La Statue de Charles de Lorraine

La ville haute et la place royale

La Statue de Charles de Lorraine

Les plans de la place étaient à peine acceptés par l’Impératrice d’Autriche, Marie-Thérèse, que la ville de Bruxelles proposa d’agrandir le projet en créant un grand parc juste à côté de la place. Pour comprendre ce changement et ces conséquences, nous allons contourner la place vers la droite, et nous arrêter au coin de la rue Royale.

Regardons la rue Royale, en tournant le dos à la place. Apparaît alors, à quelques dizaines de mètres, le parc de Bruxelles, que nous irons voir un peu plus tard. Ce parc occupe l’emplacement du parc de l’ancien palais. De là où nous sommes, nous voyons que le parc est vraiment disposé en biais par rapport à la place. La raison en est simple : sa construction a été décidée alors que la place était finie et il n’y avait plus que ce lieu de disponible pour accueillir le parc.

Ainsi, ce grand projet du 18e siècle est constitué de deux grands pôles : la place et le parc. Ils sont parmi les premiers grands projets d’urbanisme régulier et quadrillé dans la ville, qui jusqu’alors était formée de tout un réseau de petites rues tortueuses. Ceci est très important, car c’est à partir de ce noyau régulier que Bruxelles va se développer au 19e siècle, par la prolongation de ces ambrions de rues rectilignes. La rue royale sera prolongée jusqu’à Laeken, et la rue de la Régence jusqu’au palais de justice. Et surtout, les quatre côtés du parc de Bruxelles seront aussi prolongés à travers la campagne, permettant à la ville de s’agrandir sur un plan régulier.

Tournons maintenant le dos à la rue royale pour regarder à nouveau vers la place. Nous voyons alors le profil de la statue centrale, qui représente Godefroid de Bouillon à cheval. Comme nous l’avons souligné, cette statue date du 19e siècle. A l’origine, au centre, s’élevait une statue du gouverneur Charles de Lorraine. Nous avons d’ailleurs dit au début que le projet de la statue primait sur celui de la place. En fait, cette place, c’était d’abord une statue, et cette statue devait recevoir un fond architectural. C’est ça la conception de la place dite «à la française ». Ce type de schéma remonte au roi de France Louis 14. Ce qui compte, c’est sa statue, mise en valeur au centre d’une place très équilibrée et au style aussi simple que possible, afin de ne pas amoindrir l’effet de la statue. C’est donc toute une conception du pouvoir qui s’exprime dans ce genre d’ensemble.

La statue de Charles de Lorraine a été enlevée par les soldats révolutionnaires français, lors de leur passage ici en 1795. Sans doute a-t-elle été fondue. Elle a été momentanément remplacée par un arbre de la Liberté, plante représentant la vie nouvelle de l’Europe. La statue actuelle n’a été installée qu’en 1848, après 1830 donc, après que la Belgique soit devenue Belgique au sens moderne du terme. Elle est l’œuvre du sculpteur Eugène Simonis, un artiste important de la Belgique romantique. Alors pourquoi Godefroid de Bouillon ? Et bien, la figure de ce grand seigneur du 11e siècle évoque bien entendu les croisades, l’idée d’un combat pour un idéal, et c’est ce que les Belges de 1830 avaient fait pour leur indépendance. Et s’il était né au 19e siècle, Godefroid de Bouillon aurait été belge. Bouillon et son château se trouvent en effet dans le sud de la Belgique, non loin de la frontière française. Or la Belgique, pays nouveau à cette époque, était en recherche de ses racines historiques. Les grands personnages du passé, nés dans la « Belgique » ancienne, sont donc sollicités, comme garants de la gloire du nouveau pays. Puisque la place a toujours été le centre du pouvoir, cette idée de la croisade pour l’avenir est particulièrement judicieuse.


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