Les années 1859 à 1866

La vie et l'oeuvre de paul cezanne

Les années 1859 à 1866

Parlons maintenant de la 1re période, celles qui va des années 1859 à 1872 et qu’on a appelé la période sombre ou romantique. Et d'abord, parlons de la première partie de cette période de 1859 à 1866 où Cézanne apparaît totalement déboussolé. Ses tout 1ers essais picturaux datent de 1859 donc. Et ils sont très hésitants. Paul Cézanne est à la fois influencé par la peinture provençale de ses contemporains, en particulier Loubon et Monticelli mais aussi par l’orientation classique de ses études et de son cercle d’amis.
A ses débuts, il réalise une quarantaine de portraits et d’autoportraits, ceux de l’Oncle Dominique, de son père, de Zola, de son ami Achille Emperaire. Il peint aussi des paysages et des natures mortes, très simples, mais organisées avec la plus grande rigueur, des bouilloires, du pain posé sur une table, sujets très appréciés de Manet qui les jugeait « puissamment traitées ». On y retrouve la simplicité de Chardin ou de le Nain, que Cézanne a admiré au Louvre. Comme ces derniers, son travail va à l’encontre des natures mortes hollandaises qui sont si séduisantes à l’œil avec les objets magnifiques qui sont représentés. Avec Cézanne, c’est tout le contraire : il préfère la faïence et les accessoires de l’humble poterie provençale à une riche vaisselle. Sa peinture se concentre sur l’ordonnance de ses compositions. Il veille soigneusement à l’agencement des différents éléments, dont il varie les incidences de lumière sur les formes. Pour suggérer les effets de lumière, il ne rend pas les contours d’un trait précis.
En 1861, Paul réussit à vaincre l’opposition paternelle qui cède devant la détermination de son fils et accepte de lui voir un autre avenir que celui d’héritier de la banque familiale. Paul Cézanne se rend alors à Paris où il retrouve Zola. Il étudie à l’Académie Suisse qui prépare au concours d’entrée à l’Ecole des Beaux Arts. Il y rencontre Guillaumin qui lui présente Pissarro qui deviendra l’un de ses plus proches amis. Il fréquente assidument le Louvre où il acquiert une profonde connaissance des maîtres anciens : Titien, Giorgione, le Tintoret, Rubens et il s’intéresse aussi beaucoup à ses contemporains : Delacroix, Couture, Courbet, Manet. Mais en fait, il vit très mal ce face à face avec les maitres anciens. Il commence à douter de lui, de son travail, néglige ses amis et pour finir est refusé au concours de l’Ecole des Beaux Arts. Après l’été 1861, découragé, Cézanne retourne à Aix et entre comme employé dans la banque paternelle. Mais malgré tout, il n’a pas totalement jeté le gant : car il s’inscrit de nouveau à l’école de dessin d’Aix. Mais il s’ennuie ferme à la banque et dépérit. Las de cette vie qui n’est pas pour lui, il finit par retourner à Paris fin 1862, inaugurant ainsi le début de ses déplacements incessants entre Paris et Aix.
Paul Cézanne restera 1 an et demi à Paris et retourne à l’Académie Suisse. Il fréquente Guillaumin, Pissarro, Bazille, Renoir, Monet, Sisley. Le soir, on discute peinture au café Guerbois, pas très loin du boulevard des Batignolles et du boulevard de Clichy où Manet a son atelier. C’est autour de lui qu’ils se rassemblent tous, formant ce qu’on appellera « l’école des Batignolles».
Et nous voici arrivés à Paris en 1863. Une année mémorable. L’année du salon des refusés. Cette année-là, les membres du jury se sont montrés particulièrement sévères, refusant 3000 œuvres sur les 5000 proposées. Nombres d’œuvres sont jugées indignes de figurer au Salon, cette grande messe de l’art. Il était important pour les peintres d’y être acceptés pour y trouver une côte et une clientèle. Ces « refusés » vont adresser une requête à Napoléon III, lui demanda la grâce du prêt de salles d’exposition. L’Empereur, attentif à mener une politique libérale, y répond favorablement et leur concède quelques salles à côté du salon officiel. Ce salon restera mondialement connu sous le nom de « salon des refusés ». La toile vedette en est le déjeuner sur l’herbe de Manet qui provoque un scandale inouï. La peinture est jugée indécente, vulgaire, mal peinte. La tradition est bafouée par la remise en cause de la perspective et par l’absence de modelé. Ce tollé général a fini par prendre une dimension mythique, celle de l’acte de naissance de l’art moderne et de l’avant-garde de l’Impressionnisme. Et Cézanne là dedans : il a exposé à ce salon, il l’a visité avec Zola et s’il admire Manet, il se sent plus attiré par Delacroix et Courbet. Mais rien ne sort de positif pour lui: et c’est là que va vraiment commencer le chemin de croix de Cézanne. Il va, durant des années, être refusé au Salon et n’y sera admis qu’une seule fois, mais bien plus tard en 1882, et encore…grâce à l’intervention de Guillaumet. En 1866, il envoie une lettre de protestation au surintendant des Beaux-Arts, une lettre restée célèbre par le ton d’un jeune homme qui exprime sa lassitude d’être déprécié : « …Je ne puis accepter le jugement illégitime de mes confrères auxquels je n’ai pas donné moi-même mission de m’apprécier ».
Mais ses 2 séjours parisiens, en 1861 et 1863, vont lui ouvrir de nouvelles perspectives artistiques, d’une part par l’étude des maîtres anciens et modernes au Louvre et d’autre part par la rencontre de jeunes peintres réunis autour de Manet. Dans ces années-là, on note chez Cézanne des emprunts aux compositions du Caravage, à la stylisation du Gréco, mais aussi à des solutions plus modernes inspirées de Delacroix ou de Courbet dont le réalisme tempère l’apport du romantisme de Delacroix.


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