La chaire de vérité

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La chaire de vérité

Et dans l’immédiat, nous allons encore regarder la belle chaire à prêcher. Lorsque nous tournons le dos au chœur et à l’autel principal, elle se trouve dans la nef centrale, du côté gauche. Cette grande cuve de bois repose sur un ensemble de sculptures, également de bois.

Ce type de meuble servait autrefois au clergé à prêcher et commenter les écritures aux fidèles. En Belgique, on lui donne le nom de « chaire de vérité ». Cette chair date du 17e siècle, de 1696, plus précisément. Elle n’est pas à sa place originale. Elle avait été réalisée pour une autre église de Bruxelles, l’église des Augustins, aujourd’hui disparue. Elle n’a été installée ici qu’au 19e siècle. A cette époque en effet, les églises avaient subi de grands dommages avec le passage des armées révolutionnaires françaises, ont dû être remeublées. Beaucoup d’églises et de paroisses ont été supprimées, et leur mobilier réparti entre les églises qui en avaient le plus besoin. C’est comme ça que cette chair est arrivée ici.

A la base, la cuve de bois est soutenue par des statues représentant les quatre évangélistes: un aigle pour saint Jean, le lion de saint Marc, le taureau de saint Luc et l’ange de saint Matthieu. Sur la cuve elle-même se tiennent deux statues, représentant saint Pierre et saint Paul, les deux patrons de l’Église romaine.
Passons derrière la chair, c’est-à-dire dans la nef latérale, nous pourrons observer la rampe d’escalier qui donne accès à la cuve.

Nous voyons alors que dans la rampe, deux anges tiennent l’un un glaive et l’autre une tiare ou couronne papale. Ce sont les attributs de saint Pierre, premier pape, et de saint Paul, qui fut décapité avec une épée.
Pourquoi un décor si opulent ? En Belgique, les chaires de vérités du 17e siècle sont particulièrement décorées, en comparaison avec les autres régions d’Europe. Ici, nous avons vu que les guerres de religion ont été particulièrement virulentes. Elles déboucheront sur la séparation des Pays-Bas en deux parties : le Nord devient indépendant et protestant. C’est ce que nous appelons aujourd’hui les Pays-Bas. Le Sud, qui correspond à peu près à la Belgique actuelle, reste sous domination espagnole, et sera « recatholicisé », pour ainsi dire. L’art d’église y sera donc particulièrement éclatant, d’autant plus que la région est devenue une région frontière avec un pays protestant.

Pour mieux comprendre, revenons un peu en arrière. Nous sommes au 17e siècle ; les protestants gagnent de nombreux fidèles. De multiples raisons à cela : certaines - sur lesquelles nous passerons - portent sur le dogme et d’autres concernent la manière de vivre sa foi. Par exemple -et cela nous semble incroyable aujourd’hui- les messes étaient en latin et n’étaient pas visibles par les fidèles. En effet, la messe était dite protégée par une enceinte appelée jubé qui séparait les fidèles des religieux. Bref, une cérémonie pour le moins « obscure ». Les protestants s’érigent contre cela. La messe doit être une grande communion, un partage. L’évangile ne doit plus être lu en latin, mais commenté et interprété dans la langue locale.
L’Eglise de Rome réagira par le fameux concile de Trente, clos en 1665. Ce concile lança tout le mouvement qu’on appelle la Contre-Réforme, c'est-à-dire les efforts de l’Église de Rome pour s’imposer à nouveau là où le protestantisme l’avait faite chanceler. Une des premières réformes sera de casser les jubés et de mettre des chairs au milieu des fidèles d’où le prêtre pourra dispenser au mieux sa parole. Aussi, la chaire de vérité est un meuble véritablement inventé par la Contre-Réforme. L’ensemble des sculptures que l’on trouve dessus est toujours un symbole qui valorise le discours du prêtre qui y prêche. Ici par exemple, le sermon repose, au sens propre du terme, sur les évangélistes eux-mêmes, premiers témoins du Christ.
N’oublions pas que le protestantisme reprochait au catholicisme d’avoir fait de trop nombreux ajouts aux premières écritures et de trop s’en éloigner. Ce genre de « montage » est là pour couper court à ce reproche.
Le prêtre est directement entouré de saint Pierre et saint Paul, les fondateurs de l’Eglise d’Occident. Enfin, au-dessous de l’abat-voix, c'est-à-dire le grand plateau qui recouvre la chair, et dont la fonction était de rabattre la voix du prédicateur vers les fidèles, on voit, volant, ailes grandes ouvertes, la colombe du Saint-Esprit. Bref, inutile de dire que plus personne ne pouvait dès lors douter de la source d’inspiration du prédicateur. Ce sont là des artifices très théâtraux qui étaient utilisés par l’Eglise de la Contre-Réforme pour impressionner les fidèles. Aujourd’hui, cela porte à sourire. Mais, en se replaçant dans le contexte du temps, avec l’encens, les ornements liturgiques fastueux, la voix tonnante du prédicateur, on peut imaginer que ça a pu faire de l’effet !

Avant de sortir et de nous retrouver dehors, restons encore un peu. Alexis Curvers, auteur belge du milieu du 20e siècle, écrivait dans un de ses romans, que « souvent  les gens viennent non pas pour voir, mais pour avoir vu ». Ici, essayons de voir. Promenons-nous calmement 2 ou 3 minutes encore et laissons l’édifice nous imprégner de son atmosphère spécifique.

Quittons l’église. Pour cela, retournons maintenant en direction du chœur principal de l’église, puis prenons vers la droite pour ressortir dans la rue.


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