Les galeries royales Saint-Hubert

Quelle note donneriez-vous à Bruxelles ?

La grande-place et ses alentours

Les galeries royales Saint-Hubert

Nous y voilà. Arrêtons-nous à cet endroit. D’où nous venons, nous voyons face à nous une petite place, la place d’Espagne, et au-delà, nous apercevons les pentes du Cowdenbèrg, la colline sur laquelle se trouve la ville haute.

A notre droite, débouche la rue de la colline, qui mène à la Grande-place. Sur le mur de la maison qui fait le coin entre la rue de la colline et la place d’Espagne, une plaque commémorative représente un drapeau aux couleurs noir, jaune et rouge. Cela rappelle qu’à cet endroit fut cousu à la hâte le premier drapeau belge, au moment de la révolution de 1830. Dans ce quartier se trouvaient effectivement beaucoup de couturières. La Révolution de septembre 1830 mit fin à la domination des Hollandais sur la Belgique, qui durait depuis le congrès de Vienne, en 1815. En fait, pour tout dire, la Belgique au sens moderne du terme n’existe que depuis 1830. Le drapeau que vous voyez ici reprend les anciennes couleurs du duché de Brabant, mais horizontales. Ce n’est qu’un peu plus tard que le drapeau belge prendra l’aspect qu’il a aujourd’hui, sur le modèle du drapeau révolutionnaire français.
A notre gauche, s’ouvre une grande galerie couverte. C’est la galerie de la reine. Entrons-y et observons-la depuis l’entrée.

Nous allons terminer notre promenade avec ces galeries commerçantes. Comme nous le voyons, le bas de la ville est bien un lieu voué au commerce. Ces galeries furent édifiées en 1846, par l’architecte Jean-Pierre Cleuizenaar. Elles sont parmi les premières galeries couvertes d’Europe à avoir des dimensions aussi importantes. Et surtout, elles sont les premières à utiliser du verre courbé pour la couverture, comme nous pouvons le voir en levant les yeux. Tout cela témoigne de la qualité industrielle de la Belgique à cette époque, qui aura, entre 1850 et 1914, l’industrie la plus moderne et la plus dynamique d’Europe, loin devant la France et l’Allemagne. C’était là tout le dynamisme d’un pays neuf et entreprenant. Sans doute aussi cela s’explique-t-il partiellement par la grande tradition de commerce et de préindustrie de ces régions depuis le Moyen Age.

La galerie est décorée de manière très classique. En la regardant en perspective, nous constatons qu’elle présente un coude en son centre, qui vient rompre la perspective. Il s’agit d’un truc d’architecte, afin d’éviter la monotonie d’une perspective trop longue et régulière. En plus, dans une galerie marchande, ce coude obstrue le regard et laisse aux gens le soin d’imaginer ce qu’il peut y avoir à l’autre bout. Bref, c’est un truc d’architecte qui titille la curiosité des gens et les faits emprunter la galerie…et donc certainement acheter.
Cette galerie présente trois tronçons. Pour le comprendre, prenons la galerie jusqu’au milieu, là où elle est croisée par une petite rue, la rue des Bouchers.

Vous y êtes ? La rue des Bouchers, autrefois quartier des bouchers de la ville, croise la galerie en son milieu. Elle est une des grandes rues de restaurants touristiques de la ville. Notons que dans ces restaurants touristiques, on peut trouver le meilleur et le pire.
Mais revenons à la galerie elle-même et à ses trois tronçons. Le premier, que nous venons de parcourir, est appelé « galerie de la reine ». Le second, qui démarre d’ici en faisant un « coude », est appelé « galerie du roi ». Dans la galerie du roi, sur la gauche un peu plus loin, s’ouvre sur la gauche un petit passage couvert appelé « passage des princes ». L’ensemble des trois galeries est aussi nommé « galeries Saint-Hubert », en souvenir d’une petite rue et d’une église qui se trouvaient ici, mais qui furent détruites pour l’édification de la galerie.

Le principe du passage couvert, inventé à Paris à la fin du 18e siècle, avait pour fonction de permettre à la haute société de se promener et regarder les vitrines de luxe sans avoir à souffrir des intempéries l’hiver ou du soleil en été. Au 19e siècle, il y a en Belgique, et à Bruxelles notamment, une très grande bourgeoisie. Les devantures de magasins, qui sont d’époque, témoignent ici du luxe des commerces originaux. On y trouvait aussi cafés de luxe ou théâtres. Si les commerces d’origine ont changé, la galerie a toujours conservé un caractère luxueux, et ses commerces y sont relativement chers. Au 19e siècle, elles étaient un des lieux importants de la vie mondaine, mais aussi intellectuelle. Dans ses cafés notamment se réunissaient les intellectuels français proscrits, et bien des discussions ont eu lieu ici entre artistes belges et artistes exilés, s’enrichissant mutuellement de leurs idées. En avançant dans la galerie du roi, vous verrez sur la gauche, au numéro 7, une plaque commémorant la première projection cinématographique des frères Lumière à Bruxelles, en 1896.


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