La colline du Palatin et son histoire

La rome antique : la colline du palatin et le colisee

La colline du Palatin et son histoire

Contournons l’arc de Titus pour faire face au forum. Nous avons alors l’arc de Titus dans le dos ainsi que la partie de la Via Sacra par laquelle nous sommes arrivés. Au delà du forum, la colline qui s’élève en face de nous et qui est marquée d’une tour en son centre est le Capitole. La colline du Palatin est celle qui s’élève à notre gauche. L’accès que nous apercevons à gauche en est la sortie. Pour gagner l’entrée, allons tout d’abord jusqu’à cette barrière de sortie.

Quand nous sommes face à elle, sur notre droite, monte en pente légère une petite rue pavée. C’est la Via Nova. Prenons-la. En chemin, nous observerons les murs de briques qui longent la Via Nova. Ce sont d’anciennes boutiques.
50 mètres plus loin, sur la gauche se trouve la billetterie du Palatin. Nous prendrons alors un billet couplé : Palatin/Colysée.

Après avoir pris notre billet, passons la grille d’accès et montons les escaliers. Nous déboucherons alors dans une pièce d’une extrême fraîcheur, où coule une source. Ombre et fraîcheur, musique de la source qui coule doucement, nous voici donc dans le nymphée de la pluie. Les nymphées étaient des lieux très à la mode à l’époque impériale. Ce sont en fait des pièces contenant un ou plusieurs bassins dans lesquels s’écoule l’eau d’une source. Une véritable bénédiction dans un pays aux étés si chaud ! Il arrivait que ces nymphées prennent l’aspect d’une grotte, avec de faux stalactites, comme c’est le cas ici. Mais le nymphée de la pluie, dans lequel nous nous trouvons, ne date pas de l’Antiquité. Il remonte au 16ème siècle. Il a été réalisé pour le cardinal Alexandre Farnèse, neveu du pape Paul 3, qui possédait à l’époque des jardins en cet endroit. Le goût de la Renaissance pour l’Antiquité a, en effet, poussé de riches propriétaires à créer des nymphées à la manière de ceux de l’ancienne Rome. Mais que fait un nymphée du 16ème siècle sur cette colline ? Sans doute est-ce le moment de raconter brièvement l’histoire de la colline. C’est sur cette colline que s’élevait le palais des empereurs, dont nous verrons des restes importants un peu plus haut. C’est d’ailleurs le mot « palatin » qui est l’origine de notre mot « palais». Mais d’où vient ce mot ? Différentes origines sont possibles, dont aucune ne réunit tous les suffrages. Quoi qu’il en soit, les racines du mot nous ramènent aux origines légendaires et pastorales de Rome. Il pourrait venir de « Pallantion », une ville d’Arcadie, en Grèce. La ville d’un roi mythique, Evandre, venu peut-être s’installer en Italie. C’est ce roi Evandre qui aurait accueilli le héros troyen Enée, fuyant sa ville détruite par les Grecs, et échoué ici après un long périple. Enée est, dans la mythologie, l’ancêtre des jumeaux Romulus et Remus, les mythiques fondateurs de la ville. Une autre étymologie rapproche le mot « Palatin » de « Palante », fils ou descendant du roi Evandre. Enfin, une autre possibilité nous donne le mot Palatin comme venant de la déesse Palès, une très ancienne déesse protectrice des bergers. Nous revenons ici aux origines primitives de Rome. Car ce dont nous sommes certains, c’est que la colline est occupée depuis la préhistoire, et qu’elle est liée à l’histoire du légendaire Romulus. En effet, lorsque Romulus et Remus fondent la ville et se partagent le pouvoir, le Palatin fait partie du territoire de Romulus. Pendant toute l’histoire romaine, le Palatin conservera son rôle prestigieux et religieux. De nombreux temples s’y élevaient. Au premier siècle de notre ère, on y voyait encore une cabane de bois sensée avoir été celle de Romulus. Mais tout cela se trouve sur l’autre versant de la colline, et nous y reviendrons.

Dès la fondation de Rome, donc, le Palatin fut un lieu de prestige. A l’époque républicaine, jusqu’à la fin du premier siècle avant Jésus-Christ, elle était peuplée de grandes villas patriciennes. C’était un quartier très aristocratique, lié au pouvoir dans la République. Nombre de grands personnages et de sénateurs y avaient leur habitation. Le célèbre avocat Cicéron par exemple, le consul Marc Antoine, ou encore Auguste. A l’époque impériale, les premiers empereurs commencent à s’y installer de façon systématique, car la colline reste liée à la classe dirigeante. Au fil des siècles, ils vont construire des palais de plus en plus grands, qui finiront par occuper l’ensemble de la colline, se substituant ainsi aux anciennes maisons patriciennes.

Les palais impériaux seront occupés pendant toute la période impériale. Au 6ème siècle de notre ère, après la chute de l’empire, des rois d’origine barbares vont y séjourner, par exemple Odoacre ou Théodoric. C’est pour eux un moyen aisé de justifier leur pouvoir, en reprenant les symboles de l’ancien empire. Quelques papes aussi, au début du Moyen Age, s’y installeront. On trouve d’ailleurs de nombreuses installations chrétiennes sur les pentes de la colline.

Au fil du temps, les constructions seront abandonnées. Le pouvoir pontifical lui-même séjournera ailleurs dans la ville, au Latran, au Vatican… Et ce lieu de tous les prestiges tombera en ruine. Mais la colline n’est pas totalement abandonnée pour autant. Les grandes familles nobles de Rome vont, en effet, entrer dans des luttes violentes pour la posséder, toute ou en partie, et y établir des forteresses.

Ainsi, à la Renaissance, nous retrouvons la colline divisée en différentes propriétés familiales. La partie sur laquelle nous nous trouvons en ce moment appartenait au cardinal Alexandre Farnèse, qui y fit établir de grands jardins. Les jardins que nous pouvons voir aujourd’hui ne sont plus ceux du cardinal. Ils ont été réaménagés au 19ème siècle. Cependant, le site n’en reste pas moins un magnifique espace vert, dans la tradition de la Renaissance. Ce charme est la raison pour laquelle peu de fouilles y ont été faites. Les archéologues hésitent en effet à abîmer un lieu si harmonieux. Ceci alors même que les ruines qui se trouvent sous nos pieds appartiennent au plus ancien des palais impériaux du Palatin, celui de Tibère, qui régna au début du premier siècle de notre ère. Son règne correspond à peu près à la période de la vie du Christ.

Les deux bâtiments face à nous, tout comme le nymphée de la pluie, sont des restes de l’aménagement Farnèse. Faisons face à ces bâtiments. Il s’agit de deux pavillons reliés entre eux, au centre par une grande fontaine. La forme légèrement incurvée des façades est à l’origine de son nom : le théâtre du Fontanone. «Fontanone» signifie la grande fontaine. Et le mot «Théâtre», lui, vient de la forme courbe de la façade, comme un théâtre antique. Les deux pavillons latéraux sont en fait d’anciennes volières. Cet ensemble devait former avec le nymphée de la pluie, un grand décor, une scénographie de prestige, visible depuis la via Nova, au bas de la colline.

Par la suite, jusqu’à la fin du 19ème siècle, le Palatin restera un ensemble de propriétés privées.
L’histoire des fouilles et du dégagement des ruines du Palatin est longue et complexe. Retenons, non sans satisfaction, que c’est surtout sous l’impulsion de la France que les grandes fouilles scientifiques vont commencer. En effet, l’empereur Napoléon 3 avait acheté la propriété Farnèse en 1861. Il confie alors la direction des fouilles du sommet de la colline à un archéologue de qualité, Pietro Rosa. Les fouilles vont tenter, pour la première fois, de comprendre le palais impérial et de resituer les nombreuses œuvres découvertes dans leur contexte archéologique et historique. S’en est fini du pillage systématique et de la recherche d’œuvres d’art de qualité uniquement à des fins de commerce. Par la suite, les grandes fouilles scientifiques seront systématisées avec l’achèvement de l’unité italienne, en 1870. Le nouveau gouvernement favorise tout ce qui permet de redécouvrir le passé national. Pour le Palatin, il va pratiquer une politique d’achat progressif de ce qui reste de propriétés privées.


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