La salle des colonnes

La vieille ville: le sud de la medina

La salle des colonnes

Ressortons de la salle de prière. Tout de suite en sortant, tournons à gauche pour trouver à quelques mètres de là, sur notre gauche, une autre porte. Cette porte étroite et basse était autrefois une fenêtre aménagée pour pouvoir entrevoir l'intérieur du tombeau d'Ahmed le Doré.

Cette salle est appelée salle des colonnes, car, comme nous le voyons, la coupole centrale repose sur 12 colonnes de marbre de carrare.
Nous allons décrire cette salle prestigieuse. Elle est aux colonnes de marbre. Ce marbre blanc est particulièrement abondant dans les constructions saadiennes. Les Marocains l’achetaient ou plutôt le troquaient contre du sucre. Nous avons évoqué tout à l’heure le développement des cultures de canne à sucre, et bien une grande part va servir à payer le marbre car figurez vous qu’on l’échangeait poids pour poids! Observons mieux maintenant l’architecture de cette salle. Elle est carrée, et fait environ 10 mètres de côté. La coupole centrale repose sur 12 colonnes, non pas directement, mais par une série d’arcs. Ces arcs sont disposés sur deux niveaux : en haut 4 grands arcs, puis plus bas, 8 autres arcs avant d’aboutir sur nos 12 colonnes. Cette technique permet de passer tout en douceur de la coupole au carré de la salle et d’allier avec finesse les deux volumes architecturaux. Par ailleurs, toute cette architecture met en jeu une série de symboles : la coupole évoque bien sûr le ciel. La salle cubique évoque –elle- la terre. Le chiffre 4 rappelle les 4 premiers califes successeurs du prophète, le chiffre 8 est lui réservé aux édifices funéraires. Pourquoi : et bien parce que l'octogone est symboliquement perçu comme une forme intermédiaire entre le cercle, symbolisant le ciel, et le carré, symbolisant la terre. Ce monde intermédiaire est donc celui de la mort et l'octogone va être utilisé de manière fréquente dans les édifices funéraires. D’ailleurs, le dôme du Rocher à Jérusalem a cette forme et rappelons que la tradition musulmane situe à cet endroit le lieu d'où reviendront les âmes des morts au moment du jugement dernier. Et sinon, autour de ce carré, nous voyons toute une série de galeries couvertes de petites coupoles. Regardez la profusion des arcs. Ils sont soutenus par des décors en nid d’abeille ou stalactites. C’est ce que l’on appelle des « muqarnas ». On utilise ce type de décor à de multiples endroits : on le voit à la retombée des arcs –vous voyez ?-, ou bien encore sur les chapiteaux en haut des colonnes. Et enfin, on le trouve dans les absides –c'est-à-dire au fond des niches. Cela permet tout à la fois d’alléger la structure et de l’orner d’un motif spécifiquement islamique. Observons maintenant les décors de la salle : ils sont de deux types : en hauteur, c’est du plâtre sculpté. Et en bas, ce sont des carreaux colorés qu’on appelle des « zelliges ». La partie haute réalisée en plâtre sculpté se compose de nombreux entrelacs. Regardez bien: ils sont de deux sortes : on voit des entrelacs géométriques et des entrelacs floraux. Ce plâtre est en fait ce qu’on appelle du gebs ou du stuc. Sa particularité est qu’il est long à sécher et peut, si nécessaire, être remouillé pour le retravailler. En effet, on sculpte sur une matière à demi sèche d’une épaisseur d’environ 3 centimètres. Le travail se fait par étapes : tout d'abord, on plâtre la surface à décorer que l’on pourra travailler avant que la matière ne sèche totalement. Puis, avec un système de pochoir, on marque les endroits à sculpter ou à évider, et enfin on peut peindre le stuc.
Et maintenant, regardons les décors de la partie basse des murs : ces panneaux de céramiques sont des zelliges. En regardant de plus près, on voit qu’ils sont formés de petits morceaux géométriques assemblés par la suite comme un puzzle pour former un grand motif. Un peu comme pour les mosaïques. La couleur dominante bleu évoque les fleuves du paradis. Sinon, par ailleurs, la salle est parsemée de pierres tombales, elles aussi décorées d’entrelacs. La plus importante est au centre devant nous en tournant le dos à la porte. Et c’est celle d’Ahmed le doré, mort de la peste en 1603. Une inscription sur celle-ci nous dit : Cette tombe est celle d’Ahmed le victorieux dont l’étendard fait pâlir toute gloire et qui, très tôt, est parvenu à toute solennité. Hâte-Toi de me combler de tes faveurs éternelles, Ô Divine Miséricorde. Visite ma sépulture dès l’aurore et accorde-moi la grâce. Embaume le sol du parfum qui évoque mon Sauveur».


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