Les années 1887 à 1906

La vie et l'oeuvre de paul cezanne

Les années 1887 à 1906

Abordons maintenant la 4ème et dernière période : celle qui va des années 1887 à 1906 : c’est la période dite synthétique.
Ce n’est qu’en 1888 que parait un 1er article élogieux, Cézanne a alors 49 ans. Il a perdu son père, l’année précédente. Avant de mourir, le vieil homme borné a fini par reconnaître les existences d’Hortense, que le peintre vient d’épouser, et du petit Paul. Il laisse à ses 3 enfants un héritage très confortable qui permettra à l’artiste de vivre jusqu’à la fin sans avoir besoin de vendre ses tableaux. Et en effet, il ne trouvera jamais son public et pendant plus de 20 ans Cézanne n’a été vraiment défendu que par les peintres eux-mêmes : Pissarro, Manet, Monet, Gauguin. Entre Cézanne et Monet s’était installée une admiration réciproque et Monet fut un grand collectionneur de Cézanne. Il possédait 12 de ses œuvres. Quant à Cézanne, il écrit un jour de 1902 à l’un de ses amis, le poète Joachim Gasquet «  Je méprise tous les peintres vivants, sauf Monet et Renoir. »
Cézanne, qui peint maintenant depuis près de 40 ans, n’a pas encore eût d’exposition personnelle. Cette chance lui est offerte en 1895 par Ambroise Vollard, propriétaire d’une galerie à paris, rue Laffitte. Homme doté de nombreuses relations et d’une bonne connaissance de la peinture, il est aussi pourvu d’un vrai sens des affaires…Il achète notamment aux enchères la collection du père Tanguy, figure attachante de la Butte Montmartre, dont Van Gogh a laissé quelques portraits. Parlons 2 minutes de ce père Tanguy.
Le père Tanguy voyait dans l’admiration que les jeunes peintres lui portaient, le souvenir glorieux de son passé de communard. En fait, arrêté par erreur en tant qu’insurgé au cours des dernières journées de la Commune, risquant d’être fusillé, il avait vraiment fini par se prendre, de bonne foi, pour un révolutionnaire. Ce modeste marchand de couleurs vendait, dans sa petite boutique de la Butte, tout le matériel nécessaire aux artistes. Il protégeait les peintres novateurs, se plaisant à voir en eux des révoltés comme lui. Il savait bien que cette jeunesse aventureuse n’avait pas le sou. Alors, contre quelques tubes de peinture, des brosses, des pinceaux, ou encore contre quelques mètres de toile de lin, il vendait à crédit, ou échangeait son matériel contre des peintures, non dans un esprit de spéculation, mais dans le souci de rendre service. Quant il n’était pas dans sa boutique, il se rendait à Argenteuil pour y troquer son matériel contre les toiles des peintres installés dans la région. Après son décès, Vollard acquiert son incroyable collection. Des toiles de Gauguin, de Van Gogh, de Toulouse-Lautrec et 9 toiles de Cézanne proposées à la vente dans sa boutique.
Mais revenons à cette exposition personnelle de Cézanne organisée par Vollard en 1895: elle présente environ 150 œuvres, mais elle sera encore un échec. Ecoutons ce qu’en dit le Journal des Artistes : «la cauchemardesque vision des atrocités à l’huile, dépassant aujourd’hui la mesure des fumisteries légalement permises. » Amateurs, critiques et peintres reconnus partagent malheureusement cette opinion. Mais le maître d’Aix, même s’il est touché, continue obstinément sur une route qu’il semble être le seul à voir.
2 ans plus tard, fin 1897, le décès de sa mère conduit à la vente du Jas de Bouffan. Il s’installe alors au centre d’Aix, dans une petite maison, au 23 rue Boulegnon, où il résidera les 8 années qui lui restent à vivre. Il acquiert ensuite en bordure d’Aix un terrain sur le chemin des Lauves, planté d’oliviers et de figuiers. Il y fait construire un atelier à sa mesure et d’après ses plans. Joachim Gasquet, qui deviendra l’un de ses biographes, décrit son atelier lors d’une de ses visites alors que Cézanne peint le portrait de son père « L’atelier était vide. Seuls, le chevalet, la petite table à couleurs, la chaise où s’asseyait mon père, et le poêle le meublait. Cézanne travaillait debout…des toiles, en tas, contre le soubassement, dans un coin… » Cézanne y entreposait tout son matériel, outils de peintre, humbles objets de ses natures mortes, reproductions de piètre qualité, images d’un sou, piquées au mur par une pauvre punaise, qui attestaient son admiration pour les maîtres anciens : le Gréco, le Tintoret, le Titien, et les modernes comme Delacroix, Courbet …Manière de recréer l’ambiance des musées. Ses dernières années sont celles d’une très grande solitude. Petit à petit, Cézanne perd tout intérêt pour tout ce qui n’est pas lié à la peinture. Son esprit est perpétuellement à la recherche de son propre style et cela l’amène peu à peu à vivre toujours plus à l’écart, dans le recueillement. Du coup, sa femme et son fils sont restés vivre à Paris. Mais ce sont aussi les années de nombreuses expositions, à Bruxelles au salon de la libre esthétique, à Londres. Il reçoit des visites d’amis, comme Emile Bernard et Vollard et de quelques admirateurs. A quelques exceptions près, comme le prouve la toile des Joueurs de cartes, le peintre reprend les principaux thèmes étudiés au cours de sa carrière, toujours dans un esprit de synthèse idéal. Depuis 1895, il se rend souvent vers la Montagne Sainte-Victoire, ne la peignant que des environs d’Aix, sans trop s’en approcher. Elle va devenir le motif cézannien par excellence et est présente sur plus de 80 œuvres réalisées entre 1870 et 1906.


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