Evrard T’Serclaes et Manneken Pis

La grande-place et ses alentours

Evrard T’Serclaes et Manneken Pis

Nous allons maintenant voir quelques lieux du quartier autour de la place. Pour cela, nous prendrons plusieurs directions, et la Grand-place restera toujours notre point de repère. D’abord, nous allons découvrir ce petit personnage de Maneken Pis. Son considérable succès touristique est assez déconcertant, mais il ne doit pas pour autant occulter l’intérêt folklorique de la statue. Et puis elle ne se trouve pas bien loin.

Pour découvrir ce petit bonhomme, nous allons nous tourner en direction de l’Hôtel de Ville. Lorsque nous lui faisons face, nous voyons une rue qui débouche sur la place, juste à sa gauche. C’est la rue Charles Buls. Son entrée est reconnaissable par la maison qui occupe son coin, ouverte par de grandes arcades. Commençons par nous rendre sous ces arcades, où nous découvrirons une première statue, également part importante du folklore.

Sur le mur se trouvent quelques monuments sculptés. A gauche de ce mur, c’est un monument à Charles Buls, un bourgmestre du 19e. Sur la droite du mur, le plus souvent caché derrière un amas de touristes, se trouve le monument en bronze à Evrard Tsèrclaas. Vous constaterez que tout le monde va toucher son bras. Il faut en même temps faire un vœu. C’est aujourd’hui une attraction touristique sans grand intérêt, mais l’origine de ce geste a une raison d’être. Il faut d’abord savoir qui est Evrard Tsèrclaas. C’était un bourgeois bruxellois du 14ème siècle, un Amman, c'est-à-dire un «juge», de la ville. En ce temps, Bruxelles, cité bourgeoise indépendante, était en lutte avec le comte de Flandre, qui entendait bien mettre main basse sur les richesses de la ville. Tsèrclaas s’y opposa ouvertement. Cela lui vaudra, au cours d’une de ses sorties, d’être assassiné par les hommes du Seigneur de Gaasbéék, allié du comte de Flandre. Son corps fut ramené par les Bruxellois, dans la maison qui occupait à l’époque l’endroit où nous sommes. Au 19e siècle, ce monument fut installé pour rappeler l’événement. Et Tserclaas fut le symbole de la lutte des communes pour leur liberté face au pouvoir des nobles. Et il devint plus simplement le symbole des combats pour la liberté.

Ainsi, pendant la guerre de 14, la Belgique se trouvait derrière les lignes allemandes. En d’autres termes, Bruxelles était occupée. A cette époque, les Bruxellois prirent l’habitude, en passant, de faire à nouveau appel à Tserclaas, symbole des libertés de la ville. Sous la forme d’un vœu, ils lui demandaient de les aider à expulser les Allemands de la ville et de Belgique, tout en touchant son bras. Qui sait cela, parmi la multitude qui vient se faire prendre en photo, la main posée sur le bras du héros national?
Nous allons maintenant continuer la rue Charles Buls sur une vingtaine de mètres, jusqu’à son croisement avec une série de rues.

Ici, trois rues débouchent dans la rue Charles Buls. A gauche, ce sont les rues des Brasseurs et de la Violette. A droite, c’est la rue de l’Amigo qui longe l’arrière de l’hôtel de ville. Au coin des rues de Brasseurs et de la Violette se dresse un grand bâtiment blanc. C’est là qu’au 19e siècle, se trouvait l’hôtel « de la ville de Courtrai ». Et c’est là qu’en 1873, après une dispute, le poète français Paul Verlaine blessa d’un coup de revolver son ami Arthur Rimbaud. Verlaine passa donc un moment en prison en Belgique.

Continuons encore la rue Charles Buls, qui change de nom et s’appelle maintenant rue de l’Etuve, ce qui rappelle sans doute la présence de bains publics ici au Moyen Age. Après une cinquantaine de mètres, nous croiserons une large avenue qui monte vers la gauche. C’est la rue du Lombard. Nous la traverserons, et continuons la rue de l’Etuve, qui reprend de l’autre côté. Une trentaine de mètres plus loin, nous découvrirons alors la petite fontaine du Manneken pis, à notre gauche.

Et voilà ce fameux petit personnage. On sait qu’une fontaine existait déjà ici au 15e siècle. Mais le petit garçon urinant n’a été imaginé qu’au 17ème siècle. Son auteur est un sculpteur baroque assez important à Bruxelles : Jérôme Duquenoy. Ce n’est sans doute pas l’œuvre majeure de Jérôme Duquesnoy, mais elle est bien dans la lignée de l’art de cette époque. Le baroque aimait en effet les effets de mouvement et les torsions de corps. Ici, c’est assez sage, mais la cambrure de ce petit garçon en train d’uriner est bien dans le goût du temps. Le côté insolite du sujet aussi d’ailleurs. Et c’est ce côté amusant qui plut très fort aux Bruxellois. La légende se développa qu’il s’agissait du portrait d’un petit garçon que ses parents avaient éduqué à uriner chaque fois qu’il croisait des soldats espagnols, alors occupants de la région. Mais ce qui plut surtout, c’est que les Bruxellois voyaient en lui une image de leur caractère goguenard et insoumis. Même si on peut se demander pourquoi, la statue fut volée trois fois au cours de son histoire. La dernière fois, c’était en 1817, et les voleurs la cassèrent. Celle que l’on voit ici est donc une refonte faite à l’époque à partir des restes brisés de la statue originale.

Une autre fois, ce sont des soldats du roi de France Louis 15, de passage en 1747. Afin de s’excuser, le roi fit rendre la statue et lui offrit un magnifique costume brodé. De cette époque date l’habitude d’offrir un costume à Manneken Pis, quand un chef d’état ou une célébrité rend visite à Bruxelles. La grande collection de costumes du petit bonhomme, y compris l’habit à la française de Louis 15, est présentée au musée communal. Parfois la statue reçoit un de ses multiples costumes. Mais le succès touristique démesuré du lieu fait perdre au personnage tout son intérêt folklorique. Car si Louis 15 prit la peine de lui offrir un costume, c’est que le vol de la statue était un affront grave pour les Bruxellois, que le roi voulait réparer.


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