L’ensemble de la place st pierre

La basilique saint-pierre et le vatican

L’ensemble de la place st pierre

Observons maintenant l’ensemble de la place. Son plan est celui d’une ellipse. Elle est entourée de portiques à colonnades, surmontés de statues. Au-delà des colonnades, du côté droit, s’élève une série de bâtiments qui dominent la place. Le premier de ces édifices, haut et large, est le palais apostolique. Les appartements du pape s’y trouvent, donnant directement sur la place Saint-Pierre. Juste derrière lui, un autre bâtiment, plus petit, et dont le mur présente une série de très grandes fenêtres vitrées. C’est le bâtiment bordant la célèbre « Cour Saint-Damase », lieu d’accès officiel lors des visites au pape. Cette cour n’est pas ouverte à la visite, mais certaines des pièces situées derrière les fenêtres vitrées sont accessibles depuis le musée du Vatican. Il s’agit des loggias conçues par Bramante et Raphaël. Derrière ce bâtiment se trouve aussi la somptueuse chapelle Sixtine, que l’on peut  découvrir lors de la visite du musée du Vatican.
C’est le pape Alexandre 7 qui commanda la réalisation de la place St Pierre au célèbre Gianlorenzo Bernini, connu sous le nom du Bernin, l’une des figures majeures de l’art baroque à Rome. Les contraintes architecturales qu’imposait l’aménagement de la place étaient lourdes. Car l’architecte devait en effet tenir compte et de l’ampleur de la façade de la basilique, déjà achevée à cette époque, et de la présence de l’obélisque. Il devait, en outre, cacher les bâtiments irréguliers du Vatican, et s’arranger pour que depuis la place, le plus grand nombre de fidèles puisse voir le pape lors des grandes bénédictions.
L’ingénieuse solution proposée par le Bernin est donc celle que vous voyez, une place de plan ellipsoïdal entourée de colonnades, qui prennent, selon l’interprétation traditionnelle, la forme de deux bras accueillants.
L’ellipse est disposée en largeur, son petit axe correspond donc à la longueur de la place. Le grand axe, lui, en détermine la largeur. Nous sommes en ce moment sur le long côté de l’ellipse, comme la basilique qui nous fait face. C’est un choix qui peut paraître curieux, voire audacieux.

Essayons de comprendre pourquoi le Bernin a fait ce choix. Tout d’abord, tout devait être conçu pour attirer le regard vers la basilique, qui est l’élément majeur de l’endroit. Et si Le Bernin avait placé l’ellipse en longueur avec la Basilique au bout, cela aurait crée une place certes plus étroite, mais avec une perspective attirant exclusivement le regard vers elle. Cela dit, les gens du fonds n’auraient que très peu vu la basilique.
Dès lors, le Bernin choisit une toute autre option : il place l’ellipse en largeur, créant ainsi une place à l’apparence plus ample. Le regard est tenté de parcourir l’ellipse sur toute sa longueur et est tiraillé entre deux pôles visuels : d’une part la basilique qui l’attire irrésistiblement, car elle reste l’élément majeur de la place, et d’autre part l’ampleur même de cette place. Il y a tension d’attraction entre longueur et largeur. Le regard n’arrive à la basilique qu’après avoir suivi le mouvement de vague imposé par les formes courbent des colonnades latérales.
Et que constatons-nous ?  Que chacun peut voir la basilique de plus près que si la place avait été disposée dans l’autre sens.
C’est la marque d’une grande ingéniosité architecturale, bref d’un grand artiste.
En outre, ce mouvement de tension entre largeur et longueur est très caractéristique du style baroque du 17ème siècle, qui privilégie toujours des mouvements contrastés. Un architecte de la Renaissance du 16ème siècle aurait, quant à lui, plutôt conçu une place dans le même axe que celui de la basilique, jouant avec les lignes de fuite pour mettre sa façade en valeur.

Il y avait autrefois un autre contraste baroque, disparu aujourd’hui : le contraste entre la place et son environnement urbain. Aujourd’hui, le regard est préparé à l’immensité de la place, grâce au percement du large Via della Conciliazione. Or, celle-ci n’existe que depuis 1937. A sa place on trouvait un lacis de petites rues obscures, au débouché desquelles on arrivait soudain sur l’immense place vaticane. Un effet de contraste sûrement très marqué qui devait rendre l’espace de St Pierre, encore plus gigantesque. On peut prêter au Bernin d’avoir travaillé ce contraste pour incarner dans la matière architecturale, l’idée que d’un monde sombre et tortueux, on débouche sur la clarté et la beauté.


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