L’intérieur de l’église St Charles aux 4 Fontaines

La colline du quirinal

L’intérieur de l’église St Charles aux 4 Fontaines

Comme nous l’avions annoncé à l’extérieur, nous nous trouvons dans un espace assez restreint. Pourtant, on ne s’y sent pas à l’étroit, on y respire. Promenons notre regard autour de nous. Au premier regard, il paraît assez difficile de comprendre la structure et le plan de l’édifice. En cela, nous sommes bien ici dans une construction baroque, très différente d’un édifice renaissance, où tout est clair et les espaces bien délimités. Ici, nous avons plutôt un espace mouvant, où tout est lié à tout. Il n’existe pas de réelle séparation d’espace entre le porche d’entrée et la nef, ou entre la nef et le chœur comprenant l’autel. Imaginez une assemblée dans cette église : elle sera très unie, et en même temps proche de l’autel, qui est le point de mire de l’édifice. En cela, cette église répond bien aux prescriptions de la Contre-Réforme. La Contre-Réforme est la réponse que Rome va apporter aux revendications des protestants, à la fin du 16ème siècle. Entre autres, la Contre-Réforme va recommander des églises où les assemblées ne sont plus séparées du clergé, et où l’autel où se dit la messe est bien en évidence, visible de partout. Et cela, afin de resserrer le lien entre les fidèles et le clergé.

Alors, cet espace, disons-le clairement, est typiquement baroque. Les murs ne sont que courbes et contre-courbes. Les grosses colonnes d’angles viennent ponctuer ces ondulations en les renforçant. En faisant tourner notre regard autour de nous, nous avons l’impression d’un mouvement de vague, de va-et-vient permanent.
Le sommet des murs est formé d’une grosse corniche. Au-dessus, l’ensemble de l’église est couvert d’une grande coupole de forme elliptique. Cette ellipse est placée en longueur, sur l’axe allant de l’entrée au chœur. Voyant cela, nous pouvons mieux comprendre la forme qui a servi de base au plan de l’église : un ellipse dont l’axe le plus long part de la porte d’entrée et aboutit à l’autel.
Observons attentivement la coupole. C’est une des plus célèbres coupoles de Rome. Elle est décorée de caissons très profonds, imbriqués les uns dans les autres, et prenant la forme de croix, d’hexagones et d’octogones. Observez que ces formes vont en se resserrant, se font de plus en plus petites, au fur et à mesure que l’on s’approche du sommet. Cela accentue l’illusion de la hauteur. L’imbrication des caissons donne beaucoup de mouvement dans la coupole, mais aussi une pureté qui, dit-on souvent, la fait ressembler à une ruche.

Sachez aussi qu’à sa base, la coupole est percée de fenêtres. Ces fenêtres nous sont cachées par la corniche, mais nous voyons leur lumière, qui passe donc sous la coupole et qui donne l’impression que la coupole flotte dans les airs.
Ainsi, ondulation et unité de l’espace, impression d’un espace plus ample qu’il n’est vraiment, coupole d’apparence légère, presque flottante, tous ces éléments sont d’extraordinaires artifices baroques.
Alors retenons bien, car nous les retrouverons souvent, que « mouvement » et « illusion » sont effectivement deux grandes caractéristiques de ce style, qui fait ici de l’église un extraordinaire théâtre liturgique. Mais il faut s’appeler Borromini pour réussir un exploit pareil !


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