temps avant sa mort, le Bouddha aurait suggéré l’idée de la forme du bâtiment en posant sur le sol son vêtement préalablement plié en quatre. Puis, au centre, il aurait placé son bol à offrandes en le renversant, et en posant verticalement dessus son bâton de pèlerin. Les gens y ont donc vu la forme que devait avoir le bâtiment qui abriterait ses cendres après son incinération. Les Indiens y ajoutèrent un petit édicule au-dessus. C’est ainsi que le stupa est né. Il est en soi un symbole : la base carrée (c’était le manteau de Bouddha) représente la terre ; la demi-sphère (son bol) : l’eau ; le petit édicule : le feu ; et enfin, le mât (le bâton de Bouddha) : l’air. Donc, les quatre éléments ! En résumé, pour désigner ce type de construction, on utilise couramment le terme sanscrit de “stupa” qui signifie “chignon”. Mais, en fonction du lieu géographique, le terme qui le définit varie. Pour les Sri Lankais, cela s’appelle « dagoba » et c’est ce terme qui est devenu « Pagode » en français ! Mais revenons à la forme : la pagode japonaise ne ressemble en rien dans sa forme au stupa indien ; son architecture s’inspire plutôt de la tour de garde. Néanmoins, sa fonction est la même : c’est un reliquaire géant ou encore, moins fréquemment, un bâtiment commémoratif.


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