Le Palais de Charles de Lorraine

La ville haute et la place royale

Le Palais de Charles de Lorraine

Nous allons maintenant continuer à contourner la place. Pour cela, traversons la rue royale, longeons le musée des instruments de musique et traversons ensuite la rue Montagne de la cour. Là nous, serons face à l’église Saint-Jacques. Et nous voilà sur le côté opposé à celui par lequel nous avons commencé. D’ici, nous voyons bien le portail de l’église Saint-Jacques, dans toute sa majesté classique. Si nous lui tournons le dos, nous apercevons face à nous le bas de la ville, d’où émerge la flèche de l’Hôtel de Ville, qui marque l’emplacement de la Grande Place. Quand nous regardons vers la grande place, nous voyons juste à notre droite un superbe bâtiment de fer et de verre, dans le style Art Nouveau des années 1900. C’est l’entrée du musée des instruments de musique. Nous y reviendrons un peu plus tard. Nous allons d’abord finir avec ce qui concerne le 18e siècle. Et pour cela, nous allons continuer à contourner la place. Donc, longeons-la en gardant l’église Saint Jacques à notre gauche. Nous allons jusqu’au coin. Là, nous serons à l’entrée du musée des Beaux Arts.

A cet endroit, à notre droite, s’ouvre un portique qui donne sur une rue : c’est la rue du musée, qui est suivie d’une large place pavée, la place du musée. Allons jusqu’à cette grande place du musée.

Nous y voilà. Grande et un peu vide, ce sont les deux caractéristiques de cette place. Elle porte le nom de place du musée à cause du musée des beaux-arts, qui la longe sur tout son côté gauche. En fait, tous les bâtiments qui entourent la rue du musée, par laquelle nous sommes arrivés ici, appartiennent à cette grande institution. Par exemple, à notre droite se trouve une balustrade. Si nous regardons à travers, elle donne sur des murs vitrés, sous le niveau du sol. Ce sont les fenêtres de la section d’art moderne, qui se trouve donc sous nos pieds. Mais avançons-nous sur la place, jusqu’à ce que nous trouvions à notre droite une grande statue de bronze, sur un socle. Ce grand personnage en costume du 18e siècle n’est autre que Charles de Lorraine. Lorsque nous avons la statue à droite, la rue du musée, par où nous sommes venus, est derrière nous. Nous voyons alors face à nous un grand bâtiment classique, un peu dans le style de la place royale, mis à part qu’il présente une grande niche semi-circulaire, dans laquelle se trouvent les portes d’entrée. C’est la façade du palais de Charles de Lorraine.

Commençons par parler un peu plus de ce personnage qui permet de connaître un peu mieux l’histoire de la Belgique. Le 17e siècle avait été marqué par des guerres incessantes dont la fameuse guerre de 30 ans qui avait ravagé l’Europe centrale et du nord. Après ces guerres, la donne est changée : la puissance des Habsbourg est réduite et la France reste désormais la seule grande puissance.
Du coup, la Hollande avait une peur continuelle des invasions françaises. Il faut avouer qu’avec Louis 14, elle avait été servie. Aussi, lors du traité d’Utrecht, en 1713, les Hollandais protestants insistèrent-ils pour que l’Autriche catholique reçoive la Belgique, majoritairement catholique, qui portait alors le nom de « Pays-Bas méridionaux ». Ils devaient y établir 6 forteresses face à la France, dont la construction et l’entretien seraient aux frais des Belges. Ainsi, commence la période autrichienne. Plusieurs gouverneurs et gouvernantes vont se succéder. Charles de Lorraine est sans doute, parmi eux, le plus connu, et aussi celui qui fut le plus apprécié du peuple belge. Il a régné de 1744, jusqu’à sa mort. À l’origine, Charles était lorrain. Mais il était très lié à la cour d’Autriche, puisqu’il était doublement le beau-frère de l’impératrice Marie-Thérèse. Son propre frère, François de Lorraine, avait épousé l’impératrice, et lui-même, Charles, avait épousé la sœur de l’impératrice, la princesse Marie-Anne. Voilà donc ce qui explique sa place comme gouverneur autrichien.

Quand Charles de Lorraine est arrivé ici, l’ancien palais avait déjà brûlé. Comme la gouvernante précédente, il doit donc louer un palais d’habitation, le palais de la famille de Nassau, qui se trouvait à peu près face à nous. Mais il ne se satisfaisait pas du tout de cette situation, d’autant plus qu’il était un grand amateur d’architecture, et entendait bien développer son propre palais. En 1756, il rachète donc le palais de Nassau, d’aspect encore médiéval, et va commencer à le restaurer. Et ce sera un chantier permanent.

Ici, nous voyons la façade qui donnait sur les jardins, et qui est le seul reste du palais. Cette aile sud formait aussi les appartements privés du prince. Imaginez qu’à l’époque, nous étions dans un grand jardin bordé d’arbres. A notre gauche, là où s’étend une longue et monotone aile de bâtiment classique, construite au 19e siècle pour le musée des Beaux Arts, il y avait des serres, une volière et d’autres curiosités. Derrière nous, la place royale n’existait pas encore. Le jardin s’étendait donc jusqu’à l’actuelle rue de la régence, où se trouvaient les écuries. Au-delà, il y avait les anciens remparts de la ville et une sortie directe vers la campagne.

Mais revenons à la façade. Son style est assez simple et se rapproche de ce qui sera fait un peu plus tard sur la place royale. C’est ce qu’on appelle le style Louis 16, un style d’une grande sobriété, qui semble être un contrecoup des envolées baroques de l’époque précédente. Par contre, l’hémicycle, c'est-à-dire la niche d’entrée, est un élément assez curieux, d’autant plus qu’elle n’est pas au centre du mur. C’est étrange pour une époque où l’on aime la symétrie. En fait, cela ne s’explique que par l’aspect original du jardin. La niche d’entrée est dans l’axe de l’ancienne allée principale de ce jardin. La partie gauche de la façade était quant à elle cachée par des arbres. Donc rassurons-nous, l’effet de symétrie était donc bien présent.

Regardons à droite de la niche d’entrée, le mur est un peu différent de l’aile principale. Il est ouvert par de grandes fenêtres. C’est en fait une chapelle que Charles de Lorraine avait fait construire. Il n’est pas souvent possible d’entrer dans la chapelle, devenue depuis le 19e siècle une église protestante. Elle n’est ouverte qu’à l’occasion des services religieux.


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