Histoire des tombeaux des rois

La basilique st-denis

Histoire des tombeaux des rois

Cela dit, revenons à la basilique St Denis : les dimensions sont d’une ampleur exceptionnelle, presque celles de Notre Dame de Paris. Bien sûr, cette ampleur a été décidée parce que la basilique était destinée à accueillir les tombeaux. Alors, parlons de cette vocation bien particulière à St Denis.
Du 7e au 19e siècle, soit pendant plus d’un millénaire, 12 siècles exactement, les liens entre les rois de France et St Denis furent puissants, en raison de la présence des reliques de st Denis, le st patron du royaume.
De la fin du 8e siècle au début du 11e siècle, la plupart des rois furent sacrés ici. Cette tradition s’arrêta au 12e siècle. A partir de ce moment, la cathédrale de Reims supplanta la basilique St Denis pour ce qui est de la cérémonie du sacre. Les archevêques de Reims réussirent à se faire reconnaître le privilège de sacrer les rois en s'appuyant sur le fait que Clovis y avait été sacré et que la cathédrale de Reims avait en sa la possession la sainte ampoule qui contenait le baume servant pour la cérémonie.
Toutefois, alors même que la cérémonie du sacre avait lieu à Reims, c’était à St Denis qu’étaient conservés les insignes royaux nécessaires à la cérémonie : couronne, épée, sceptre, main de justice et anneau. L’abbaye assure donc la protection de la couronne par la conservation de ces objets.
Voici ce qu’on pouvait dire sur la cérémonie du sacre. Pour ce qui est des funérailles des rois, en revanche, elles eurent quasiment toujours lieu ici, selon un rituel immuable. Quand le roi défunt était mis au tombeau, un haut personnage criait « le roi est mort, Vive le roi ! », et c’est alors, et seulement alors que son successeur devenait véritablement roi. Presque tous les rois de France y furent enterrés.
L’abbaye assure donc la protection du corps et de l’âme du roi
En outre, l’abbaye assume la protection du royaume. Elle gardait l’oriflamme du roi de France. Quand le roi partait en guerre, il venait ici chercher son oriflamme des mains de l’abbé. La châsse, qui contenait les reliques de St Denis, était alors montée de la crypte et placée sur l’autel et elle n’était redescendue qu’après le retour du roi : le message était clair : on considérait que St Denis exerçait une régence spirituelle sur le royaume.
Les événements exceptionnels de notre histoire se déroulèrent ici : au 15e siècle, Jeanne d’Arc vint y consacrer ses armes, après avoir été blessée devant Paris ; plus tard, au 17e siècle, Henri 4 y abjura la religion protestante.
St Denis était donc très liée au pouvoir capétien. Et c’est d’ailleurs pour cela que la basilique a énormément souffert à la révolution. En 1793, les révolutionnaires s’attaquèrent au symbole de la monarchie. Les corps de 46 rois, 32 reines, 63 princesses, 10 grands du royaume furent sortis de leur tombeau : les révolutionnaires constatèrent que le corps d’Henri 4 était intact et que Louis 14 était noir comme de l’encre (il était mort d’une gangrène). Tous furent jetés pêle-mêle dans des fosses communes.
Les tombeaux furent démontés, et certains furent détruits, dont celui d’Hugues Capet, le fondateur de la dynastie des Capétiens. 49 gisants en bronze ou cuivre furent fondus. Alexandre Lenoir, un antiquaire courageux, sauva les plus précieux en les transportant dans son Musée des Monuments français.
L’église fut transformée en temple de la raison, puis en magasin à fourrage, puis en dépôt d’artillerie. La tourmente révolutionnaire passée, sous le 1er Empire, Napoléon fit exécuter les réparations les plus urgentes et rendit l’église au culte. Puis la restauration monarchique de Louis 18 restitua à l’église son rôle de nécropole royale. Le roi fit réunir dans la crypte les ossements des rois, et transférer depuis le cimetière de la Madeleine les corps de Louis 16 et de Marie Antoinette. Les tombeaux furent remis en place et on décida de leur ajouter des tombeaux royaux ou princiers provenant d’autres édifices détruits à la révolution. Et désormais, avec ses 79 gisants, la basilique constitue le plus grand ensemble de sculpture funéraire française du 12e au 16e siècle.


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