La tour sanglante

La tour de londres

La tour sanglante

Et maintenant, retournons nous vers la tour blanche puis avançons le long de la pelouse et contournons-la sur la droite pour nous diriger vers la tour sanglante. Mais attention ! Ne prenez pas la rampe qui descend, car elle nous ferait sortir de l'enceinte, mais prenez l’allée qui la précède et qui conduit aux maisons à colombages. Suivez-là jusqu’au bout.

Nous voilà devant la tour sanglante. Elle doit son nom terrifiant aux épisodes tragiques qui s’y sont succédés. Avant l'édification de la seconde enceinte, cette tour se trouvait dans la partie des remparts bordée par la Tamise. Construite au début du 13e siècle, elle était percée d'un passage voûté, lequel était défendu par une porte et une herse qui autorisaient l’accès direct aux quais du fleuve. Le rez-de-chaussée de l'édifice était composé de plusieurs pièces dont la fonction initiale était de recevoir les invités de haut rang. En fait, au cours des siècles, les hôtes étaient bien de haut rang, mais ils étaient surtout des prisonniers et non des invités. Toute la partie supérieure de la tour fut reconstruite sous le règne d’Édouard trois au milieu du 14e siècle.
Entrons maintenant dans la tour. Regardez tout de suite à votre droite : le mécanisme que vous apercevez est celui qui permettait de hisser ou d'abaisser la herse protégeant la porte donnant sur les quais. Il est théoriquement toujours en état de marche. D’ailleurs, regardez, vous voyez encore les cordes lui permettant de glisser dans les rainures prévues à cet effet. Mais maintenant, prenons à gauche : nous entrons directement dans un cabinet meublé d'une table de travail en bois de noyer, entièrement sculptée et de différents petits meubles qui montrent l'agrément de ce cabinet en 1603. Pourtant, c’était ici le lieu de détention d'un célèbre prisonnier de la Tour. Poète, philosophe, savant, homme cultivé s'il en fut, Sir Walter Raleigh fut incarcéré ici par deux fois. Il échappa à la mort, car le roi Jacques Ier admirait son grand savoir. Il était pourtant soupçonné d'avoir comploté contre lui. Remis en liberté en 1616, après 13 ans de prison, il fut de nouveau emprisonné deux ans plus tard, incarcération qui lui fut cette fois fatale. Durant sa première période d'emprisonnement, il avait écrit une vaste histoire du monde qu'il publia en 1614, alors qu'il était encore prisonnier. Il jouissait d'une liberté et d'un luxe tout à fait exceptionnels et le cabinet que nous avons devant nous témoigne de ce régime privilégié. Montons à l'étage supérieur.

À droite, une petite exposition est dédiée aux prisonniers de cette tour. L'évocation la plus poignante est celle des petits princes, fils d'Édouard quatre, alors âgés respectivement de 10 et 12 ans. Après la mort de leur père en 1483, ils se retrouvèrent dans la Tour non pas en tant que prisonniers, mais comme héritiers présomptifs de la couronne d’Angleterre. L'aîné devait succéder à son père, mais des intrigues politiques menées par leur protecteur Richard, frère du roi défunt, évincèrent de la succession le jeune héritier. Richard se proclama alors roi. Des documents indiquent que les jeunes princes étaient toujours vivants après le couronnement du roi mais on ne sait pas ce qu’ils devinrent par la suite. D'aucuns accusent le roi Richard trois de les avoir assassinés. Cette hypothèse lugubre fut étayée par la découverte, 2 siècles plus tard, d’ossements appartenant à deux enfants découverts au pied de la tour blanche. Considérant qu’il s’agissait de la dépouille des petits princes, on les fit enterrer en grande pompe à l'abbaye de Westminster. Ces petits princes attirèrent la compassion et à la période romantique, ils devinrent le symbole de l'enfance et de l'innocence persécutée. À l'époque victorienne, le peintre John Millais en fit un tableau qui illustre l'histoire de la tour de Londres. Et là encore, on prétend que leurs fantômes se promènent toujours dans la tour, en se donnant la main. En tout cas, en reparler comme nous le faisons tous, leur redonne cette sorte de vie irréelle et fantomatique.


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