Le palais du Badi

La vieille ville: le sud de la medina

Le palais du Badi

Vous passez la porte "Bab Berrima" et immédiatement après l'avoir franchie, vous tournez à droite et vous apercevez devant vous un long couloir qui mène à l'entrée du palais Badi.

Nous voici devant l’entrée du Palais du badi. Le premier bâtiment à ciel ouvert par lequel nous sommes passés pour entrer servait autrefois de mosquée. Nous sommes maintenant dans une vaste cour de forme rectangulaire où sont creusés quatre bassins. Sur notre gauche, à l'angle Est de la cour, un escalier permet d’accéder à une terrasse. Et de là nous pourrons voir l’ensemble des constructions. En chemin, commençons déjà à parler du "Palais du Badi". "El Badi" signifie en arabe "l'incomparable". Ce nom lui a été donné à cause de ses richesses. Aujourd'hui, le palais ne garde plus grand-chose de sa splendeur passée.
A première vue, nous avons une immense cour, entourée de murs plus ou moins restaurés et au centre se trouve un espace partiellement transformé en orangeraie. Mais à mieux regarder, nous voyons qu’autour de la place rectangulaire, s’étendaient autrefois une série de pavillons comme celui qui se trouve en face de l’entrée. Imaginons donc la construction telle qu’elle était à l’origine. La grande cour, parsemée de 4 bassins rectangulaires, de fontaines et de petits jardins. Tout autour, des pavillons ocres, des carreaux de céramique à dominante bleue dans le bas des murs. Des colonnes de marbre blanc. Ces pavillons eux-mêmes étaient divisés en pièces. Le palais comptait 360 pièces. Ces pièces avaient des plafonds de bois de cèdre doré, incrustés de pierres semi-précieuses, des murs ornés de céramiques et de stucs sculptés et peints. Voilà ce qu’était ce palais, construit par Ahmed le Doré dont nous avons vu la tombe précédemment. D’ailleurs, le palais était à peine achevé au moment de sa mort en 1603. Ce palais était destiné aux audiences et aux réceptions d’Ahmed le Doré qui affirmait par là sa toute-puissance. Une légende rapporte que faisant visiter son palais à son bouffon et lui demandant ce qu’il en pensait, celui-ci aurait répondu, qu’une fois détruit, il ne serait plus qu’un tas de terre. Phrase prémonitoire puisque le souverain alaouite Moulay Ismail fera démolir le palais et démanteler ses richesses. Ceci pour deux raisons : tout d’abord, abattre le souvenir d’une dynastie qu’il détestait et ensuite, récupérer les matériaux les plus précieux pour la capitale qu’il se faisait bâtir : Mekhnès. Considérons ce palais ou plutôt ce qu'il en reste : on voit tout de même une particularité qui est celle des palais musulmans, la multiplication des petits bâtiments et le nombre important de cours et de jardins. Vous voyez ? Nous sommes là en présence d'un exemple flagrant de la différence de conception entre un palais occidental formé souvent d'un gros bâtiment et du palais oriental formé lui de multiples pavillons. Cette différence a deux origines qui se complètent: les palais de Mésopotamie et d'Iran étaient conçus de cette manière: plusieurs pavillons correspondant à des fonctions diverses, réception, habitat privé, commun. L'autre origine de la multiplication des pavillons provient de la tradition nomade de nombre de tribus arabes et turques et des anciens camps de tente. Cette tradition perdure dans ce type d'architecture ou dans celle du fameux palais de Topkapi à Istanbul. Aujourd’hui, le lieu sert au festival du folklore. Nous allons maintenant descendre pour nous rendre dans la partie située en face de l’entrée en suivant le fléchage.

Ce pavillon est le mieux conservé : c’est celui qui servait de pavillon d’audiences. A l’arrière de celui-ci se trouvait la salle du tribunal, d’ailleurs située au-dessus de souterrains servant de cachot. Dans un pavillon du palais, a été exposé une pièce exceptionnelle d'ébénisterie : Le minbar mobile de la Koutoubia Réalisé à Cordoue au début du XIème siècle, à la demande de l'émir almoravide Ali pour la Grande Mosquée qu'il venait de construire à Marrakech, ce minbar ou chaire à prêcher est un chef-d'œuvre du mobilier liturgique islamique. Cette estrade de neuf marches de 3,80 m de haut, a été conçu démontable pour en faciliter le transport. Elle fut ensuite transférée vers 1150 dans la nouvelle mosquée que l'émir almohade Abdelmoumen venait de faire construire: la Koutoubia.Les essences précieuses, ébènes et santal, les rehauts d'or et d'argent, les inscriptions, en faisaient un travail qu'on venait admirer. Les restaurations récentes et l'exposition qui les présente permettent aujourd'hui encore d'en apprécier la finesse.
Le cadre dans lequel ce minbar était localisé était aussi exceptionnel. À proximité de mirhab de la Koutoubia, où se tient l'imam durant la prière, une petite pièce avait été aménagée. Un système ingénieux faisait apparaître le minbar quand l'émir Abdelmoumen entrait dans la mosquée pour la prière du vendredi. De même, un mécanisme fait de poulies faisait se rétracter le minbar quand l'émir quittait la salle de prière. Les Almohades usaient volontiers de subterfuges comme celui-ci pour fasciner des fidèles entièrement dévoués à leur guide, à leur foi et à la conquête. Prenez donc le temps de flâner dans l'espace du palais et retrouvons nous à la sortie sous la porte bab Berrima.


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