Les tombeaux Saadiens

La vieille ville: le sud de la medina

Les tombeaux Saadiens

Toujours est-il que cette dynastie nous a laissé de superbes témoignages de sa splendeur, notamment ces tombeaux devant lesquels nous nous trouvons. Le lieu était déjà utilisé comme cimetière, mais ce sont les saadiens qui en ont fait une nécropole royale. Ahmed le doré est le souverain qui a le plus contribué à l’embellissement de ce lieu. Par contre, il a souffert d’abandon. En effet, au début du 18e siècle, l’un des souverains alaouites, Moulay Ismaïl, a fait fermer l’accès aux tombeaux afin que l’on ne puisse plus vénérer le souvenir de la dynastie saadienne. Et c’est seulement en 1917 que le service des antiquités à restauré et rouvert le lieu que nous allons maintenant visiter.

Observons à présent ces tombeaux. Nous sommes dans le jardin, dos à l'entrée et devant nous se dressent les 2 tombeaux. Commençons par le grand mausolée se trouvant à notre gauche. De l’extérieur, que voyons-nous ? Un grand bâtiment, certes, mais très peu orné ; Comme on va le découvrir, tout est axé sur les jeux d’opposition. Première opposition, le jardin et la couleur ocre des murs. Puis une autre opposition, la couleur ocre des murs et le vert des tuiles vernissées composant le toit et évoquant le vert de l’Islam et du paradis. Enfin, 3e opposition que nous découvrirons en entrant : l’austérité extérieure et la somptuosité de l’intérieur. Entrons maintenant et laissons nos yeux s’accoutumer à la pénombre.

Nous sommes maintenant dans l'embrasure de la porte d'une salle appelée salle du mihrab. Ces deux éléments sont le mihrab et l’usage fait du bois de cèdre. Commençons par le Mirhab qui est cette niche symbolisant la qibla, c'est-à-dire la direction de la prière. Voyez l'arc particulier qui entoure la niche : c’est un arc dit brisé et outrepassé. Contrairement aux arcs en plein cintre que nous avons vu tout à l'heure à la porte bab Agnaou, celui-ci n'est pas formé par un demi cercle mais par une forme ogivale ou brisée. De plus, nous voyons que la base de cet arc est plus étroite que son milieu, il se referme légèrement, il est donc dit outrepassé. Ce type d’arc est extrêmement répandu dans l’art islamique, mais n’est pas une invention proprement islamique. En effet, les premiers arcs de ce type se trouvent en Espagne dans les églises wisigothiques du 5e siècle. La différence est que dans ces églises, l'arc outrepassé est en plein cintre et non brisé comme ici. Après avoir conquis l’Espagne, les musulmans se sont inspiré de l’architecture de ces églises, mais l’ont adaptée. L'arc brisé et outrepassé est devenu un élément essentiel de l’architecture islamique. Le deuxième élément intéressant de cette salle est l’usage du bois de cèdre. Levons les yeux et observons le lanternon qui éclaire la salle. Il est souligné par une longue inscription sur bois de cèdre. Cette inscription relate un verset du Coran qui promet le Paradis aux croyants, le verset de la Victoire. Voyez maintenant les portes de la salle : elles sont également travaillées en bois de cèdre : regardez la finesse du travail, l’abondance des motifs géométriques, reprenant à l’infini le thème de l’étoile. Enfin, à droite de la grande tombe, la balustrade qui l’entoure est aussi une merveille de finesse. Les grandes forêts de cèdres se trouvent un peu au sud de Fès et sont exploitées depuis le moyen-âge. Leur utilisation est certes décorative, mais elle est aussi politique, car elle prouve que la main mise des seigneurs de Marrakech sur le pays est totale. La tombe est la plus tardive du lieu, puisqu’elle abrite, le sultan Moulay el Yazid de la fin du 18e siècle. Remarquons, avant de quitter cette salle la disposition des tombeaux. Il est d’ailleurs plus correct de parler de cénotaphes, c'est-à-dire de pierres commémoratives et non de cercueils, car les corps, selon la coutume musulmane, sont directement dans la terre. Les corps doivent être placés perpendiculairement au mihrab, couchés sur le côté droit, regardant La Mecque. Pourquoi coucher sur le côté droit? Et bien, parce qu’une croyance dit que les bonnes actions s’accumulent sur l’épaule droite, et que donc, du coup, cela vous fait vous tourner sur le côté droit.


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