Le grand poète russe Alexandre Pouchkine

La place du palais et la 1ere partie de la perspective nevski: de l'amiraute au gostini dvor

Le grand poète russe Alexandre Pouchkine

Revenez maintenant sur vos pas et remontez l'avenue au-delà de la rue Bolchaïa-Morskaïa en restant sur le même trottoir. Arrêtez-vous au n°18, au niveau du Literatournoïé Kafé ou "Café Littéraire". Cet immeuble marque l'angle que fait la Nevski Prospect avec le canal de la Moïka qui traverse l'avenue juste après.

Vous voici devant le Café Littéraire. C'est un bâtiment qui date du début du 19ème siècle réalisé par Stassov, un architecte alors en vogue. Dès son origine, il contient la célèbre pâtisserie Wolf et Béranger qui fait aussi salon de thé. Il y a quelques années on a réouvert à la place un café appelé Literatournoïé Kafé ou "Café Littéraire" en souvenir de l'ancien salon de thé. Entrez dans ce café et, sans prendre l'escalier qui mène au café proprement dit et qui se trouve à l'étage, restez au rez-de-chaussée et installez-vous dans le canapé qui se trouve à votre droite.

Maintenant face à la fenêtre qui donne sur rue, vous voyez une mise en scène montrant un homme vêtu à la mode du 19ème siècle. Il est assis et penché sur un manuscrit posé sur une table. Il tient une plume dans sa main droite. Avez-vous deviné de qui il s'agit ? Oui, c’est une imitation en cire du grand poète russe Alexandre Pouchkine. Et pourquoi donc a-t-on fait cette mise en scène du poète ici ? Eh bien tout simplement parce que Pouchkine, comme beaucoup d'artistes, aimait venir dans ce café à la mode. Et il est encore venu s'y attarder le matin du 27 janvier 1837, juste avant de se rendre à ce rendez-vous qui lui a coûté la vie. Que s'est-il donc passé ce jour-là ? Profitons de l'occasion pour dire quelques mots sur la vie et l’œuvre de celui qui est considéré comme le plus grand poète de Russie.

Il est né en 1799 dans une famille de la vieille aristocratie russe, ce dont il est très fier. Il révèle vite ses talents de poète à ses pairs qui aussitôt le reconnaissent comme tel. Il est sensible au mouvement pro-réformiste qui conteste l'autocratie en Russie. Cela lui vaut quelques années d'exil, au sud de l'Oural puis du côté d'Odessa et enfin dans la propriété familiale à 200 km au sud de Saint-Pétersbourg. Cet exil passé loin de la cour lui fait découvrir d'autres paysages et d'autres peuples, lui révèle d'autres aspects de la Russie, la Russie profonde. Ce long moment passé dans le sud de la Russie, en terre inconnue de lui et de la littérature russe d'alors, nourrit son imaginaire et lui permet de développer un langage poétique nouveau et surtout de faire évoluer la langue littéraire russe pour la porter à son apogée. Son 1er grand poème épique, Rouslan et Ludmila, inspiré à la fois d'une légende russe et du langage poétique et pittoresque du poète italien Arioste, est un succès. Suivent d'autres œuvres, dont les Tsiganes, nettement inspiré de la culture de la Russie d'Asie centrale. Puis il entame la composition d'Eugène Onéguine. Pendant ce temps il se passe des choses importantes à Saint-Pétersbourg. Nous sommes en 1825 et Nicolas 1er succède à son frère Alexandre 1er. Mais ça se passe mal et la révolte dite des "Décembristes" -car elle a lieu en décembre- éclate. Cette révolte est sévèrement réprimée. Pouchkine est blanchi de toute participation à ce mouvement contestataire. Il est non seulement épargné par ce vent de répression, mais en plus, le nouveau tsar met fin à son exil et l'autorise à rentrer à Saint-Pétersbourg. Cette invitation n'est pas sans condition, mais Pouchkine a trop envie de retrouver ses amis et de faire reconnaître son art pour la refuser. Il vit donc sa vie d'artiste génial et de joyeux fêtard avec ses amis. Il termine Eugène Onéguine, écrit Roussalka et son fameux Cavalier de bronze que lui a inspiré la terrible inondation de 1824 à Saint-Pétersbourg. Ses amis se marient -et se rangent- les uns après les autres et notre poète finit par faire de même en 1831. Mais ce mariage fera son malheur. En effet, Pouchkine épouse une jeune femme aussi belle que désargentée, qui ne vit que pour la société mondaine. Et elle est très souvent invitée à fréquenter la Cour impériale car le tsar lui-même est sous le charme. A tel point qu'il assure à Pouchkine un revenu régulier pour lui permettre de répondre à l’exigence du protocole de la Cour en renouvelant les toilettes de sa femme. Le poète en est humilié. Mais ce qui porte l'humiliation à son comble, c'est le comportement désinvolte de certains courtisans, et les lettres anonymes qui le calomnient. C'est ainsi qu'un jour il reçoit une nouvelle lettre anonyme qui le traite de "Maître de l'Ordre des Cocus". C'en est trop. Convaincu que l'auteur de cette lettre est l'ambassadeur de Hollande, le protecteur de ce baron d'Anthès qu'il avait déjà surpris dans l'ombre en compagnie de sa femme, il provoque le baron en duel. Cet aristocrate est un Français qui a fui son pays à cause de la Révolution et qui, grâce à ses relations, a pu accéder directement au rang d'officier dans l'armée russe. Comme la règle le veut, c’est celui qui est provoqué qui tire le 1er. Le baron fait mouche, blesse le poète qui meurt peu de temps après. Pouchkine n'a pas 38 ans. Il est possible de boire un chocolat chaud en écoutant de la musique classique, à l'étage.


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