Joseph Poulaart et l’éclectisme

La colline du cowdenbergh : du palais de justice au parc royal

Joseph Poulaart et l’éclectisme

Parlons un peu de Poulaart. Pour cela, allons voir son buste, près de l’entrée principale. Passons donc à droite ou à gauche de l’escalier où nous sommes assis, pour rejoindre le sommet du grand escalier par lequel nous sommes montés dans le porche un peu plus tôt. Là, regardons vers la place. A notre droite se trouve le buste de Joseph Poulaart.

En fait, beaucoup de mystère plane autour du personnage, car on a conservé peu d’écrits à son sujet. Il a édifié pas mal de choses à Bruxelles, étant architecte officiel de la ville. Par exemple, la grande colonne du Congrès, avec laquelle nous terminerons ce circuit. Poulaart est à Bruxelles le principal représentant de ce style propre au 19e siècle que l’on appelle « éclectisme ». L’éclectisme consiste à mélanger toutes sortes de style, une colonne romaine par ci, un lion assyrien par là, un fenêtre gothique à droite, une statue égyptienne à gauche.

Mais revenons à Poulaart. Architecte de la ville, il démissionne en 1859 de ce poste pour se consacrer corps et âme à son nouveau projet : le palais de Justice. La légende veut qu’il ait désiré depuis toujours obtenir ce projet. Il semble qu’à l’époque, on a voulu voir en Poulaart un véritable génie, qui finalement s’avèrera décevant : il travaille très lentement et termine rarement ce qu’il entreprend. En fait, un peu obsessionnel, il a sans cesse besoin de retravailler ses plans, car il a terriblement peur du jugement de la postérité. Pour le palais de Justice par exemple, il a tellement retravaillé ses plans qu’il n’y a finalement jamais eu de plan définitif et le moins qu’on puisse dire est que cela s’en ressent. Finalement, l’architecte lui-même sera usé et dépassé par ce projet grandiose. Selon certains, il en est même devenu fou. Imaginez que cette surface fait 26 000 mètres carrés, alors que Saint-Pierre de Rome n’en fait que 22 000 ! Que la salle intérieure des pas perdus fait 97 mètres et demi de haut : on pourrait y mettre l’hôtel de ville de Bruxelles tout entier, avec sa flèche ! Les sommes dépensées aussi sont exorbitantes.

Dès 1864 ont lieu des expropriations sur la pente de la colline en contre bas, car l’édifice descend jusqu’en bas de la colline, au cœur du très populaire quartier des Marolles. A cause de ces expropriations, le terme « architèk » est resté une terrible insulte dans le patois des Marolles, un des seuls quartiers de la ville où l’on peut entendre encore parler le vieux dialecte bruxellois, dialecte proche des dialectes flamands. Comme le palais s’élevait au-dessus de ce quartier populaire, on l’a aussi désigné comme « un mammouth dans une cour de ferme » !

Selon les projets, les travaux devaient commencer en 1866 et finir en 1870. Ils dureront en réalité jusqu’en 1883. Tout a été retardé par le gigantisme du projet, les défauts de travail de l’architecte, ainsi qu’une grève des ouvriers en 1872.

Le 15 octobre 1883, le palais est inauguré, en présence du roi Léopold 2 et du ministre de la Justice Jules Barat. L’ensemble était animé par la fanfare des pompiers de Skaarbéék, une des communes de la ville. Il y eut surtout une autre animation, peu officielle celle-là, organisée par les habitants des Marolles. En fait, des mesures de sécurité avaient été prises par la police à l’extérieur du palais, mais pas à l’intérieur. Et le jour même de l’inauguration, les marolliens, scandalisés par ce projet démesuré qui avait fait expatrier de nombreuses familles, viennent casser une bonne partie du mobilier !

Si vous faites cette visite en semaine, nous vous invitons à entrer maintenant dans le palais de Justice. Allez alors jusqu’au milieu de la salle des Pas perdus, autour de laquelle les avocats reçoivent leurs clients.


<< 3 - Le palais de Justice...         5 - L’intérieur du palai... >>

Sommaire complet du dossier :