Les périodes d’échecs de Paul Cezanne

La vie et l'oeuvre de paul cezanne

Les périodes d’échecs de Paul Cezanne

Alors qu’en est-il du succès de Cézanne à l’issue de cette période impressionniste ? La 1re exposition impressionniste a lieu en 1874. Elle regroupe les peintres en « Société coopérative anonyme de peintres, graveurs et sculpteurs ». Ils ont trouvé refuge, pour cette occasion, boulevard des Capucines, dans des locaux laissés vacants par le photographe Nadar. C’est devant une toile de Monet intitulée : « Impression, soleil levant » que naît, sous la plume du critique d’art Louis Leroy le terme d’Impressionnisme. Leroy, plutôt hermétique à cette peinture, pensait faire là un bon mot, ignorant que ce terme passerait à la postérité. « Quels sont donc ces peintres qui peignent, ou plutôt prétendre peindre, quelque chose d’aussi immatérielle, d’aussi d’informelle, qu’une impression ? » écrivit-il.
Cézanne participe à cette 1re exposition impressionniste avec 3 toiles, dont la Maison du pendu. C’est un échec. Il y exposera tout de même aussi à la 3e, en 1877. Mais ses œuvres font scandale et lui attire des critiques sarcastiques. Voyant l’extrait d’un article le concernant et publié dans le journal l’Événement : « M. Cézanne expose un paysage étrange, qui démontre qu’il a été violemment impressionné par 2 choses - les épinards et la cordonnerie. C’est en effet d’un vert à faire frémir, et un bouquet d’arbres qui se trouvent au 1er plan a tout à fait l’air d’une rangée de bottes contorsionnées par une horrible douleur » Cézanne, éprouvé, ne se présentera pas aux 5 dernières expositions impressionnistes.
Cézanne a maintenant 40 ans, il vit alternativement entre Aix et Paris et entretient de bons rapports avec sa mère. Il lui écrit en 1874 : «  J’ai à travailler toujours, mais non pas pour arriver au fini, qui fait l’admiration des imbéciles. » En revanche, ses rapports avec son père restent très tendus. Ce dernier ayant appris l’existence du petit Paul, décide de lui couper les vivres, or cette aide financière, rendue possible par la prospérité de l’activité bancaire familiale, est très précieuse pour le peintre qui n’a pas ainsi à se préoccuper de l’inconstance des acheteurs.
Ses relations avec Zola sont encore amicales. En 1879, l’écrivain a acquis une grande maison à Médan. Il y travaille au cycle des Rougon-Macquart, cette grande œuvre du courant naturaliste. Emile Zola s’est marié en 1870, avec une jeune fille d’extraction modeste qui prend rapidement goût aux avantages et à la vie mondaine que lui apporte la réussite de son époux. Aussi, quand Cézanne, l’ami de toujours, fait irruption dans son salon parisien dans la tenue négligée qui est la sienne, elle se fâche. Cézanne, il faut le dire, n’a que faire des convenances. Les autoportraits de ces années, le représentent toujours le cheveu hirsute et la barbe longue. Son accoutrement vestimentaire ne vaut guère mieux et rarement, il quitte ses vêtements de travail maculés de peinture. Voyons cette description du peintre faite par le critique Georges Rivière : «  Il professait un profond dédain pour la toilette ; elle n’entrait en aucune manière dans ses préoccupations. Aussi son costume était-il assez négligé. Sa coiffure consistait en un petit chapeau mou posé en arrière ; ses vêtements de couleur sombre ne semblaient jamais avoir été neufs et il les portait à peu près jusqu’à complète usure. Pour travailler, il revêtait une veste et une cotte de toile bleue comme en portent les ouvriers du bâtiment ; l’une et l’autre étaient, quelque précaution qu’il prit pour s’en préserver, couverte de taches de couleur »
Zola semble n’avoir jamais compris ni apprécié l’art des impressionnistes ni celui de Cézanne, au fil des années, ses textes sur les impressionnistes sont de plus en plus réticents.
La fin des années 1870 et le début des années 1880 marquent, pour Cézanne, d’incessants déplacements et de brefs séjours qui le conduisent dans le nord à Auvers, à Pontoise, à Medan, dans le sud à Aix, à l’Estaque, à Marseille et à la Gardanne. C’est aussi l’époque où il prend ses distances face au groupe impressionniste, même s’il a participé à leur 3e exposition. Toujours en proie à l’hostilité et à l’incompréhension des critiques, Cézanne reste obstiné. En bref, dans sa première période, Cézanne échouait et doutait. Maintenant, il n’a toujours pas de succès, mais il ne doute plus. Ou du moins plus autant. Et il écrit à sa mère : « Et croyez bien qu’il y a toujours une heure où l’on s’impose, et où l’on a des admirateurs bien plus fervents, plus convaincus que ceux qui ne sont flattés que par une vaine apparence ».


<< 5 - Les années 1872 à 18...         7 - Les années 1879 à 1... >>

Sommaire complet du dossier :