Les statues du couloir

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Les statues du couloir

Nous voilà revenus dans le couloir d’entrée, qui s’étend maintenant à notre droite. En face de nous, sur un socle isolé, se dresse le reste d’une très belle figure féminine vêtue d’un drapé. Il s’agit d’Aura, évocation féminine de la bise, du souffle léger. Il semble que cette belle œuvre soit une figure d’acrotère d’un des temples du Palatin. Une figure d’acrotère est une sculpture décorant la base d’une toiture. Mais cette sculpture n’est pas romaine. Elle est plus ancienne. Il s’agirait d’une sculpture grecque de la fin du 5ème siècle avant Jésus Christ, enlevée dans un temple grec, pour être réinstallée ici à Rome. En effet, les romains, jusqu’à la fin de l’empire, admiraient considérablement les œuvres grecques, fort chères sur le marché. Certains ne se privèrent pas de piller abondamment les sanctuaires grecs pour fournir Rome en œuvres. La statue d’Aura serait due au ciseau du sculpteur Appollonios de Mendé, qui réalisa le décor du temple d’Apollon à Phigalie. Son mouvement évoque celui du souffle. Le marbre est traité ici avec un lissé et une pureté extraordinaire. On pourrait presque sentir frémir la peau. Le drapé joue aussi un grand rôle dans les sculptures car il donne les indications de mouvement et il donne aussi des informations sur la force des éléments aux alentours. La Grèce classique, du 5ème siècle, aimait le principe du drapé collant, dont les mouvements soulignent ceux du corps, mieux encore que si le corps était montré dans sa nudité. L’esprit est irrésistiblement attiré vers ce corps suggéré et habité d’une vie qu’il ne pourrait avoir sans notre imaginaire. C’est ce qui fait aussi l’érotisme si intense de la sculpture classique

Tournons le dos à Aura, pour regarder vers le couloir. A notre droite, contre le mur, une statue de femme vêtue d’une robe à plis très serrés, retombant verticalement. Si l’oeuvre a perdu sa tête et ses jambes, elle reste extraordinaire par son drapé. Elle fut retrouvée en 1935 dans la Domus Augustana. C’est probablement une copie romaine, faite au 2ème siècle, d’une œuvre grecque de l’époque classique. L’époque classique de la Grèce est le 5ème siècle avant Jésus Christ, la grande époque d’Athènes et des villes du Péloponèse. On appelle cette période « classique », car on a considéré par la suite qu’elle représentait la phase la plus équilibrée et la plus parfaite à tout point de vue de la grande civilisation grecque.

Nous avons vu le goût des romains pour la sculpture grecque. Et lorsqu’une œuvre grecque n’était pas accessible, les romains n’hésitaient pas alors à en faire une copie, parfois de grande qualité. Ces copies sont aujourd’hui d’autant plus intéressantes que bien souvent, elles nous permettent de connaître des œuvres grecques aujourd’hui disparues. Cette statue représente sans doute une danseuse. Elle porte en effet le « chiton », qui est la robe courte des danseuses grecques. Sa position, droite, épaules en arrière, poitrine bombée, ressemble, en tout cas, à celle d’un personnage qui s’apprête à exécuter des mouvements du corps.

A ses côtés, se trouve un autre torse de femme, vêtu d’une robe aux drapés très épais, enroulés autour de la taille, et qui cache totalement le corps. Ce corps déhanché serait le reste d’une statue d’Artémis, déesse de la beauté, connue à Rome sous le nom de Vénus. Cette statue semble être à nouveau la copie romaine d’une œuvre grecque. Toutefois, le modèle n’est pas ici une œuvre grecque de la période classique, mais une œuvre de la période hellénistique, plus récente, c’est-à-dire du 4ème siècle avant Jésus-Christ. La période « classique » de la Grèce est la période où les cités grecques étaient indépendantes et, même, se déchiraient. L’époque hellénistique est celle de l’unité de toute la Grèce, et même de la domination de la Grèce sur le monde. Et avec Alexandre le Grand, le rayonnement militaire et culturel grec s’étendra jusqu’à l’Egypte, la Perse, et le Nord de l’Inde. Mais cette grande époque fut la dernière de l’histoire grecque avant sa domination par Rome. La sculpture grecque se caractérise alors par un côté « baroque », un mouvement exagéré, en particulier dans les drapés. Il y a ici, de la part du sculpteur, la volonté de montrer sa virtuosité technique. Et cela se fait finalement au détriment de l’harmonie du corps, lequel disparaît sous un amas de tissus.

Si on compare les sculptures classiques à celle-ci, on peut alors comprendre un phénomène d’évolution présent dans l’art de nombreuses civilisations, que ce soit en sculpture, en peinture ou en architecture. Ceci est bien sûr très caricatural, mais il y a souvent 3 phases dans les styles : la phase créatrice du style, où une rupture est apportée par rapport à la culture précédente, et où l’on voit se développer des formes neuves et originales. Mais cet élément nouveau n’est pas forcément encore bien maîtrisé. On parle alors de phase primitive. Il faut attendre la phase 2, la phase de la maîtrise, pour que le style s’épanouisse dans toute sa splendeur. On parle alors de phase « classique. ». Enfin, vient la phase 3, où phase d’exagération. Les caractères les plus virtuoses de la phase classique sont développés, amplifiés, parfois jusqu’à l’excès. On parle alors de phase baroque, qui dans l’esprit de beaucoup de gens est assimilée à «décadence»

Terminons notre visite par la magnifique statue féminine mentionnée comme « Charis » sur son cartel, un peu plus loin en direction de la sortie, et toujours contre le même mur. Cette jeune fille, vêtue d’une draperie collante, est un parfait exemple de pureté classique en sculpture. On ne peut rester insensible à son extraordinaire sens du mouvement, et à l’attraction érotique qu’elle dégage. Autant d’éléments que l’on retrouve souvent dans la sculpture féminine classique. Le classicisme tend à une perfection d’équilibre et de beauté telle que le sculpteur doit faire appel à l’imaginaire du spectateur pour y arriver. A partir de la suggestion de formes très pures et sensibles, notre regard rend à la pierre une vie frémissante.


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