Historique de la place Royale

La ville haute et la place royale

Historique de la place Royale

Maintenant, un historique de la place. Telle que nous la voyons, elle date de la fin du 18e siècle. Autrefois, en fait depuis le Moyen Age, il y avait ici un palais. Son entrée se trouvait à peu près au milieu de la place actuelle, et il s’étendait vers la droite, en direction de l’actuel parc de Bruxelles. Ce palais a été occupé par les ducs de Brabant au Moyen Age, puis par les Ducs de Bourgogne au 15e siècle. Souverains de toute la région qui forme aujourd’hui la Belgique, ils résidaient régulièrement à Bruxelles. Ensuite, il y a eu ici tous les représentants des rois d’Espagne, essentiellement Charles Quint et Philippe 2, jusqu’au début du 18e siècle. Enfin, les premiers gouverneurs représentant le pouvoir autrichien ici dans les Pays-Bas du Sud. Car depuis le début du 18e siècle, l’actuelle Belgique appartenait aux Autrichiens, cadeau politique. Et elle restera dépendance autrichienne jusqu’à la Révolution française.

Mais bref. Ce palais prestigieux, nous en verrons un peu plus tard des restes dans les sous-sols de la place. Pour le moment imaginons-le. La moitié gauche de la place était déjà une place, ouverte devant le palais. En 1731, ce palais a été entièrement détruit par le feu. Comme c’était l’hiver, toute l’eau était gelée, et il n’y en eut pas suffisamment pour éteindre l’incendie. La gouvernante autrichienne de l’époque, Marie Elisabeth, du fuir en chemise de nuit, son petit chien sous le bras.

Pendant de nombreuses années, le palais restera à l’état de ruine. Les Bruxellois l’appelaient la « cour brûlée ». Cet état des choses a duré 40 ans !

La place actuelle, nous la devons à la popularité d’un gouverneur autrichien, Charles de Lorraine, dont nous reparlerons plus loin. Charles de Lorraine était très aimé par les habitants du pays. Aussi, en 1769, de son vivant, les États de Brabant ont-ils décidé de lui ériger une statue. Cette statue occupe le centre d’une place, qui lui servirait d’écrin. Charles de Lorraine lui-même voulait faire de Bruxelles une ville qui puisse rivaliser avec les autres capitales européennes. Aussi, pour une question de prestige international, il proposa de choisir un architecte français pour la construction de la place. En raison des finances peu élevées de la ville à ce moment-là, le choix s’est porté sur un architecte peu connu : Barnabé Guimard de Larabe.

Attention. Beaucoup de travaux préparatoires étaient à réaliser. L’ancienne place était irrégulière, et donnait sur un certain nombre de rues tortueuses, descendant vers le bas de la ville. Donc, en plus de détruire ce qui restait des ruines, il a aussi fallu niveler l’ensemble de la place. Le beau terrain plat que nous avons aujourd’hui est donc dû à un remodelage. Le gros des travaux durera 6 ans, pour ce qui est de l’aménagement des lieux. Par contre, la construction des bâtiments sera beaucoup plus longue, car ce sont les acquéreurs des terrains qui doivent la prendre à leur charge, tout en respectant à la lettre les plans de l’architecte. Il fallait donc d’abord que les parcelles de terrains soient vendues avant que commencent les constructions. Or, il a été très difficile de trouver des acquéreurs, parce qu’il devaient eux-mêmes achever le nivellement de leur parcelle de terrain, et qu’une fois la parcelle acquise, ils étaient obligés de construire dans les deux ans, et sur le plan voulu par Guimard. Ces constructions étaient donc très chères et très contraignantes.

L’ensemble de la place est composé de 8 pavillons, reliés entre eux par des portiques ouverts, situés dans les quatre coins de la place. Par contre, pour les trois rues principales arrivant au centre des trois côtés principaux, il n’y a pas de portique. Par ces grands axes, la place est tout à fait ouverte sur la ville.

Les bâtiments sont tous identiques, et ne sont que la répétition du même motif. Bien sûr, on devine que l’architecte s’était inspiré de la place des Vosges à Paris : il s’agit là aussi d’un ensemble de pavillons identiques et là aussi les acheteurs achetaient sur plan en quelque sorte. Revenons sur le motif des pavillons: le rez-de-chaussée est formé d’un mur à bossage, c’est-à-dire que ses pierres sont très en relief et moyennement lisses, un peu comme les pierres du mur d’une forteresse. Ensuite viennent deux étages de fenêtres de hauteur inégale. Et enfin vient un couronnement de balustrade, qui cache un toit presque plat. Tous les bâtiments que nous voyons ici sont occupés soit par les musées déjà décrits, soit par des institutions d’état. Mais à l’origine, il s’agissait de maisons privées, ou de maisons appartenant à des corporations de la ville. Un milieu bien différent de celui de la grande place, noyée dans les décors gothiques et baroques. Ici, c’est vraiment l’esprit sage et équilibré du Siècle des lumières qui s’exprime. On pourrait comparer les deux places, la Grande place en bas, à vocation marchande, populaire, somptueusement ornementée, et notre place Royale, place du pouvoir, grande dans sa simplicité et son austérité, avec un caractère résolument moderne ! Sans aucun doute l’intention d’une confrontation mentale y était. Nous sommes ici dans le haut de la ville, ne l’oublions pas. Et pour l’homme du 18e siècle, cette grandeur, cette hauteur doit aussi se manifester aussi dans les formes.


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