Les années 1879 à 1887

La vie et l'oeuvre de paul cezanne

Les années 1879 à 1887

Après l’insuccès des expositions impressionnistes, Cézanne se détache définitivement du groupe. Tant mieux pour nous et pour l’art en général. Car du coup, loin de l’influence du groupe, c’est en lui-même et dans ses recherches personnelles, qu’il veut trouver un sens à son art. Et cela aboutira à sa période constructiviste la 3ème période donc qui va de 1879 à 1887.
Après 7 ou 8 ans de pratique impressionniste, il estime avoir poussé aussi loin que possible l’analyse des reflets lumineux et celle des ombres colorées. S’il évolue nettement vers 1880, on ne peut toutefois parler d’une rupture, mais plutôt d’une mutation. Les paysages de cette période sont, comme ceux de l’Impressionnisme, son champ d’expérimentation préféré. De ses périodes précédentes, il a gardé l’idée de représenter des objets non littéraires pour s’obliger à faire surgir le beau. IL a aussi gardé l’idée d’abolir tout préjugé intellectuel. La perspective bien sûr est toujours une notion qu’il contorsionne. Mais là : il va plus loin : Il réduit la forme à ses éléments essentiels et construits ensuite ses tableaux. Avec cette façon de faire, Cézanne entre dans sa 3ème période, celles des années 1879 à 1887. Ces années le font passer de l’impressionnisme au constructivisme. Il combat désormais l’illusion de la profondeur que créée l’artifice de la perspective, par le moyen de la touche, de la couleur modulée. C’est une période de maturité solitaire. Les mots clés de ces années sont simplification du réel et recherche d’une synthèse spatiale.
Le pont de Maincy, peint en 1879-1880, est le chef-d'œuvre de cette période. Le tableau fonctionne déjà comme une œuvre abstraite où toutes les parcelles du paysage sont géométriquement structurées. Le peintre laisse au spectateur la liberté de l’interprétation. Et pour la 1re fois dans l’histoire de la peinture moderne, un peintre met l’accent sur la structure géométrique du paysage. La production du début de ces années, révèle des vues de l’Estaque, des vues du golfe de Marseille, sites qu’il a découverts durant la guerre de 70. Il y revient en 1878, cherchant un refuge pour Hortense et le petit Paul et dissimule toujours sa liaison à son père, qui l’oblige à rentrer tous les soirs à la maison. L’Estaque deviendra un thème familier pour de nombreux peintres, dont Renoir qui le rejoint en 1882. Plus tard, Braque et Dufy y viendront à leur tour.
La Gardanne est un moment unique dans ce parcours. C’est un petit village situé à mi-chemin entre Aix et Marseille, dans lequel il séjourne durant l’hiver 1885-1886. Ce qui va l’intéresser, c’est la situation du village et non ses habitants. Le village est perçu comme un jeu de construction. Déjà, certains tableaux de l’Estaque annonçaient son intérêt pour les compositions géométriques, presque monochromes, rouge brique, terre de Sienne brûlée, ocre…. Mais ces compositions de l’Estaque étaient toujours dominées par la mer dont le bleu presque uniforme occupait l’essentiel du tableau. Avec la série de Gardanne, Cézanne parait regarder le village de bas en haut. Ce qui lui permet de donner toute sa force aux structures qui associent les maisons autour d’un clocher. Dans ces années, apparaît La montagne Sainte Victoire…thème cher à Cézanne dès sa jeunesse. Volià ce qu’il en dit :
«  Regardez cette Sainte-Victoire ! quel élan, quelle soif impérieuse de soleil et quelle mélancolie le soir quand toute cette pesanteur retombe (…) ces blocs étaient du feu (…) il y a du feu encore en eux. » A l’écouter, on ressent que Cézanne a une vision presque mystique des éléments à qui il associe une sorte de vie propre. Cette pensée est très novatrice et le sculpteur Rodin l’exprimera aussi plus tard. "J'ai compris », disait Rodin, « que, autour du personnage représenté, il fallait faire imaginer comme un halo d'idées qui expliquent ce personnage. Et ainsi, l'art se prolonge en mystérieuses ondes". Ainsi, Cézanne cherchera à révéler la "personne intime" de l’objet représenté. Représenter ses circonstances extérieures lui semble dérisoire. Dans les années 1885-1887, la montagne Ste Victoire se présente comme l’expression de son idéal constructif. L’artiste va la représenter plusieurs fois, de différents points de vue, accompagnés des jeux des reliefs environnants, tirant parti de l’aridité même des reliefs. Il la peindra à de nombreuses heures différentes, car elle –la montagne bien sûr - semble à chaque fois révéler un trait de caractère différent ; Et les couleurs bien sûr reflètent plutôt ce changement de caractère que la baisse du niveau lumineux. Les objets acquièrent en même temps une structure chromatique. Les couleurs intenses modèlent l’objet en le colorant. « Avec une pomme, je veux étonner Paris » dit-il.
En résumé sur cette période, on peut dire les choses suivantes :
Cézanne veut représenter l’essence profonde des objets : on pourrait presque dire leur caractère.
Pour ce faire, il doit prendre garde de ne pas se laisser « embobiner » par les apparences. Mais il doit réfléchir aux attributs des objets, à leurs fonctions et il doit les hiérarchiser et construire son tableau en fonction de cette nouvelle hiérarchie. Il remet en cause non seulement la perspective, mais aussi les proportions, voire même la cohérence en commençant à représenter un objet sous plusieurs points de vue.
Pour ce faire enfin, il joue énormément avec les couleurs, utilisant des couleurs intenses bien souvent pour bien marquer ces différences de caractère. La modification des couleurs d’un objet, que ce soit une pomme ou une montagne, en fonction de la lumière qui l’éclaire, demeure après 1880 l’un des fondements de son travail. Cézanne a toujours gardé le sens de la forme, ses compositions et ses paysages restant toujours soigneusement architecturés.


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