Le palais de Justice

La colline du cowdenbergh : du palais de justice au parc royal

Le palais de Justice

Sur la place Poulaart, nous vous attendons aux pieds du grand escalier d’entrée du palais de Justice, cet immense bâtiment recouvert d’un dôme, en fait le seul bâtiment qu’on remarque sur cette place, les autres étant complètement inexistants à ses côtés.

Tournons le dos à la place, et regardons vers l’entrée du palais de Justice. Et levons les yeux vers le haut. Une immensité, un amas gigantesque de pierres et de sculptures se dressent devant nous, écrasant. Ce palais de justice, grandiose, mais prodigieusement inadapté à ses fonctions, comme nous le verrons plus tard, est l’œuvre de l’architecte qui a aussi donné son nom à la place : Joseph Poulaart. Montons l’escalier d’entrée. Une fois sur le palier du porche, prenez vers la gauche. Vous trouverez un peu plus loin un grand escalier de pierre. Placez-vous face à la première marche.

Nous voilà face à cet immense escalier. Immense, grandiose, mais surtout qui ne mène nulle part. Enfin si : il mène sur une terrasse couverte, sans aucune fonction, et où personne, mis à part les pigeons, ne va jamais. Voici un bel exemple de ce qu’est ce palais de Justice : un édifice d’une grandiloquence sans précédent dans le 19e siècle. Et on l’aura compris : l’esthétique et le grandiose prédominent sur le fonctionnel. Des escaliers comme celui-là, et même de plus grands encore, il y en a beaucoup. Parfois, ils mènent à des salles d’audience, mais parfois aussi à des greniers, voir à des cours intérieures fermées, espaces perdus, ou à des sorties tout à fait secondaires, souvent condamnées aujourd’hui. Si vous faites ce circuit en semaine, et que donc le palais est ouvert, vous en verrez un exemple un peu plus loin.

Ce hall à lui tout seul est d’ailleurs incroyable. Immense, il suffirait presque à contenir un petit palais de justice entier. Que d’espace perdu pour la Gloire ! Mais qui est ce Poulaart, assez fou pour concevoir un édifice pareil ? Il est temps sans doute de vous raconter l’histoire de ce palais de Justice. Donnons une utilité aux inutiles marches de l’escalier devant lequel nous nous trouvons : asseyons-nous dessus un instant et écoutons.

Nous sommes en 1830, au lendemain de la Révolution de septembre, au cours de laquelle le peuple belge a chassé le roi de Hollande, qui gouvernait la Belgique depuis 1815. Pour la première fois dans son histoire, la Belgique est un pays indépendant. Une constitution est établie, et aussi toute une nouvelle législation. Le nouveau gouvernement souhaite alors avoir un nouveau palais de Justice, pour donner à l’application des lois un cadre digne de leur grandeur. Mais il faudra longtemps avant que le projet aboutisse, notamment à cause de divergences de vues entre l’Etat et la ville de Bruxelles, entre autres sur l’emplacement à donner à ce nouveau palais.

Tout va changer avec le percement d’une nouvelle avenue, qui partait en ligne droite du haut de la ville à travers la campagne : l’avenue Louise. Cette large avenue, aujourd’hui bordée de grands hôtels de maîtres, toujours un lieu très huppé de Bruxelles, se trouve au-delà de la Porte Louise, à une centaine de mètres de l’endroit où nous sommes. Dès sa conception, elle était destinée à être le lieu d’habitation d’une très haute société. En 1858, l’idée émergea alors de placer le palais de Justice au débouché de cette avenue : au cadre de vie d’une haute bourgeoisie, moderne et libérale, répondra un monument qui symbolise tout le bon fonctionnement de la société. De plus, le lieu sur lequel se dresse aujourd’hui le palais de Justice était au Moyen Age l’endroit où s’élevait le gibet de Bruxelles. A une justice médiévale obscurantiste devait succéder une justice éclairée.

Ainsi, en 1859, a lieu un concours d’architectes pour l’érection du nouveau palais. C’était souvent comme cela que l’on procédait en Belgique, et c’est ce qui explique en partie la créativité des architectes belges du 19e siècle. Bruxelles est en fait une des principales capitales de l’architecture du 19e siècle. L’imagination et la variété viennent en partie de la stimulation liée à ces nombreux concours. Toutefois, dans ce cas-ci, ça ne marchera pas. Les 28 architectes qui se sont présentés sont tous refusés ! Le ministre de la Justice d’alors choisit d’office un architecte, qui était aussi membre du jury de sélection : Joseph Poulaart.


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