Le Kannon

Kyoto : visite de kyomizu dera

Le Kannon

Regardez maintenant devant vous. Au fait, si vous souhaitez vous approcher, n’oubliez pas de retirer vos chaussures. Alors : Oui, la salle est obscure ! Il est souvent difficile en effet de distinguer avec précision les oeuvres que ces salles contiennent. Mais l’obscurité a sa nécessité. Vous avez remarqué que généralement les parois de ces grandes salles ne laissent filtrer que de minces lueurs du jour. Seules, les grandes statues en face de l’ouverture bénéficient plus largement de la lumière. Cette pénombre générale est indissociable de l’esprit même du recueillement méditatif ! Les ors redoublent alors d’éclat dans cette semi-obscurité, les incrustations de nacre scintillent. L’infinie sérénité des Bouddha et les masques grimaçants de leurs gardiens s’auréolent d’un mystère farouche, qui doit vous aider à trouver la sérénité. Somme toute, il faut le dire, tout l’ensemble de Kiyomizu, ses pavillons, ses jardins, ses vides, ses pleins, ses ors et ses murs nus constituent un vaste spectacle propre à vous émouvoir sans que vous puissiez discerner distinctement l’origine de l’émotion qui vous transporte !
Cette grande salle, le coeur de Kiyomizu, est dédiée à la divinité bouddhique la plus célèbre du Japon : Kannon. D’importation indienne, elle est devenue l’objet d’un culte fervent de la part de l’ensemble de la population japonaise, et son image, sous diverses formes, se rencontre très fréquemment dans l’archipel. Mais quelle est donc cette divinité si précieuse aux yeux des Japonais ? Kannon est l’appellation japonaise du plus important des bodhisattva. Vous savez, maintenant ce qu’est un bodhisattva ? Non ? Mais si, souvenez vous de « Jizô », cet être de compassion protecteur des enfants ! Et bien, c’en est un autre ! Il y en a, en fait, beaucoup ! Mais rassurez-vous, nous ne retenons que les plus importants ! La divinité Kannon est donc un bodhisattva, et le plus célèbre ; un être de très grande compassion, un Bouddha en “puissance”, en quelque sorte, qui renonce à la Bouddhéité pour aider les humains. D’origine, indienne, son image a traversé l’espace via la Chine et la Corée pour atteindre le Japon. Sa nature, masculine, s’est féminisée lors de son passage en Chine ; la compassion étant considérée, là-bas, comme un sentiment féminin. Détail important, on l’associe au Bouddha Amida (le Bouddha de l’Ouest); elle en est en quelque sorte l’émanation. Ses images sont multiples, et bien souvent d’une grande beauté ! L’image que vous avez sous les yeux est sans doute l’une des plus touchantes, et des plus attachantes. Regardez bien ! Elle vous paraît bien étrange ! Non ? Tant de bras pour une seule divinité ? Tant de têtes aussi ? Difficile, sans doute, de compter les têtes ? Vous êtes peut-être trop loin ! Confirmons : elle en a 11 ! Selon la légende, notre divinité éprouvait une telle compassion pour les êtres humains que sa tête finit par éclater en 10 morceaux ! Avec sérénité, elle rassembla ses 10 mini têtes pour s’en coiffer, prenant soin d’ajouter celle du Bouddha dont elle est l’émanation : Amida. Regardez bien : au sommet de la coiffure ne voyez-vous pas la tête d’un Bouddha ? Si ? Hé bien c’est celle d’Amida ! Total : 11 têtes. Et pourquoi de multiples bras ? Immense compassion encore ! Ces bras représentent l’infini ! Ils embrassent l’univers. Et dans chacune de ses mains un attribut dont la signification varie bien évidemment : victoire, protection, apaisement, concentration, etc.… Prenez le temps de la regarder.


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