Les œuvres de Paul Cezanne à cette période

La vie et l'oeuvre de paul cezanne

Les œuvres de Paul Cezanne à cette période

Et qu’en est-il de son œuvre pendant cette période ? Et bien, il revient à la technique impressionniste avec des touches sûres et légères. Il sent que pour atteindre son objectif, il doit s’y prendre différemment et se laisser aller à écouter encore plus ses sensations. Comme il le dit, il s’agit maintenant pour lui de « réaliser ses sensations» de «  vivifier en soi, en contact de la nature, les instincts, les sensations d’art qui résident en nous» et de leur donner une réalité en les transposant sur la toile. Les apparentes fautes de perspective qu’on voit sur ses toiles tiennent à l’obsession de Cézanne de se libérer du procédé qu’il a très tôt jugé illusionniste de représentation de la profondeur de l’espace et du volume. Tous les objets représentés sont ramenés vers le plan de la toile et, d’une certaine manière, seront face « à leurs responsabilités ». Le volume est crée non pas par les ombres, comme c’est le cas dans la peinture traditionnelle, mais par juxtaposition de petites zones de couleurs, ce qui est un procédé typiquement cézannien. On l’a bien compris: il se soucie fort peu de donner une copie fidèle ou plutôt mimétique du réel. Ainsi, l’orifice du pot est souvent très ouvert tandis que l’anse est vue de biais, comme si on avait vu le pot sous un angle et l’anse de ce pot sous un autre angle. C’est la même chose que fera Picasso plus tard en montrant un visage avec un nez de profil et les 2 yeux de face. Bref, ce procédé, on l’aura compris, sera par la suite systématisé chez les cubistes.
Il a recours parfois à une gamme claire de couleurs avec des reflets acides de jaune et de vert, peu courants dans son œuvre. Un des chefs-d'œuvre de cette dernière période est la femme à la cafetière, peinte en 1890-1894 et conservée au musée d’Orsay. Nous allons essayer de vous la décrire même si vous ne l’avez pas sous les yeux. Alors : c’est un portrait grandeur nature : on y voit une vieille femme en robe bleue et au visage fermé. Elle est assise et a les bras posés de façon un peu gauche sur ces cuisses. A coté, il y a une cafetière et une tasse qui sont posées sur une table. S’agit-il de sa mère, d’une paysanne, d’une servante du jas de Bouffan ou de sa femme ? On ne le sait pas.
Le visage de la femme est comme un masque inexpressif, et a des volumes accusés. Tous les éléments sont disposés en une rigoureuse frontalité autour d’une table qui semble basculer, ce qui accentue la pose hiératique de la femme. La femme elle-même est « verticalisée » pourrait-on presque dire. On sait qu’elle est assise. Ou tout du moins on le sent. Car quand on cherche à bien analyser la femme, on se rend compte qu’au mieux elle devrait être assise au bord des fesses ou qu’au pire elle devrait tomber. Car on ne voit pas la forme des genoux ou le plis que les genoux devraient former sur la robe.
Bref, il immobilise la femme dans un espace abstrait, hors du temps, la manipulant comme une chose et non comme un être vivant. Dans sa période constructiviste, il insistait sur quelques points clefs en renforçant les reliefs. Peut-être que cette femme dont nous parlons, par exemple, il l’aurait alors rendue assise en nous montrant la chaise et en nous montrant que sa robe est bien pliée au niveau des genoux. Mais là, dans cette dernière période, rien de tout cela: il simplifie beaucoup la géométrie et ramène tout sur une surface plane : le modèle et des objets. Cela préfigure l’abstraction.


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