Le cimetière Juif de Große Hamburger Strasse

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Le cimetière Juif de Große Hamburger Strasse

Continuons notre marche sur la Oranienburger Strasse, mais tout d’abord, nous vous proposons pour cela de passer sur le trottoir de la Synagogue. Puis marchons une centaine de mètres et arrêtons-nous un instant là où la rue forme une courbe. A cet endroit, la rue se sépare en deux branches au centre.

Regardons en face : nous voyons un parc couvert d’arbres. Il s’agit du parc de Monbijou. Un nom bien français, n'est-ce pas ? Mais pourquoi ce nom ? En fait, il s’agit de celui d’un château construit au 17e siècle et comme le voulait la mode de l’époque son nom était français comme beaucoup. Pensez simplement à sans souci. Mais en plus, le château avait été bâti en 1706 par le roi Frédéric 1 pour sa maîtresse née princesse de Clèves. Ensuite le château servit de résidence à plusieurs reines de Prusse, comme retraite loin de la cour. Malheureusement, nous ne pouvons plus voir ce château qui fut détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Il était bordé par la Spree et possédait un superbe jardin. Il ne nous est connu maintenant que grâce aux gravures et aux photographies anciennes.

Continuons donc dans la Oranienburgstrasse sur le même trottoir jusqu’à la prochaine rue perpendiculaire : La Große Hamburger Strasse qui part sur notre gauche.

Prenons donc la Hamburger strasse à gauche sur 50 mètres jusqu’à un petit espace vert. Nous verrons une stèle portant une plaque de bronze et l’étoile de David. Retrouvons-nous devant cette stèle.

En voyant cette stèle toute simple avec un texte en allemand sur une plaque de bronze et l’étoile de David, nous comprenons aussitôt qu’il s’agit d’un lieu de mémoire. En effet, cette stèle se dresse à l’emplacement du premier hospice juif de Berlin datant de la fin du 19e siècle. À partir de 1942, ce lieu marqua le destin de 55 000 juifs berlinois. Les nazis utilisèrent le bâtiment pour regrouper semaine après semaine les juifs depuis les nouveaux nés jusqu’aux plus âgés et ils furent déportés dans les camps de concentration d’Auschwitz et Theresienstadt.

Regardons à droite de la stèle : nous voyons un groupe de personnages sculptés en bronze. Ce groupe est émouvant : nous voyons entre les branchages plusieurs personnes longilignes, au visage émacié et portant de longues robes. Nous pouvons remarquer à la taille qu’il s’agit d’adultes et d’enfants. Et puis, nous comprenons qu’il s’agit d’hommes et de femmes perdus, le regard vide, le crâne rasé et amaigri. Les figures sont très simplifiées, car la mort efface tout, ou bien, car les nazis broyaient tout juif, ou bien, car les camps de concentration déshumanisaient. Tout est vrai. Il s’agit d’un ensemble plein d’émotion et rappelant l’horreur de la déportation. À dessein, les artistes Will et Mark Lammert ont réalisé ce groupe de petite dimension pour ne pas troubler le lieu et permettre à chacun de ressentir le poids de l’histoire. Ce sont de petites personnes, des anonymes qui sont allés à la mort, en silence, sans déranger le reste du monde d’alors, pourrions-nous presque dire.

À droite, nous voyons un espace vert avec une pelouse. Un endroit agréable et pourtant pesant. En effet, jusqu’en 1943 se trouvait ici le plus ancien cimetière juif de Berlin qui servit jusqu’en 1827. En 1943, les tombes furent profanées et le terrain retourné par les nazis pour effacer la mémoire du passé juif. Il s’agit du premier cimetière juif ouvert lorsque le prince électeur de Prusse publia un édit permettant à des familles juives fuyant les percussions à l’étranger de venir s’installer dans les faubourgs de Berlin. Il y eut, jusqu’à 1933, une grande tolérance religieuse en Prusse. Pendant des siècles, les populations de diverses confessions se mélangèrent naturellement. Ainsi au 16e et 17e siècle, la famille princière des Hohenzollern était calviniste, tandis que la population était luthérienne. En 1740, avec l’annexion de la Silésie par Frédéric 2 dit le grand, arrivèrent à Berlin de nombreux catholiques qui eurent leurs églises. Les juifs, quant à eux, furent tolérés dès 1671.


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