L’hôtel Frison par Horta

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L’hôtel Frison par Horta

Nous nous tenons donc maintenant au bas de la place, avec la rue Lebeau à notre droite.
Tournons un moment à droite dans la rue Lebeau, et allons observer la maison située au numéro 37. Il s’agit d’un édifice construit par l’architecte Art Nouveau Victor Horta. Nous nous tiendrons sur le trottoir opposé à celui de la maison, afin de mieux en observer la façade.

Nous voici donc devant une maison de ce célèbre architecte belge de la Belle Epoque, un des grands créateurs de ce mouvement que l’on a appelé « Art Nouveau », et dont Bruxelles fut une des capitales européennes. Il s’agit de l’hôtel Frison, du nom du client qui avait commandé cette maison à Horta. Bien malheureusement, la partie inférieure de la façade est aujourd’hui défigurée par la vitrine du magasin qui s’y trouve. Le style de cette façade, tout en courbe et en ferronneries, se distingue très fort des autres façades qui l’entourent. Notons qu’elles n’en sont pas moins belles. Il faut dire que le patrimoine architectural belge du 19e siècle est assez exceptionnel, surtout au point de vue de l’habitation privée.
Pour bien s’en rendre compte, c’est dans les quartiers périphériques au centre qu’il faut se promener, comme le quartier de Saint-Gilles, Ixelles et bien d’autres encore… Mais on peut en avoir un aperçu ici.
Mais déjà, sachons-le, la succession de façades de maisons individuelles est assez particulière à la Belgique. Au 19e et au 20e siècle, les gens ont l’habitude de vivre dans des maisons ne contenant qu’une seule famille, à la différence de grandes capitales comme Paris par exemple, où les grands immeubles de rapport, étendus tout en largeur, sont plus fréquents. Les gens y vivent dans des appartements, parfois très grands et luxueux, mais superposés les uns aux autres. En Belgique, ce n’est pas le cas, et l’immeuble à appartements se développera pour la première fois dans l’entre-deux-guerres seulement.

Mais revenons à ce que nous avons devant les yeux : beaucoup de façades se succèdent, étroites, mais variées dans leur style. Car le choix du décor de façade reflète celui des habitants de l’époque, et la variété des styles est aussi le reflet de l’individualisme et du libéralisme qui règne dans la Belgique de la fin du 19e siècle. Mais le style de Victor Horta est sans doute incomparable et saute aux yeux immédiatement dans un ensemble de façade.

L’hôtel Frison a été construit en 1893-1894, en plein dans la grande période de la création de l’art nouveau. Observons notamment les balcons de fer forgé. Vous les voyez ?
Ils sont couverts de nombreuses lignes sinueuses, qui sont en fait des motifs végétaux stylisés, et qui sont une des signatures, une des caractéristiques formelles du style de Victor Horta. On appelle ces formes des « lignes en coup de fouet ». D’ailleurs, observons que dans cette façade, tout est courbe. Le balcon du premier étage, par exemple, ou la loggia du 2e.
Nous voyons bien que ces deux éléments sont liés au reste de la façade par une ligne très souple. Ils ont l’air d’en sortir tout en douceur, et non pas d’y être accrochés. Cette manière de faire est très différente de ce que nous voyons sur les façades voisines, où l’articulation des balcons et loggias est bien marquée.

Observons aussi les fenêtres, la variété de leurs formes et de leurs dimensions. Horta y apporte un soin particulier. La pénétration de la lumière au cœur de la maison était en effet un de ses grands chevaux de bataille. Mais pour lui, la disposition des fenêtres était aussi un moyen de souligner la structure même du bâtiment.

Nous n’allons pas faire ici toute l’analyse des caractéristiques de l’architecture de Horta. Cela constituerait une visite à part entière. Nous vous proposerons cela dans une autre visite, consacrée plus particulièrement à la maison privée de Victor Horta, aujourd’hui transformée en musée, et qui vous permettra de bien comprendre cette extraordinaire architecture. Cette maison se trouve un peu décentrée, dans le quartier de Saint-Gilles.

Mais avec ce que nous avons déjà observé ici, nous avons déjà compris quelques caractéristiques de cet art nouveau bruxellois : décor constitué de courbes et végétaux très stylisés, grande rigueur dans l’agencement des fenêtres, sobriété dans l’ornementation aussi. Car l’architecture de Horta est sobre, malgré son originalité. L’ornement végétal ne sert qu’à souligner les endroits importants de l’architecture. Vous constatez en effet que nulle part, il ne vient cacher inutilement des structures. Au contraire. Il n’est présent que là où il se passe quelque chose architecturalement. Par exemple, regardons les balcons et les supports de balcon : là, il y a beaucoup d’ornement. Là il y a une poussée, et Horta la souligne en ornant plus particulièrement ces endroits. Mais sinon, dans l’ensemble, la façade est assez dépouillée. En fait, l’architecture Art Nouveau est vraiment une architecture moderne, qui cherche à dépouiller le bâtiment de son décor inutile. L’architecte français Hector Guimard, réalisateur des fameuses bouches de métro parisiennes, est venu à Bruxelles et s’est inspiré du style de Horta. Mais il a surtout retenu de l’art Nouveau le côté décoratif, avec cette plante et sa fameuse ligne sinueuse, qu’il a reprises, amplifié à l’extrême, pour donner des œuvres d’un foisonnement extraordinaire. Mais rien de cela chez Horta, dont l’architecture est toute en sobriété.


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