Les demeures du 19e siècle

L'île des musées et le vieux berlin

Les demeures du 19e siècle

Continuez à marcher pendant quelques mètres jusqu’à la prochaine rue partant à droite : la Sophienstrasse. Prenons cette petite rue et arrêtez-nous au numéro 28/29 sur le trottoir de gauche. Cette rue est charmante. Elle fut entièrement restaurée entre 1980 et 1987. Depuis la réunification, les galeries d’art s’y sont installées ainsi que des cafés pour la jeunesse. Tout ce quartier revit depuis le milieu des années 1990.

Admirons, dans le prolongement de la rue, toutes ses belles façades datant des années 1880. Nous avons le sentiment d’être dans une petite ville et non dans l’ancienne capitale de l’empire allemand. Sur le trottoir de droite, nous voyons encore une fois un espace planté d’arbres protégés par une grille : un square peut-on dire. Il s’agit du dos du terrain de l’église Sophie que nous avons vu à l’instant.

Entrons sous le porche du numéro 28/29 et pénétrons dans la cour.

Surprise ! Quel charmant ensemble de petites maisons en parterre avec un toit de tuiles rouges. Nous avons presque l’impression d’être soudains dans un petit village. Il s’agit de la Paulinenhof la cour Paulaner- qui fut restaurée récemment. Nous avons ici un parfait exemple de restauration moderne, mais également de l’ancienne structure sociale du quartier. Sur la rue, nous avions les appartements un peu bourgeois et dans la cour se trouvaient, comme nous le voyons à droite et à gauche, les maisonnettes qui servaient d’atelier ou de commerce. Au fond de la cour, la maison plus haute servait à loger les employés.
Ce concept architectural s’est développé à Berlin au 19e siècle lorsque la ville prit une ampleur économique phénoménale. Beaucoup d’ouvriers originaires de Pologne et de l’ensemble de l’Allemagne vinrent s’installer dans la capitale pour travailler. Nous avons ici un charmant ensemble. Et à la fin de cette promenade, nous allons découvrir un exemple beaucoup plus imposant des années 1920.

Ressortons de la cour Paulaner et continuons dans la rue jusqu’au numéro 18 toujours sur le trottoir de gauche. Il est facilement reconnaissable à se façade percée d’un double porche orné d’un décor en brique rouge et faïence verte.

Nous voici devant un portail surprenant avec ce décor un peu voyant. Pour mieux l’apprécier, plaçons-nous sur le trottoir d’en face contre les grilles du square. Et maintenant, regardez ce joli travail de brique cuite rouge se détachant sur le fond blanc de la façade. Ce décor ne vous rappelle-t-il pas un peu le style du moyen âge ? D’abord la brique rouge apparente qui fut souvent utilisée pour les églises et mairies du nord de l’Allemagne. Ensuite, les pignons pointus, les torsades soulignant les arcs du porche, la forme des fenêtres. Ce style néo- moyenâgeux fut voulu intentionnellement lors de la construction du bâtiment en 1905. Il rappelait la grande époque du commerce et de l’artisanat dans les grandes villes libres ou la mairie gouvernait. Ainsi, par le style architectural, nous lisons que les commanditaires de ce bâtiment voulaient se démarquer du pouvoir impérial qui lui, nous l’avons vu pendant la promenade, appréciait surtout le néo-baroque.

Mais qui étaient donc ces commanditaires ? L’union des artisans, la première organisation de travail fondée à Berlin en 1844. Nous pouvons lire au dessus de la porte dans le long bandeau en terre cuite : Berliner Handwerker Verein. En dessous, entre les deux porches, nous voyons un médaillon également en terre cuite se détachant sur le fond à damier vert. Vous le voyez il représente 2 mains dans le geste d’une poignée de main : un symbole de fraternité ou d’amitié.

L’association des artisans fit reconstruire ce lieu en 1905 pour des raisons sanitaires. Mais à quoi servait ce lieu ? A partir de la formation de l’empire en 1871, et pour des raisons de sécurité contre les mouvements révolutionnaires, le gouvernement fit interdire les réunions politiques à ciel ouvert. Aussi se développa une véritable culture des clubs et salles de réunions. Dans le complexe de la Sophienstrasse, vous aviez ainsi plusieurs cafés et lieux de discussions dont le plus grand était une salle pouvant contenir 3000 personnes. Des personnalités de toutes les couleurs politiques parlèrent ici comme August Bebel et Wilhelm Liebknecht, fondateurs du SPD, puis Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht aux idées communistes.

Ensuite, Goebbels et les représentants du parti national socialiste tinrent des discours haineux entre ces murs. Dans les années 1920, une association, proche de la mafia criminelle, eut également sa place dans ce complexe. Aujourd’hui la cour héberge divers projets culturels. Et il y a également un petit théâtre.


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