Historique de la Grand-Place

La grande-place et ses alentours

Historique de la Grand-Place

Plaçons-nous au centre de la place. Nous sommes ici dans le cœur historique de la ville, ce que l’on appelait autrefois le « néédermèrkt », le « marché inférieur. » Effectivement, le vieux Bruxelles est construit sur la pente d’une colline, et nous sommes ici au pied de cette colline. L’aspect actuel de la Grand-place est le fruit d’une longue évolution, qui va du 15e siècle au 18ème siècle. Pourtant, si nous faisons tourner notre regard, nous constaterons qu’on a le sentiment d’une grande unité de style. C’est un magnifique décor de théâtre, pour reprendre une expression de Jean Cocteau, qui aimait beaucoup cet endroit.

Prenons un instant pour comprendre l’évolution du lieu, et pour cela, commençons par nous orienter. La Grand-place forme un rectangle. Sur un des longs côtés se trouve le grand Hôtel de Ville gothique, le plus long bâtiment de la place, avec son immense flèche au centre, qui culmine à 90 mètres de haut. Sur le long côté qui fait face à l’Hôtel de Ville se trouve un autre bâtiment d’aspect gothique, mais beaucoup plus petit. C’est ce que l’on appelle « le maison du roi », qui abrite aujourd’hui le musée communal de la ville. Pour nous orienter, nous allons nous rendre au pied de cette « maison du roi », et lui tourner le dos, pour regarder en direction de l’Hôtel de Ville.

Ainsi, nous avons la « maison du roi » derrière nous, l’Hôtel de Ville en face. A notre gauche, nous voyons un des petits côtés de la place, occupé par une grande façade légèrement courbée. Son décor est souligné par d’abondantes dorures. Ce bâtiment est appelé « maison des ducs de Brabant ». Nous avons donc à gauche la « maison des ducs de Brabant ». Enfin, à droite, l’autre petit côté de la place est occupé par une succession de façades, alignées l’une contre l’autre, et d’une grande variété dans leur décor. Pour nous y retrouver, nous l’appellerons, disons, « face nord ». Voilà donc le vocabulaire que nous garderons pour découvrir les quatre côtés de la place : les deux longs côtés sont le côté-hôtel de ville et le côté « maison du roi ». Les deux petits côtés sont le côté « maison des ducs de Brabant » et la « face nord ».

Voilà. Nous tournons toujours le dos à la « maison du roi ». Et allons-y pour un petit voyage dans le temps. Fermons les yeux. Nous sommes vers l’an 900, dans une plaine sablonneuse et marécageuse. A notre droite, à une centaine de mètres, coule une petite rivière: la Senne. Sur la Senne, une île, et sur cette île un « castrum », un petit fort de bois avec une tour au milieu. Ce petit château, il est occupé d’abord par un fonctionnaire carolingien, un comte, puis par les ducs de Basse Lotharingie. Le premier à y faire sa résidence permanente serait un certain Charles dit « de France ». Sur l’île, il y a aussi une petite église, consacrée à saint Géry. Saint Géry a évangélisé la région. On raconte même qu’il aurait, grâce à sa seule étole, mis au pas un dragon qui terrorisait la région.

Ce qui est sûr, c’est que cette petite île saint Géry est avant tout militaire. Trois ponts permettaient d’y accéder. A l’ombre de la tour, viennent s’installer des marchands. Il y avait un petit port, avec même un débarcadère. C’était le point ultime de navigation sur la Senne.

A l’endroit où nous sommes : des petites collines de sable humide. Difficile de s’y établir, car c’est régulièrement inondé. Ouvrez les yeux. 
La Senne, elle coule toujours. Vous ne la voyez pas, car non seulement elle se trouve au-delà des maisons de la « face nord », mais en plus, pour des raisons de salubrité, elle a été enterrée au 19e siècle. Aujourd’hui, son cours est occupé par de grands boulevards que nous apercevrons pus tard.

Passons maintenant à la fin du 11e siècle: l’ancienne voie romaine passant par Cologne Gand et Bruges commence à se ranimer, après une léthargie de plusieurs siècles, due à de mauvaises conditions économiques et surtout de sécurité. Les villes de Flandre vont en tirer un profit direct. Bruxelles aussi, grâce à son castrum et à son petit port. Le premier marché se trouvait sans doute juste au bord de la rivière. Mais comme il était régulièrement inondé par des crues, il va alors être transporté ici, sur cette plaine sablonneuse, asséchée pour l’occasion. Des fouilles sur la place même ont permis de retrouver le niveau du sol du 11e siècle, environ 1 mètre 20 sous nos pieds. Il était fait de pavés mal équarris, posés sur des couches de branchage aux endroits les plus humides. Tout autour -semble-il-, se trouvaient des maisons en terre et en bois. Par contre, dès cette époque, il semble aussi qu’il y ait eu des « stéénen », c’est-à-dire des maisons fortes en pierre. « Stéén », en flamand, signifie « pierre ». Ces « stéénen », étaient occupés par des familles nobles qui prenaient une part active à la nouvelle économie commerciale de la ville, et s’installent sur le lieu même des transactions. La participation de la noblesse au commerce témoigne du dynamisme des villes flamandes et brabançonnes de cette époque. De leur modernité aussi, à une époque où, ailleurs en Europe, la noblesse reste exclusivement chevalière et militaire, laissant le commerce au peuple.

Avec ce nouveau marché, Bruxelles, au 12e siècle, devient un milieu urbain, et non plus une implantation rurale autour d’un castrum. Le rôle de ce castrum disparaît d’ailleurs à ce moment-là, car le duc de Brabant quitte l’île Saint-Géry pour s’installer sur les hauteurs de la colline. Le développement de Bruxelles ne se fera donc plus exclusivement au bord de a rivière, mais sur le flanc de la colline. Le « néédermèrkt » deviendra le cœur de la ville « basse », vouée au commerce. Le haut de la ville, plus aristocratique et lié au pouvoir, se développera autour du nouveau palais des ducs, à peu près là où se trouve aujourd’hui le palais royal. Mais cela fera l’objet d’une autre promenade.


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